16/04/2014

Programme de la soirée Jeunes Danseurs à l'Opéra de Paris

L’Opéra de Paris propose les 18, 19 et 22 avril une soirée Jeunes Danseurs. Déjà testé, ce type de programme est l’occasion rêvée d’admirer les jeunes talents de la troupe ordinairement cachés au fond du corps de ballet dans de grands rôles du répertoire. Nous aurons même la chance cette année de voir danser des jeunes danseurs engagés en juillet dernier et qui n'ont pas forcément eu beaucoup d'occasions d'apparaître en scène. A noter qu'ils seront accompagnés par l'Orchestre de l'Opéra de Paris lui-même, sous la direction de Marius Stieghorst.

Les extraits choisis, très contemporains, font la part belle aux chorégraphes « maison » : sur les dix œuvres présentées, six ont été créées par des danseurs issus du Ballet de l'Opéra. A côté des commandes passées aux étoiles (Kader Belarbi, José Martinez, Nicolas Le Riche et Jean-Guillaume Bart), on y retrouve avec plaisir les oeuvres de deux chorégraphes prometteurs collaborateurs du groupe Incidence Chorégraphique (Nicolas Paul et Sébastien Bertaud). Petit aperçu du programme et des distributions :


Première partie


La Source (Jean-Guillaume Bart)
Avec : Alice Catonnet, Antoine Kirscher, Florent Mélac

Si vous avez vu Graines d’Etoiles, vous connaissez déjà Alice Catonnet, qui réussissait le concours d’entrée dans le corps-de-ballet à la fin du documentaire sur l’École de Danse. Elle dansera un extrait de La Source, une création de 2011 qui rend honneur au style français : légèreté et précision du bas-de-jambe. Ce sera l’occasion de découvrir Florent Mélac (engagé en 2010) dans un rôle de soliste hors du contexte un peu stressant du concours de promotion et de revoir pour la première fois Antoine Kirscher, engagé au sein de la compagnie il y a seulement 6 mois.

Wuthering Heights (Kader Belarbi)
Avec : Laura Bachmann, Takeru Coste

Wuthering Heights, d’après le roman Les Hauts de Hurlevent d’Emily Brontë, c’est LE ballet que tout le monde cite toujours en exemple lorsqu’il s’agit de justifier les commandes de ballet passées aux danseurs étoiles de la maison (comme si seuls les étoiles avaient la légitimité pour s’improviser chorégraphes). Créé en 2002, il n’a plus été remonté depuis 2007, au grand dam des spectateurs de l’époque. N’en faisant pas partie, je me réjouis d’en découvrir un extrait, et plus encore avec Takeru Coste, danseur plein de personnalité (engagé en 2008), aux côtés de Laura Bachmann (engagée en 2011).

Wuthering Heights © Opéra de Paris

Les Enfants du Paradis (José Martinez)
Avec Hannah O'Neill, Mathieu Contat

La néo-zélandaise Hannah O’Neill est l’une des rares danseuses d’origine étrangère à avoir été engagée dans la compagnie (en 2013). Sa participation au Prix de Lausanne et sa présence en scène lui ont déjà permis de se faire remarquer ; dotée d’une technique irréprochable et d’une belle personnalité artistique, elle est passée Coryphée lors de son premier concours de promotion en novembre dernier. Elle devrait logiquement briller en scène dans le ballet très théâtral de José Martinez, aux côté de Mathieu Contat, engagé en 2011 également doté d’une technique précise et sûre.

Caligula et ses créatures (Nicolas Le Riche)
Avec : Alexandre Gasse (Caligula), Letizia Galloni (La Lune), Germain Louvet (Incitatus (le cheval))

C’est à deux engagés de 2008, Alexandre Gasse et Letizia Galloni, que reviendra la lourde tâche d’incarner les rôles principaux de Caligula : plus que de la technique, c’est de présence qu’il est ici question. Le ballet de Nicolas Le Riche, porté par les magnifiques Quatre Saisons de Vivaldi, est un questionnement sur la personnalité de l’empereur et sa vénération pour la Lune (rôle créé sur mesure pour l’étoile Clairemarie Osta). Germain Louvet (engagé en 2011) reprendra quant à lui le rôle tendre et comique du cheval Incitatus, auquel il prêtera ses lignes nobles, sa belle technique... et son sens de l’humour.

Caligula © Anne Deniau

Le Parc (Angelin Preljocaj)
Avec : Charlotte Ranson, Yvon Demol

Charlotte Ranson (engagée en 2002) et Yvon Demol (engagé en 2007) ne font plus exactement partie de la jeune génération, mais quel plaisir de pouvoir les admirer dans un pas-de-deux du Parc ! La jeune coryphée, qui a reçu le Prix de l’AROP en 2012, n’a plus rien à prouver en contemporain, registre dans lequel les chorégraphes invités lui confient régulièrement des rôles de soliste. Promue à un bel avenir, elle a enthousiasmé tous les spectateurs du concours de promotion 2013 avec une magistrale interprétation du Sacre du Printemps. On attend avec impatience de la découvrir dans l’un des sensuels pas-de-deux du ballet de Preljocaj donné à Garnier pour les fêtes de fin d’année.


Deuxième partie

Quatre figures dans une pièce (Nicolas Paul)
Avec : Daniel Stokes, Julien Cozette, Maxime Thomas, Antonin Monié

Je ne connais pas ce ballet de Nicolas Paul, l’un des danseurs-chorégraphes de l’Opéra, pour lequel il a déjà créé une œuvre contemporaine (Répliques, 2009) et une autre d’inspiration baroque en collaboration avec Béatrice Massin lors du Tricentenaire de l’École de Danse (D’Ores et Déjà, 2013). Chorégraphié en 2007 pour le Musée Picasso de Malaga, Quatre figures dans une pièce sera interprété par quatre danseurs : Daniel Stokes (engagé en 2005), Julien Cozette, Maxime Thomas (engagé en 2011) et Antonin Monié (engagé en 2012). Vous pouvez déjà découvrir un extrait de l’œuvre dansé par Simon Valastro ici.

Réversibilité / Pavane pour une Infante défunte (Michel Kelemenis)
Avec : Jennifer Visocchi, Antonio Conforti, Cyril Chokroun

Encore une œuvre dont je n’avais jamais entendu parler : créé en 1999 pour le Ballet l’Opéra de Paris, Réversibilité est un ballet en deux parties à la recherche d’une « parole commune » entre le langage du chorégraphe et celui des artistes de l’Opéra.  Le « Trio de la Pavane », dansé lors de sa création par Elisabeth Maurin, Kader Bélarbi, et Wilfried Romoli (excusez du peu) et déjà repris lors d’une soirée Jeunes Danseurs reflète un caractère intimiste, « suivant un rythme doux, et paresseux, et lent » (d’après un vers de Baudelaire). Je suis plutôt curieuse de découvrir ce trio mêlant la technique très sûre de Jennifer Visocchi (engagée en 2007), les élans de Cyril Chokroun et le lyrisme du jeune Antonio Conforti (engagé en 2012).

©  Opéra de Paris


Fugitif (Sébastien Bertaud)
Avec : Lucie Fenwick 2010, Mickaël Lafon (2007)

Promu Sujet en novembre dernier, Sébastien Bertaud est l’un des danseurs-chorégraphes les plus talentueux du Ballet. Régulièrement présenté lors des tournées des danseurs de l’Opéra en banlieue et en province, Fugitif est un duo mêlant projections vidéos et danse, une « chorégraphie intimiste basée sur la fluidité, la musicalité et l'émotion » qui « questionne la technique classique dans une perspective contemporaine ». A découvrir ou redécouvrir avec deux piliers du corps-de-ballet, la longiligne Lucie Fenwick (engagée en 2010) et Mickaël Lafon (engagé en 2007).

Genus (Wayne McGregor)
Avec : Juliette Hilaire, Hugo Marchand

Wayne McGregor, chorégraphe résident du Royal Ballet de Londres, est le producteur de ballets hype du moment : celui que toutes les compagnies s’arrachent pour avoir au moins l’une de ses pièces au répertoire. Ça tombe bien, ses inspirations (comme les moyens qu’on met à sa disposition) semblent infinis. Mais ne crions pas trop vite « le roi est nu » : le temps d’un pas-de-deux, c’est l’occasion de découvrir son langage chorégraphie décoiffant avec deux très beaux danseurs : Juliette Hilaire (engagée en 2008), qu’on voit trop peu malgré sa forte personnalité et ses pieds à faire pâlir Isabelle Ciaravola, et le solide et généreux Hugo Marchand (engagé en 2011).

Genus © Opéra de Paris

Amoveo (Benjamin Millepied)
Avec : Léonore Baulac, Jérémy-Loup Quer

Comment ne pas conclure une soirée mettant en scène l’avenir de la compagnie sans un hommage à son futur directeur ? Après Répliques et Genus, place à Amoveo pour reconstituer le programme de la soirée Millepied / Paul / Mc Gregor présentée à Garnier novembre 2009. La pétillante Léonore Baulac (engagée en 2008) et son partenaire Jérémy-Loup Quer (engagé en 2011) auront l’honneur de faire revivre ce ballet coloré, plein de fraîcheur et de légèreté, créé à l’Opéra en 2006 sur la musique d’Einstein on the Beach de Philip Glass (au Châtelet en janvier). La perspective de danser sous les yeux du chorégraphe en personne, venu superviser les répétitions de Daphnis et Chloe, devrait être des plus motivantes pour ces jeunes danseurs...