21/01/2014

Le Corsaire flamboyant de l’English National Ballet

London Coliseum (dit « the Coli »), 17-18/01

Sur scène, des costumes cristallisés par Swarovski étincelant de mille feux. Dans la salle, des spectateurs debout qui saluent la virtuosité des danseurs en criant comme devant un match de rugby. Si la mission première de l’English National Ballet est de rendre la danse classique plus populaire, l’objectif est atteint avec cette nouvelle production du Corsaire, encensée aussi bien par les critiques (qui ont fait le déplacement jusqu’à Milton Keynes pour ne pas manquer la première en octobre dernier) que par le public familial qui vient pour la première fois.

Le Corsaire © English National Ballet

On doit d’abord ce succès à des distributions luxueuses, qui mêlent chaque soir stars internationales et jeunes espoirs de la compagnie. Vendredi dernier, Alina Cojocaru était Medora aux côtés de Vadim Muntagirov, tendre et pleine d’attentions à l’égard de son partenaire, trop peut-être pour un rôle qui demande plus d’exubérance que de sensibilité (on aurait tellement préféré la voir danser Giselle au sein de son ancienne compagnie, qui reprenait la production au même moment à l’autre bout du quartier). Son jeune partenaire époustoufle par ses sauts puissants mais il n’a pas la carrure d’un Matthew Golding, invité à danser Conrad le lendemain aux côtés de Tamara Rojo. Plus déterminé, le couple s’empare de la scène avec explosivité et semble interagir avec le public en délire : « un double fouetté ? un triple ? vous en voulez encore ? allez, un quadruple ! »

Alina Cojocaru et Vadim Muntagirov, Le Corsaire © Dave Morgan

Dans les seconds rôles, on peut admirer Laurretta Summerscales en Gulnare : deux fois nominée à l’Emerging Dancer Award (j’avais eu l’occasion de la rencontrer en 2011), la jeune fille a eu l’occasion de faire ses débuts en Odette/Odile dans Le Lac des Cygnes la saison dernière. Ses lignes de princesse et son sourire pétillant semblent la destiner naturellement à incarner les héroïnes romantiques. Charmante lorsqu’elle déploie ses bras expressifs pour implorer le marchand d’esclave pendant sa première scène, elle fait preuve d’un délicieux second degré au moment où elle défaille de terreur dans les bras d’Ali, le serviteur de Conrad. Celui-ci remporte chaque soir un franc succès avec le célèbre pas-de-deux de l'acte 2, qu’il soit dansé avec de magnifiques extensions par Junor Souza ou une force impressionnante par le tout jeune Joan Sebastian Zamora.

Yonah Acosta et Vadim Muntagirov, Le Corsaire © ASH

Dans la lignée des grands ballets d’action, Le Corsaire offre son lot de péripéties rocambolesques et de rebondissements : jalousie, enlèvement, mutinerie, drogue, naufrage (« no ballet should be without one »)... et assez de solos pour mettre en valeur tous les talents de la compagnie. On rit aux pitreries du Pacha (Michael Coleman) et on scrute l’arrière-scène pour ne pas manquer une dispute entre une esclave et un pirate. L’orchestration de Lars Payne et Gavin Sutherland est pour le moins démonstrative mais les décors de Bob Ringwood sont une splendeur visuelle, du marché ruisselant de pierreries aux tutus cotonneux du Jardin Enchanté, en passant par les éclats aquatiques de la caverne du pirate. En deux saisons, Tamara Rojo a réussi à rendre à l’English National Ballet son glamour historique et à faire de la compagnie un rendez-vous incontournable de la scène londonienne. 

L’English National Ballet sera de retour dans deux mois au Barbican avec un programme en hommage à la Première Guerre mondiale : Lest we forget, incluant des créations des chorégraphes Akram Khan, Russell Maliphant et Liam Scarlett.

Et pour bien préparer votre voyage, suivez le guide : Comment aller voir un ballet à Londres ?

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