05/07/2014

La saison 2014-2015 du Royal Ballet

Quels ballets voir à Londres en 2014-2015 ? Si vous avez prévu d’aller passer un weekend outre-manche, ne manquez pas l’occasion d’admirer le Royal Ballet dans l’une des œuvres typiques de son répertoire. Petit aperçu des soirées que nous réserve la saison 2014-2015 (pour les modalités pratiques, suivez le guide : comment aller voir un ballet à Londres ?)

Steven McRae, Alice in Wonderland © Johan Persson

Les incontournables

Manon de Kenneth MacMillan, du 26 septembre au 1er novembre
S’il n’y avait qu’un ballet à voir à Covent Garden la saison prochaine, c’est celui-ci. L’adaptation du roman de l’Abbé Prévost par Kenneth MacMillan, maître du ballet dramatique et auteur de pas-de-deux d’un lyrisme à couper le souffle, est un chef d’œuvre absolu. La partition si française de Massenet, les merveilleux acteurs de caractère de la compagnie et les couples d’étoiles distribués sur ce ballet sont la promesse de passer une excellente soirée. Pour ceux qui ne pourront pas aller le voir à Londres, le ballet sera diffusé en direct au cinéma le 16 octobre. Roberto Bolle sera invité sur le rôle de Des Grieux les 29 octobre et 1er novembre. À lire : une lecture croisée du livre et du ballet.

Onegin de John Cranko du 24 janvier au 27 février
Un autre grand ballet dramatique, cette fois adapté d’un roman en vers de Pouchkine sur une musique de Tchaïkovski : Onéguine vous entraîne dans les tourments passionnés de deux jeunes couples qui se déchirent et se retrouvent – trop tard – sur fond de magnifiques danses de caractère. Vous connaissez déjà la production pour l’avoir vue à l’Opéra de Paris, et vous n’imaginez pas qu’on puisse trouver meilleur interprète qu’Evan McKie ? Détrompez-vous, les artistes du Royal Ballet sauront encore vous surprendre en donnant une nouvelle vie aux personnages et en faisant passer les redoutables portés acrobatiques pour un jeu d’enfants.

La Fille mal gardée de Frederick Ashton du 16 avril au 5 mai
La sortie familiale idéale à l’arrivée des beaux jours : La Fille mal gardée de Frederick Ashton (en français dans le texte) est une merveille d’humour, à vous faire garder le sourire pendant deux heures. La trame est simple : Lise est amoureuse du paysan Colas tandis que sa mère veut lui faire épouser Alain, fils d’un riche fermier. Les péripéties s’enchaînent à un rythme effréné sur la musique pétillante de Ferdinand Hérold, les solos virtuoses et pas-de-deux romantiques n’étant pas en reste. Le ballet sera diffusé en direct au cinéma le 5 mai.


The Royal Ballet School Summer Performances, le 12 juillet à 12h
Si vous réussissez à trouver une place, la représentation annuelle de la Royal Ballet School sur la scène principale du Royal Opera House est un must : déjà parce qu’elle vous permettra de découvrir de nombreux extraits d’œuvres emblématiques du répertoire britannique, les élèves présentant généralement une succession de pas-de-deux et de pièces courtes d’Ashton et de MacMillan – ainsi que des ballets créés pour eux par les chorégraphes en résidence comme Alastair Marriott – mais surtout pour profiter de l’ambiance électrique dans la salle au moment du Grand Défilé qui clôt le spectacle.
La matinée sur la grande scène est précédée d’une série de soirées au Linbury Studio la semaine qui précède, pour lesquelles il vous sera sans doute plus facile d’obtenir une place, mais ce sera sans le défilé.

Les grosses productions « touristiques »

Don Quixote de Carlos Acosta du 25 novembre au 22 janvier
Si vous manquez de soleil cet hiver, n’hésitez pas à découvrir le Don Quichotte de Carlos Acosta : à défaut d'une grande originalité chorégraphique, l’énergie de la star cubaine et la technique brillante de sa partenaire argentine Marianela Nuñez vous garantissent quelques frissons. Natalia Osipova retrouvera son rôle fétiche pour ses débuts dans cette production le 5 janvier tandis que Iana Salenko y sera invitée aux côtés de Steven McRae les 15 et 19 janvier.

Alice’s Adventures in Wonderland de Christopher Wheeldon, du 6 décembre au 10 janvier
Dérogeant à la tradition de Casse-Noisette à Noël, la compagnie reprendra cette année le premier grand ballet de Christopher Wheeldon. Si les critiques ont parfois fait la fine bouche devant les longueurs et le manque de passages de danse pure, le succès public a été immédiat lors de la création il y a 3 ans. Les effets spéciaux, l’irrésistible parodie de l’adage à la Rose et la belle plaidoirie du Chevalier de cœur, sur la musique facétieuse de Joby Talbot, en font un ballet narratif d’un nouveau genre, à découvrir depuis la salle ou en direct au cinéma le 16 décembre.

Swan Lake © Bill Cooper / The Royal Ballet

Swan Lake de Marius Petipa et Lev Ivanov, du 10 février au 9 avril
A priori une valeur sûre... si seulement Frederick Ashton et David Bintley ne s’étaient pas avisés de retoucher le chef d’œuvre original. Et ne parlons pas de la mise en scène d’Anthony Dowell, qui fait ressembler le premier acte à une beuverie villageoise, habille les cygnes de tutus longs découpés dans des sacs poubelles et donne à Rothbart l'apparence d'un crapaud grotesque (on est loin de l’épure voulue par Noureev, qui se jouera en même temps à l’Opéra de Paris). Probablement la production la plus décriée du Royal Ballet, à éviter dans la mesure du possible. Si vous n’y résistez pas, la diffusion en direct au cinéma le 17 mars suffira amplement.

Woolf Works (création) de Wayne McGregor du 11 au 26 mai
Ah, une création de McGregor, ça faisait longtemps. Tous aux abris.


Les soirées « découverte » du répertoire britannique

Scènes de ballet / Five Brahms Waltzes in the Manner of Isadora Duncan / Symphonic Variations / A Month in the Country de Frederick Ashton, du 18 octobre au 12 novembre
A côté des grands classiques, le Royal Ballet propose également des soirées néoclassiques ou contemporaines, les fameux « mixed-bills ». Le plus : découvrir en une représentation plusieurs styles chorégraphiques à tarif réduit, le prix des places étant significativement plus bas que pour les ballets traditionnels. Le moins : je n’en vois pas. Ces excursions hors des terres du classique sont généralement une excellente surprise, portées par le plaisir des artistes à danser des œuvres plus proches de notre époque.
Consacrée à Frederick Ashton, chorégraphe fondateur du répertoire britannique (à égalité avec MacMillan), cette première soirée réunira des pièces abstraites (Scènes de ballet, qui épouse les rythmes intriqués de Stravinsky) et des œuvres narratives aux relents de naphtaline (A Month in the Country).

Ceremony of Innocence de Kim Brandstrup / The Age of Anxiety de Liam Scarlett (creation) / Aeternum de Christopher Wheeldon du 7 au 17 novembre
Une création de Liam Scarlett, jeune prodige issu des rangs de la compagnie (il dansait encore dans le corps-de-ballet d’Onegin la première fois que je suis venue à Londres) est toujours une bonne nouvelle, qu’elle soit abstraite ou narrative. Ceremony of Innocence serait un conte sur la jeunesse et la fin de l'innocence tandis qu'Aeternum est une lente construction abstraite de Christopher Wheeldon qui m'a évoqué les acrobaties des thanatonautes la première fois que je l'ai vue... parfois il vaut mieux ne pas chercher à comprendre. Prévoyez tout de même une place debout ou une tasse de café avant, le dernier tableau prend son temps.

Valeri Hristov et Sarah Lamb, Scènes de ballet © Dave Morgan

The Four Temperaments de George Balanchine / création d’ Hofesh Shechter / Song of the Earth de Kenneth MacMillan du 27 mars au 14 avril
Deux chefs d’œuvres : Les Quatre Tempéraments de Balanchine et Le Chant de la Terre de MacMillan (au moment où Neumeier créera le sien à l’Opéra de Paris) pour entourer la nouvelle création d’un chorégraphe en vogue, l’israélien Hofesh Shechter. J’étais restée insensible devant le premier lorsque je l’avais découvert à Paris, je me suis endormie sur le Mahler du second et je n’ai jamais beaucoup apprécié le travail du dernier ; en toute honnêteté, les subtilités de cette soirée me dépassent, mais j’ai trop l’habitude de bonnes surprises dans cette salle pour décider déjà que je n’y tenterai pas ma chance...

Afternoon of a Faun / In the Night de Jerome Robbins / Song of the Earth de Kenneth MacMillan du 29 mai au 4 juin
On retrouve ici un programme plus léger avec deux pièces de Jerome Robbins : sa vision légère de L’Après-midi d’une Faune et son rêveur In the Night, composé de trois pas-de-deux qui rendent hommage au couple à travers trois étapes de la passion amoureuse (printemps, été, automne). Plus étonnant, la reprise de Song of the Earth une deuxième fois au cours de la même saison.


Les pépites du Linbury Studio

Caché sous la scène principale du Royal Opera House, le Linbury Studio propose une programmation alternative, plus expérimentale. On pourra y croiser la saison prochaine plusieurs grandes compagnies contemporaines et néoclassiques, telles que le Phoenix Dance Theatre en novembre, ZooNation en janvier, Ballet Black en février, le Northern Ballet en mai et le Dutch National Ballet en juin. Ne manquez surtout pas la venue des Balletboyz, invités du 16 au 27 septembre : cette troupe de neuf garçons fondée par deux anciens danseur du Royal Ballet s’est donnée pour mission de redorer le blason de la danse masculine, et le résultat est pour le moins convainquant.

Le Linbury accueille également les travaux chorégraphiques des membres de la compagnie, avec notamment la soirée Draft Works en février (l’équivalent du programme Jeunes Chorégraphes à l’Opéra de Paris), qui a accueilli les premières œuvres de Liam Scarlett il y a quelques années. Le danseur Ludovic Ondiviela y présentera son ballet Cassandra dès l'automne. Enfin, le théâtre accueille les spectacles de fin d’année d’écoles pré-professionnelles de danse telles que la Rambert School of Ballet and Contemporary Dance et Ballet Central.

Balletboyz © Panayotis Sinnos

Il ne reste plus qu’à faire votre choix ! S’il vous manque un spectacle pour boucler votre weekend, n’oubliez pas de jeter un œil aux saisons du London Coliseum et du Sadler’s Wells, deux autres grandes scènes de danse londoniennes. N’hésitez pas non plus à poser vos questions en commentaire si vous avez besoin de détails complémentaires.