06/04/2014

Spectacle de l’École de Danse 2014

05/04, Opéra Garnier

Il y a longtemps que je n’avais pas mis les pieds à Victoria Coach Station, la gare routière de Londres. Il fut un temps où je prenais régulièrement le bus pour rentrer en France, mais avec l’âge (et le pouvoir d’achat grandissant), les 8h de voyage (de jour, comptez 10h pour un trajet de nuit) me sont apparues de plus en plus évitables. Ah, les départs de Londres à minuit après le spectacle, les nuits d’errance sur le ferry transmanche, l’odeur tenace des chips au paprika du voisin dans un bus bondé et surclimatisé... ce petit goût d’aventure et de colonie de vacances me semblait déjà appartenir au passé et à mes chères années d’étudiante.

Mais lorsqu’on décide trois jours avant un spectacle que non, décidément, on ne peut pas rater ça, le programme est trop beau, la distribution trop belle, le plaisir trop rare – bref, le dilemme quasi hebdomadaire de tout balletomane : la banqueroute ou les remords ? – et qu’on ne peut pas vraiment dépenser tout l’argent du loyer dans un aller-retour en Eurostar, le bus offre une alternative plus qu’appréciable. Et pourquoi ne pas en profiter pour tester les services du nouveau venu IDBUS ? Wifi gratuit, GPS à l’avant, sièges confortables (le mal de cœur est en option), la SNCF a visiblement misé sur la qualité pour se différencier d’Eurolines. Reste à former les chauffeurs à ne pas oublier systématiquement des passagers lors des arrêts...


19h25, toujours un peu nauséeuse après 8h sur la route, j’observe le Palais Garnier se remplir, perchée en 3e loges de côté (courtoisie de l’AROP). Un père arrive avec sa fille pour leur première fois à l’Opéra et le voilà prêt à l’abandonner pour redescendre en Baignoires, n’ayant pas réussi à trouver deux places côte à côte. Nos places étant dans la même catégorie, le troc est vite conclu. Quelques mètres plus bas, j’ai une vue imprenable sur le premier rang du Balcon où prennent place, entre autres anciennes étoiles, Benjamin Millepied (venu faire son marché) et Natalie Portman (qui commente la publicité Chanel au dos du programme – si la vision est improbable, la conversation qu’on s’imagine l’est encore plus...)

Créé par Claude Bessy pour le premier spectacle de l’École de Danse en 1977, Concerto en ré réunit sur scène l’ensemble des élèves, division après division, pour une présentation académique. Les plus jeunes esquissent quelques ports de bras et sauts de chats, les plus âgés tournoient et s’envolent dans des séries de grands jetés et toutes les classes reviennent s’enrouler au centre lors du final. La figure s’épanouit comme une fleur lorsque la plus petite élève est portée au sommet et que les plus jeunes se retournent en s’inclinant vers le public en avant-scène, ouvrant les bras tels des pétales. Plus courte, la pièce pourrait être présentée tous les ans, à l’instar du grand défilé de la Royal Ballet School, arrangé à l’identique. Les sévères justaucorps blancs ceinturés par de courtes jupettes un peu datées gagneraient cependant à être revus pour mettre en valeur la féminité des danseuses.

Concerto en ré de Claude Bessy © Daniel Cande

La soirée se poursuit dans une veine très classique avec le pas-de-deux de La Fête des fleurs à Genzano et le pas-de-six de Napoli. Le style Bournonville sied à merveille aux élèves, légers et précis avant de se montrer virtuoses dans une Tarentelle endiablée. Quel dommage que cette version manque à ce point de structure et d’unité de style, au point de ne plus reconnaître la production originale. Les costumes sont quelconques, les décors réduits à un fond nuageux sans rapport avec le ballet, les garçons n’ont même pas eu droit aux curieux chaussons biseautés habituels. Mis à part quelques instants de corps-de-ballet très réussis, l’extrait ressemble plus à une succession de solos sans rapport les uns aux autres qui ont le mérite de donner à voir les qualités de chaque danseur (mention spéciale à Chun Wing Lam) mais deviennent rapidement redondants, pour ne pas dire soporifique.

Scaramouche est heureusement propre à rétablir l’intérêt des plus jeunes spectateurs (et de leurs accompagnateurs). Après la pureté, l’exubérance et la théâtralité de José Martinez, qui met en scène les petits rats dans leur environnement naturel : une école de danse où tous les rêves deviennent réalité. Les personnages de la Commedia dell’ Arte envahissent l’espace scénique, où se côtoient des ballerines romantiques et des Petits Rats plus vrais que nature dans les costumes ravissants d’Agnès Letestu. La pièce pourrait être sortie de l’imagination des élèves : tantôt trublions, tantôt princes du répertoire, petites souris ou ombres féériques de la Bayadère, ceux-ci mènent la danse avec humour et créativité. La fête du Carnaval ressemble à s’y méprendre au spectacle de Noël qu’on aperçoit parfois dans les documentaires sur l’École; mené par l’excellent Andrea Sarri dans le rôle-titre,  tous les participants s’en donnent à cœur joie, faisant plein usage de leurs talents de mimes.

Les Petits Rats de Scaramouche © Sveva Vigevano

En dernière partie, Yondering de Neumeier redonne la parole aux plus âgés, qui trouvent dans la danse contemporaine une nouvelle voie d’expression. En robes et pantalons beiges, couples et groupes explorent les liens qui les unissent (c’est du moins l’impression que j’ai ressentie, ayant oublié d’acheter le programme) : de la relation amoureuse avec Molly, Do you Love Me? porté par la malicieuse Philippine Flahault à l’amitié et aux camaraderies masculines dans l’entêtant That’s What’s the Matter. Les Chansons populaires de l’Ouest américain interprétées par le baryton Thomas Hampson insufflent un air de western à cette pièce à la fois sensible et gaie, merveilleusement adaptée à de jeunes adultes. On peut remercier Elisabeth Platel, venue saluer à la fin, pour ce beau programme en adéquation avec la direction qu’elle donne à l’École de Danse française.

2 commentaires:

Lunettes a dit…

Petite coquille, il s'agit de Philippine Flahault (et non Philippe).

Auriez-vous la distribution complète du spectacle?

Pink Lady a dit…

Merci pour la correction ! Malheureusement ma fiche de distribution est restée à Paris donc je n'ai pas le détail.