16/02/2014

Impressions londoniennes ép. 2 : The Sleeping Beauty in rehearsal

Il y a plus de 2 ans que je n’avais pas mis les pieds dans le Clore Studio Upstairs. Niché tout en haut des escaliers, comme son nom l’indique, au dessus de la salle principale du Royal Opera House, ce studio a été conçu pour accueillir des spectateurs en répétition : classes publiques, séances de coaching, insights (l’équivalent des « Convergences » à l’Opéra de Paris, en version payante, mieux organisée, plus chaleureuse et surtout plus régulière). C’est également dans cette salle qu’ont été enregistrés tous les épisodes de la première journée portes ouvertes en direct sur internet, le Royal Ballet Live en 2012.

Yuhui Choe, Nikiya in La Bayadère © Bill Cooper

Pour décrocher le précieux sésame, mieux vaut adhérer à l’association des Friends, voire des super-Friends (qui bénéficient d’une réservation prioritaire), car malgré le prix conséquent (£17) et l’impossibilité de savoir à l’avance quel sera le contenu de la répétition, il est fréquent que plus aucune place ne soit disponible lors de l’ouverture des réservations au public, leur nombre étant réduit. Sans surprise, la moyenne d’âge est donc plutôt élevée, mais l’ambiance reste très bon enfant. La répétition est introduite par Tom Nelson, qui présente les intervenants à la manière d’un animateur de foules – « and at the piano, Paul « Big Hands » Stobart ! » sous les applaudissements de la salle.

Jonathan Cope, ancien danseur étoile et partenaire privilégié de Sylvie Guillem, fait ce soir répéter Ryoichi Hirano et Yuhui Choe (prononcez Yufui en aspirant le « h » à l’anglaise), qui feront ensemble leurs débuts dans La Belle au Bois Dormant le 26 février prochain. J’apprends dans le programme papier distribué à l’entrée que la jeune soliste, très appréciée ici (de nombreux habitués aimeraient d’ailleurs la voir promue principal) a fait ses classes à Tokyo puis à Paris avec Dominique Khalfouni. Son partenaire était encore membre du corps-de-ballet lors de mon dernier séjour et semble se voir confier de plus en plus de rôles (il remplaçait Thiago Soares au pied levé dans Gloria la dernière fois que j’ai vu la compagnie). Ses longues lignes lui assurent toujours une belle élégance en scène.

Ryoichi Hirano & Marianela Nuñez, Viscera © Andrej Uspensky

Il est le premier à passer sur le gril avec le solo du prince à l’acte II (beaucoup plus court que celui de la version Noureev, et dansé sur un extrait de la partition différent). On savoure la musicalité de chaque pas, le phrasé des développés croisés devant ou en arabesque. Vu d’aussi près, le travail musculaire est fascinant. Après avoir marqué une première fois la variation, Jonathan Cope l’exhorte à exprimer l’angoisse du personnage à ce moment, notamment lors d’une série d’arabesques où le danseur coupe son bras devant en faisant mine de se prendre la gorge. Les lignes s’allongent et on a soudain une brève impression de ce que veut le répétiteur... quand un grognement du danseur nous ramène à la réalité. « Exactly ! That’s perfect ! The more you torture yourself, the more we can see the angst. »

Au tour de Yuhui Choe d’entrer en scène pour le passage de la Vision. Jonathan Cope fait d’abord répéter la pantomime pour situer le contexte. « Should I play the Lilac Fairy ? » demande-t-il avant de jouer les surtitreurs : « She asks you : - Why are you sad ? - Because I don’t love anyone. - Anyone ? - Anyone. - Do you want me to show you a beautiful princess ? - Yes please! (rires). » Ladite princesse déboule à toute vitesse et le pas-de-deux s’enchaîne, juste le temps de s’enduire les mains de colophane pour ne pas glisser lors des portés. Place au final du 3e acte : les deux protagonistes changent de visage, désormais beaucoup plus souriants. « You’re a married woman now – you look at him straight in the eyes. » « Here you can take your time, enjoy the glory. »

Photo volée

La fin de la répétition donne lieu à la séance de questions-réponses de rigueur. Quelle a été la réaction de Yuhui Choe lorsqu’elle a appris qu’elle allait faire ses débuts dans La Belle ? « I said : OK! (…) I’ve done it so many time as a corps-de-ballet member. Watching Alina [Cojocaru] was fantastic.» Est-ce que Jonathan Cope aimait le rôle du prince, si non, quel était son rôle préféré? « It’s too hard to like it. The act 3 solo is the most difficult – all jumping from beginning to the end. Usually in male solos you get some easy steps at the middle to relax, not this one, so it can’t be a favourite. A month in the Country [Ashton] probably. » Est-ce que Ryoichi essaie d’apporter sa personnalité aux rôles? « Not really, the prince is not like me, I want to do what the choreographer wanted. » Que fera Yuhui 30 minutes avant la représentation « I always yawn before a performance… I find it relaxing!. »

Samedi, retour dans la salle principale pour la dernière du programme mixte, cette fois dans son ensemble. Steven McRae défie les lois de la gravité dans Rhapsody avec des sauts fixés en l’air et des séries de pirouettes à couper le souffle ; sa partenaire Laura Morera s’y montre également tout à son aise, légère et allègre. C’est le genre de ballet à la fois simple, démonstratif et plein d’humour que l’on regarde du début à la fin avec le sourire aux lèvres. On ne peut pas en dire autant de la nouvelle création de McGregor, aussi prévisible que les précédentes (à se demander s’il ne nous ressert pas à chaque fois la même chorégraphie, avec des décors et costumes différents). Un mélange de bleu, de vert, de rose, de noir et blanc sur des collants académiques très 20e siècle et des néons lumineux assortis. Gloria est d’une autre trempe, porté ce jour-ci par la longue Melissa Hamilton, qui allie désormais la perfection technique à un potentiel lyrique insoupçonné.

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