09/02/2014

Impressions londoniennes ép. 1 : Giselle et Rhapsody

Back in London ! Cette semaine, retour aux origines, la ville et les compagnies de danse qui m’ont décidée à ouvrir ce blog il y a un peu plus de 3 ans. Il y pleut toujours autant, parfois sous un soleil insolent ; on y mange toujours aussi bien – du fabuleux treacle pudding (mention spéciale aux fans de Harry Potter, qui s’en gave à longueur d’année) aux scones de Pâtisserie Valérie, et les balletomanes y sont toujours à la fête, des ballets classiques et contemporains en veux-tu-en-voilà. Deux spectacles cette semaine pour un démarrage en douceur.

Arc-en-ciel sur Oxford Street, samedi 8 février

Jeudi soir, Lauren Cuthbertson – l’étoile maison, que tout le monde adore ici parce qu’elle a le mérite d’être un pur produit made-in-England – et le bel italien Federico Bonelli dansaient Giselle au Royal Opera House. La version de Peter Wright, romantique à souhait, met l’accent sur la narration : enjouée au premier acte, sombre voire effrayante au deuxième. Dommage, ce couple principal (que j’avais déjà eu l’occasion de voir lors de la répétition générale) brille plutôt par sa technique et la perfection de ses lignes. Malgré des seconds rôles très réussis (Gary Avis, duc hargneux et dédaigneux, et Johannes Stepanek, simple et naturel en Hilarion), les confrontations manquent de tension et la scène de la folie ne parvient pas à installer le drame. Les variations aériennes de Giselle et d’Albrecht au deuxième acte permettent de racheter en beauté ce léger manque d’interprétation.

Lauren Cuthbertson, Giselle ©  Johan Persson

Le lendemain, la compagnie se produisait à nouveau dans un programme mixte comprenant deux ballets d’Ahston et MacMillan, les fondateurs du répertoire maison, et une création de Wayne McGregor, actuellement chorégraphe en résidence. N’ayant pas de place pour la première, j’ai assisté à la troisième représentation le samedi soir. Surprise, à l’heure du lever de rideau, c’est Kevin O’Hare, le directeur du Royal Ballet en personne, qui s’avance sur scène pour annoncer qu’à cause d’une blessure de Natalia Osipova pendant le spectacle de l’après-midi et l’indisposition de Thiago Soares, le ballet de McGregor ne pourra pas être présenté (les spectateurs le souhaitant étant invités à quitter le théâtre et se faire rembourser leurs billets, les autres à obtenir un remboursement d’un tiers du prix payé - quelques applaudissements dans la salle).

L. Morera, S. Polunin, Rhapsody © Tristram Kenton

En ce qui me concerne, la nouvelle production de McGregor (Tetractys - The Art of Fugue) m’intéressant assez peu (la première a donné lieu à des commentaires peu enthousiastes, et surtout de nombreux jeux de mots sur Twitter), je suis presque satisfaite de ne pas devoir attendre 40 minutes entre le premier et le dernier ballet de la soirée. Après quelques minutes de flottement, les premières notes de la Rhapsodie sur un thème de Paganini de Sergueï Rachmaninov retentissent. C’était un autre Sergueï (Polunin) qui dansait le rôle principal lors de la dernière reprise ; cette fois, Valentino Zucchetti le remplace dans le rôle principal avec un certain brio – sa souplesse est mise à l’honneur dans les séries de grands jetés – mais comme souvent un léger manque de netteté. A ses côtés, Yuhui Choe ondule avec une grâce féline (j’ai l’impression d’entendre encore la petite voix de Lesley Collier en répétition « more catlike please ! »). Ce ballet de pure virtuosité se termine dans un éclat de rire, lorsque le danseur s’arrête au milieu de la scène et hausse les épaules, l’air de dire « easy ! », comme un clin d’œil à la salle.

Sarah Lamb, Thiago Soares, Gloria © ROH / Bill Cooper

Après plus d’une demi-heure d’entracte, le temps de remettre les choses au point en coulisses, changement de registre avec Gloria de MacMillan. Créé en 1980 sur l’œuvre éponyme de Francis Poulenc, ce ballet est un hommage aux vies perdues pendant la guerre. Il est d’ailleurs demandé aux spectateurs de ne pas applaudir entre les tableaux « to avoid breaking the atmosphere ». La chorégraphie lyrique et pleine d’émotion pourrait paraître acrobatique en France ; c’est sans compter la fluidité avec laquelle les portés les plus redoutables sont effectués ici. Meaghan Grace Hinkis vole des bras d’un danseur à l’autre ; Sarah Lamb, beauté diaphane toute vêtue de blanc, apporte douceur et sérénité aux pas torturés de ses partenaires, Carlos Acosta et Ryoichi Hirano. Dans le silence entrecoupé par la voix de la soprane Dušica Bijelic, les mouvements de guerre et de paix défilent en parfait accord avec la musique. On retient son souffle jusqu’au noir final.

The Royal Ballet, Gloria © ROH / Bill Cooper

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