27/04/2014

Une saison à la Juilliard School sur Arte

Après Graines d’Etoiles, tourné à l’École de Danse de l’Opéra de Paris et diffusé au printemps dernier, Arte nous entraîne dans le quotidien de la prestigieuse Julliard School où des jeunes artistes de tous les pays (40% des étudiants sont étrangers) viennent se perfectionner en théâtre, musique et danse. En 6 épisodes de 26 minutes, la réalisatrice Priscilla Pizzato nous fait vivre les espoirs, les appréhensions, les joies et l’ambition des élèves à différentes étapes de leur scolarité : deuxième année pour Mariella, 17 ans, violoniste allemande surdouée qui vient de rejoindre la classe d’Itzhak Perlman, quatrième et dernière année pour Raymond, 21 ans, danseur américain qui rêve d’intégrer la compagnie d’Alvin Ailey. Un seul fil conducteur : la passion qui les unit à leur art.



Leur art, mais aussi celui des autres : la « Juilliard » insiste sur un enseignement pluridisciplinaire, encourageant les étudiants à se frotter à d’autres disciplines, à la fois pour enrichir leur pratique et sortir de leur zone de confort. Cours de claquettes pour violonistes, spectacles mêlant jazz, danse et chant dans des centres sociaux, comédies musicales à destination des enfants... les projets sont multiples et reflètent l’éclectisme de ces jeunes et leur ouverture sur le monde qui les entoure. A 30 000 $ les frais de scolarité, l’insertion professionnelle n’est pas une option et l’enseignement les sensibilise très tôt aux nécessités de leur future carrière. Les apprentis comédiens apprennent le chant (5h par semaine) pour se donner plus tard la possibilité de jouer aussi dans des comédies musicales, plus populaires que le théâtre ; les chanteurs passent des Noces de Figaro à une opérette de John Adams (on a ainsi pu voir deux des élèves filmés, John Brancy et Wallis Giunta, au Châtelet la saison dernière).

Débrouillards, talentueux, versatiles, mais d'abord « artistes », les étudiants de la Juilliard émerveillent par leur virtuosité à donner vie à tout ce qu’ils touchent. Lire un texte de Shakespeare en classe à 9h du matin les transporte instantanément dans un théâtre élisabéthain au 16e siècle, déchiffrer une partition de musique de chambre en studio de répétition donnerait l’impression d’être déjà sur une scène de concert, même si le récital n’est prévu que dans plusieurs mois. « En dernière année, tout doit être parfait dès la première tentative. » De l’univers décalé du jazz à celui, plus traditionnel, des chanteurs lyriques, la même exigence : « A chaque fois qu’un visiteur entre dans l’école, vous passez une audition », avertit un professeur dès la première année. Puis d’expliquer : « Ils ont besoin d’avoir plus confiance en eux, la vie est vraiment dure dehors, le problème avec ces écoles c’est qu’ils sont très protégés. »


Il ne faudrait pourtant pas croire qu’elle soit simple à l’intérieur. Tout au long de la scolarité, au cours de laquelle on voit les artistes éclore – le temps du documentaire, la transformation de Mathis, pianiste de 17 ans, est surprenante, de l’ado un peu déboussolé qui découvre ébahi les pianos Steinway et les Juilliard brunchs du Blue Note au jazzman new-yorkais qui compte désormais profiter de toutes les clubs de la ville – les défis sont nombreux. Comment interpréter une scène de sexe en classe ? De quelle manière doit-on prendre la critique ? Est-il possible de rester fidèle lorsqu’on est chanteur, et que, comme le suggère malicieusement la maître de chant, tous les soirs un beau et grand ténor vous fait une déclaration d’amour enflammée à genoux devant vous ? De la scène à la réalité, l’espace se réduit parfois et la caméra joue à nous le prouver, suivant les acteurs au début d’une scène comme s’ils rentraient chez eux avant de nous dévoiler leur public.

Des premiers jours où « on se croirait dans Fame ! » aux dernières représentations et à la remise des diplômes (« Je voudrais qu’elle n’arrive jamais », confie Mariella), le chemin parcouru est impressionnant. Un an durant, la réalisatrice se promène dans les couloirs et nous fait découvrir la vie de l’école au gré des moments marquants : La rentrée et ses rituels, dont le passage sur les planches pour tous les comédiens ;  En scène ! en décembre avec les 80 spectacles donnés aux quatre coins de la ville ; D’autres horizons et la construction d’un projet autour de la comédie musicale ; Ensemble ou la découverte du travail en groupe ; Artistes ! et le début de la vie professionnelle ; Rêve et réalités ou l’envol des étudiants, bien changés depuis qu’ils ont intégré l’école. Ils étaient 7% d’admis ; « Bravo, vous avez réussi à en sortir » leur lance la speakerine lors du discours de fin d’année.

Une saison à la Juilliard School, sur Arte les dimanches 27 avril à 16h40 et 4 mai à 16h55.

Sortie en DVD le 6 mai avec en bonus le spectacle de fin d’année de la promotion Danse 2013, le discours de rentrée du doyen Ara Guzelimian, une rencontre avec le président Joseph W. Polisi, un concert de  Mariella Haubs et le spectacle Cabaret du département d’Art Dramatique.