29/01/2014

La saison 2014-2015 du Ballet de l’Opéra de Paris

La saison 2014-2015 du Ballet de l’Opéra de Paris a été dévoilée ce matin par... une fuite sur un site japonais. Le programme des ballets à voir à Garnier et à Bastille jusqu’en juillet 2015 dès janvier 2014, c’est un nouveau record d’anticipation, la saison n’étant ordinairement connue qu’au début du mois de mars.

Cette saison a été co-programmée par Brigitte Lefèvre, actuelle directrice de la Danse, et Benjamin Millepied, qui prendra la relève en octobre 2014. A première vue, un programme très chargé avec six grands ballets classiques, autant de soirées contemporaines et deux compagnies invitées. Le nombres de grands ballets narratifs et la reprise - dans une même saison ! - de Casse-Noisette et du Lac des Cygnes devrait également réjouir plus d'un spectateur.

Le Tanztheater Wuppertal (compagnie invitée)
du 1er au 7 septembre 2014 à l’Opéra Garnier
La venue de la compagnie de Pina Bausch à l’Opéra de Paris est un évènement. Ses récentes tournées au Théâtre de la Ville et au Théâtre des Champs-Elysées ont été un tel succès qu’il était presque impossible d’obtenir des places hors-abonnement. J’adhère pour ma part assez peu à ce registre très contemporain, souvent dérangeant (j’ai tendance à trouver ses ballets machistes), mais cette invitation en ouverture de saison n’en reste pas moins un hommage mérité à la chorégraphe du Sacre du Printemps et d’Orphée et Eurydice (à découvrir en avril à l’Opéra Garnier).
Le programme comporterait a priori Two Cigarettes in the Dark de Pina Bausch. Ce ballet créé en 1985 sur une chanson de Bing Crosby explore les thèmes de l’amour perdu et de la solitude, de l’ennui et de la douleur. Au milieu d’un salon blanc décoré de fleurs tropicales, des hommes et des femmes tentent désespérément d’occuper leurs vies vides de sens. Bonne chance à ceux qui tenteront l’aventure...

Soirée Harald Lander / William Forsythe
du 20 septembre au 4 octobre 2014 à l’Opéra Garnier
Une belle soirée mixte qui réjouira les amateurs de danse néoclassique ! Le ballet du chorégraphe danois Harald Lander devrait être Études, sorte de remake de Suite en Blanc qui démarre comme une classe de danse et s’achève par des démonstrations virtuoses, non dénuées d’humour. L’œuvre de Forsythe serait Artifact Suite, dont la dernière reprise à l’Opéra de Paris date de 2008. Les ballets percutants et virtuoses du chorégraphe américain sont toujours un plaisir à découvrir (à condition cependant d’être dansés avec le style adéquat), même pour les spectateurs les moins avertis. C’est la soirée à laquelle convier vos amis qui s’imaginent encore que le ballet c’est « tutu et paillettes ».
Edit 30/01 : après 20 ans à la direction de la danse, Brigitte Lefèvre fera ses adieux le 4 octobre à l'occasion d'une soirée de gala. 

Rain d’Anne Teresa De Keersmaeker
du 21 octobre au 7 novembre 2014 à l’Opéra Garnier
Dix danseurs vêtus de rose qui courent en cercle autour de la scène au son de Music for 18 Musicians de Steve Reich. L’avantage des œuvres minimalistes, c’est qu’on ne perd pas de temps à les décrire. 

Casse-Noisette de Rudolf Noureev
du 26 novembre au 31 décembre 2014 à l’Opéra Bastille
Si la reprise du ballet Casse-Noisette à Noël est une tradition en Angleterre et aux Etats-Unis, c’est un évènement rare et espéré en France ! La version de Noureev, porté sur l’analyse psychanalytique,  n’est cependant pas aussi sucrée que ses variantes anglo-saxonnes. Après un premier acte qui fait la part belle aux petits rats de l’École de Danse, Clara entame un voyage intérieur à la recherche de son prince qui voit revenir chaque membre de sa famille au sein des fameuses danses locales. Le spectacle n’en reste pas moins une très belle sortie à faire en famille, à condition de vous y prendre assez tôt pour réserver vos places (il n’y aura guère de chance de s’en procurer après l’ouverture des réservations en septembre).

La Source de Jean-Guillaume Bart
du 29 novembre au 31 décembre 2014 à l’Opéra Garnier
Deux grands ballets classiques à Noël, c’est plutôt surprenant à l’Opéra de Paris. Les mauvaises langues diront que c’est un sacré défi pour le nouveau directeur de la Danse : avec l’hiver et le froid, les blessures sont plus fréquente ; ajoutez-y une surcharge de travail... et on ne peut que croiser les doigts pour que le nombre de dates ne soit pas trop élevé (sans grand espoir au vu de l’enjeu financier que représentent les fêtes). Pragmatisme mis à part, La Source est un très joli ballet classique, injustement méconnu, sur une musique de Léo Delibes. Le trio amoureux formé par la fée Naïla, la princesse turque Nourreda et le chasseur Djémil vaut bien celui de Solor, Nikiya et Gamzatti. Les somptueux costumes de Christian Lacroix cristallisés par Swarovski donnent un éclat supplémentaire à cette création de 2011. Pour l’anecdote, c’est le ballet sur lequel Myriam Ould-Braham aurait dû être nommée étoile, alors ne la manquez surtout pas dans ce rôle.

La Source

Le Ballet Royal de Suède dans Roméo et Juliette de Mats Ek
du 6 au 10 janvier 2015 à l’Opéra Garnier
La nouvelle avait fuité depuis quelques mois déjà : le Ballet Royal de Suède sera en tournée en janvier avec le Roméo et Juliette de son chorégraphe maison. Créé la saison dernière, ce ballet se base, une fois n’est pas coutume, sur la partition de Tchaïkovski (et non la version de Prokofiev). Ayant eu l’occasion de découvrir la compagnie la saison dernière au cours d’un voyage à Stockholm, je suis curieuse de la revoir dans pièce maitresse de son répertoire. Après Giselle et Appartement, le pouvoir de fascination du chorégraphe suédois n'est plus à prouver. 

Soirée Nicolas Paul / Pierre Rigal / Edouard Lock
du 3 au 20 février 2015 à l’Opéra Garnier
Cette soirée dont le programme n’a pas encore été dévoilé devrait être l’occasion de confier de nouvelles créations contemporaines à Nicolas Paul (Sujet) et Pierre Rigal, deux jeunes chorégraphes français, et au québécois Edouard Lock.

Le Chant de la Terre de Kenneth MacMillan Neumeier
du 24 février au 12 mars 2015 à l’Opéra Garnier
L’une des œuvres phares du chorégraphe Kenneth MacMillan : cette version chorégraphique de la symphonie Das Lied von der Erde Gustav Mahler s’écoute et s’étudie avant de se laisser voir. M’étant endormie devant la dernière fois que je l’ai vu au Royal Opera House, je serais bien en peine de vous en dire plus (merci encore au Balletonaute qui a eu la galanterie de me raconter le spectacle sur le chemin du retour).
Edit : il s'agira en fait d'une création de John Neumeier, grand adepte Mahler, qui n'avais jusque-là jamais chorégraphié sur cette partition, considérant la version de MacMillan comme un chef-d’œuvre indétrônable.

Le Lac des Cygnes de Rudolf Noureev
du 11 mars au 9 avril 2015 à l’Opéra Bastille
Le ballet des ballets est de retour à l’Opéra Bastille. Sombre et grandiose, la version de Noureev a la particularité d’être centrée sur le prince : les actes au bord du lac sont vus comme une sorte de rêve, la princesse cygne n’est qu’une vision fantasmée de la femme. Le précepteur, qui tient également le rôle du sorcier Rothbart, tient un rôle central (et incroyablement séduisant). La dernière série avait été une hécatombe de cygnes : espérons que cette reprise donnera l’occasion d’admirer plus de danseuses dans le rôle principal.

Spectacle de l’École de Danse (programme non confirmé)
du 3 au 9 avril 2015 à l’Opéra Garnier 

L’Histoire de Manon de Kenneth MacMillan
du 20 avril au 20 mai 2015 à l’Opéra Garnier
Manon c’est THE ballet, le plus beau, le plus émouvant, le plus génial. Meilleurs costumes,  meilleure chorégraphie, meilleure bande originale (Jules Massenet – mais attention aucun extrait de l’opéra du même nom, un melting-pot de ses autres compositions). Ne comptez pas sur moi pour être objective dessus, ce spectacle a été le grand coup de cœur de ma première saison londonienne et je suis plus que ravie de le voir revenir à l’Opéra. Le plus beau couple parisien à y admirer était Mathieu Ganio et Isabelle Ciaravola, mais celle-ci prend malheureusement sa retraite le mois prochain. On peut donc croiser les doigts pour y voir une étoile invitée, comme peut-être Diana Vishneva. Aurélie Dupont devrait également y faire ses adieux.

Paquita de Pierre Lacotte
du 2 au 19 mai 2015 à l’Opéra Garnier
Si Casse-Noisette et Le Lac des Cygnes sont les plus connus, Paquita est probablement le ballet le plus classique de toute la programmation. Le chorégraphe français Pierre Lacotte, héritier de Petipa, effectue un travail d’archéologue de la danse en remontant des ballets disparus d’après les notes et dessins d’origine. Le résultat, qui permet de montrer les ballets tels qu’ils étaient dansés il y a plus d’un siècle, a un intérêt historique. Si les relectures modernes à la Noureev ont plus d’intérêt à mon goût que ces tentatives de préserver les ballets dans la naphtaline, ce travail de technicien demeure admirable et Paquita ne manque pas de piquant. Perfection des lignes, variations brillantes, scènes de pantomimes, c’est aussi un défi pour la compagnie et les solistes.

Les Enfants du Paradis de José Martinez
du 28 mai au 6 juin 2015 à l’Opéra Garnier
Si vous n’avez pas déjà vu ce ballet, c’est l’occasion de découvrir l’Opéra Garnier sous un nouvel angle. Dès votre arrivée, vous serez accueilli par des artistes de rue dans les couloirs. A l’entracte, ne manquez pas le spectacle qui se donne dans le grand escalier, puis revenez vite à vos sièges pour assister à la répétition sur scène de la suite du ballet. L’ex danseur étoile José Martinez, aujourd’hui directeur de la Compagnie Nationale d’Espagne, a su s’approprier et mettre en scène tous les espaces du théâtre. La chorégraphie et la musique ne sont pas toujours au diapason mais les personnages d’époque (des bourgeois au gentleman cambrioleur) et la poésie du mime Baptiste charmeront les amateurs de ballets théâtraux.

La Fille mal Gardée de Frederick Ashton
du 29 juin au 14 juillet 2015 à l’Opéra Garnier
Quel meilleur programme pour terminer la saison que « La Fille » pleine d’humour et de fraicheur de Sir Frederick Ashton ? La découverte de ce ballet en 2009 m’avait charmée, au point d’assister à la quasi-totalité des représentations (belle époque où l’on pouvait se procurer des places à partir de 6€). La gaieté de la musique de Ferdinand Herold, les gags de la chorégraphie – aux dépens du pauvre Alain, amoureux éconduit par Lise – et le couple irrésistible formé par Mathias Heymann et Myriam Ould Braham (nommé étoile sur ce rôle en 2012) en font un spectacle réjouissant qui ravira toute la famille.

L’Anatomie de la Sensation de Wayne McGregor
du 4 au 16 juillet 2015 à l’Opéra Bastille
Si vous ne vous souvenez plus du conte d’Andersen « Les Habits Neufs de l’Empereur », relisez-le et tirez-en les conclusions qui s’imposent. Wayne McGregor a pour lui un langage fascinant et des moyens illimités (merci aux contribuables).  Dommage qu’on n’écrive pas un ballet avec des mots.

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4 commentaires:

a. a dit…

bon, eh bien, je ne me précipiterai pas sur le chant de la terre! merci du conseil! même si j'aimerais certes goûter la galanterie des balletonautes...

Pink Lady a dit…

Quand je pense au nombre de ballets que je me suis fait expliquer à Londres, je ne sais pas ce que j'aurais fait sans eux...
En ce qui concerne Le Chant de la Terre, je ne suis sans doute pas pas de bon conseil, il vaut mieux suivre l'avis de Tamara Rojo : "Q.- Qu’est-ce que ce ballet représente pour vous ? T.R. : C’est au-delà des mots. C’est vraiment un chef d’œuvre. Je l’ai dansé avec Jonathan Cope et Carlos Acosta, deux personnes que j’adore. Ce ballet traite des premiers sentiment humains : la peur, la mort. Vous perdez un être cher. C’est l’un de mes ballets préférés. C’est tellement riche, différentes cultures se superposent : l’Asie avec le poème japonais – Kenneth (MacMillan) a très bien fait de mettre de la simplicité dans le mouvement ; Mahler pour la densité allemande. C’est innocent et neuf." http://www.impressionsdanse.com/2011/05/in-conversation-with-tamara-rojo.html

a. a dit…

Certes, vous êtes bien aimable et polie de rectifier, mais nous n'aurons pas Tamara Rojo à l'opéra... donc ça change déjà tout... pourquoi d'ailleurs n'a-telle jamais été invitée?...

Pink Lady a dit…

Je me pose aussi la question... comment se fait-il qu'aucune étoile du Royal Ballet ne soit jamais invitée pour les représentations de "Manon" ou de "La Fille mal gardée" ? L'absence totale d'échanges transmanche est assez étonnant.