27/03/2013

Eleonora Abbagnato, étoile de style

Entrez le nom d’Eleonora Abbagnato sur Google et vous verrez apparaître une série de clichés issus de magazines people, une page Wikipédia la présentant comme « danseuse et actrice italienne », un blog sur Skyrock et un article dans le Vogue italien. Les suggestions du moteur de recherche la disent enceinte et mariée à un certain Federico Balzaretti, footballeur de son état. La page Opéra de Paris arrive après, l’époque où la première danseuse évoquait son désir d’accéder au sommet de la hiérarchie dans le documentaire À l’École des Étoiles semblant déjà ancienne. Essayez d’imaginer que Mathilde Froustey, autre héroïne du film, n’était alors qu’en première division !

Des écueils techniques, des absences à répétition, un début dans le mannequinat, une autobiographie (Un angelo sulle punte) suivis des joies du mariage et de la maternité auront tenu la belle Sicilienne éloignée des planches assez longtemps pour qu’on en oublie qu’elle fut un temps d’un des espoirs du Ballet. Son retour dans Sérénade de Balanchine avec une présence scénique et un brio indemnes en septembre dernier lui a permis de montrer qu’on aurait eu tort de ne plus compter sur elle. Dans le rôle difficile de Carmen, que lui avait personnellement confié Roland Petit, elle donne ces jours-ci une leçon de style sur la scène du Palais Garnier, qui pourrait bien se terminer en beauté ce soir.

Eleonora Abbagnato, saluts de Sérénade © Blog A petits Pas

Représentation du 24/03 (matinée)

Certains d’entre vous jouent peut-être du piano : instrument académique, froid et imposant, il se prête facilement à la comparaison avec la danse classique. Vous aurez sans doute remarqué, si vous n’êtes pas un soliste accompli, qu’il existe au moins deux manières d’aborder une partition difficile. La première consiste à appliquer platement la composition sur les touches, en s’efforçant de le faire proprement. La seconde, réservée aux mauvais joueurs, consiste à ne marquer que les accents : certes, quelques notes risquent de passer à la trappe, mais au moins le rendu sera vivant et pourrait même rendre un plus juste hommage à la musique de départ aux oreilles de vos auditeurs.

Il en va de même en danse. Si vous avez vu Carmen avec Ludmila Pagliero et Stéphane Bullion, considérez que vous n’avez pas vu l’œuvre de Roland Petit. Vous en avez vu un brillant déchiffrage, en aucun cas une interprétation. Eleonora Abbagnato, dont on peut dire qu’elle sait soigner chacune de ses apparitions, se saisit du rôle de la gitane avec fureur et justesse. Dès l’entrée en scène, les deux interprétation divergent : là où Ludmila Pagliero s’amuse, un éternel sourire en coin, radieuse de choquer et d’être le centre de toutes les attentions, Eleonora Abbagnato jette son adversaire à terre avec une hargne qui n’a rien de gracieux et s’approche des hommes la rage d'une prédatrice.

Eleonora Abbagnato, Carmen ©Julien Benhamou

Dans le rôle de Don José, Nicolas Le Riche nous montre que placidité ne rime pas forcément avec insipidité. Plein de tension intérieure, contrairement à Stéphane Bullion qui peine encore à exprimer lisiblement les sentiments des personnages qu’il incarne, il tient tête à sa partenaire sans se départir de son stoïcisme. Faisant le meilleur usage d’une chorégraphie parcimonieuse, il intimide d’un coup de menton, séduit d’une pirouette et réussit même à en imposer dans des figures de caractère espagnoles qui seraient ridicules autrement. Le claquement de doigts par lequel il répond aux claquettes de pointes de sa partenaire n’a rien d’anodin, c’est un moyen de la mettre en garde et de poser des limites, traduites aussi par la façon dont il la retient en équilibre.

Le pas-de-deux de la chambre est l’occasion pour la belle cigaretière de marquer son territoire. Elle n'a d'yeux que pour son partenaire, qu’elle ne lâche pas du regard tandis qu'elle parade pour l'attirer à elle. Comme me l'avait confié Anaïs Chalendard, pour danser Carmen il faut savoir « parler avec ses pieds ». On comprend tout de suite ce qu’elle a voulu dire : ici les jambes ont leur propre langage et s’entremêlent avec celles de son partenaire masculin dans un frottement suggestif. L’étoile argentine est plus adroite, sa fuite en fond de scène laisse entendre un concert de petits battements virtuoses ; la première danseuse ne marque que les accents essentiels.

Eleonora Abbagnato et Nicolas Le Riche, Carmen © Julien Benhamou

Lorsqu’elle monte sur pointes à la seconde, Ludmila Pagliero nous dit « Regardez-moi ces jolies jambes ! » – et qu’elles sont belles en effet, au point qu’on n’emporte que ce souvenir en sortant de la représentation – tandis qu’Eleonora Abbagnato exécute cette position pour dominer et prendre le pouvoir sur Don José. Tout au long du ballet, elle s’assure qu’il ne la quitte pas des yeux, à tel point qu’on se demande à quel moment elle va se jeter sur lui pour le dévorer. C’est ce qui finit par arriver à la toute fin, après qu’elle l’ait trompé avec un toréador (il faut regarder les groupies d’Escarmillo se dépiter lorsqu'il envoie un baiser à Carmen, c’est à mourir de rire), à ceci prêt que le temps s’arrête et que la passion la consume avant même qu’elle n'ait pu se rendre compte de ce qui lui arrivait.

Au regard des distributions de Carmen, le spectateur ignorant peut s’étonner de l’absence de Mathilde Froustey, qui en a présenté à plusieurs occasions des extraits lors du concours de promotion. Soliste dans Sérénade aux côtés d’Eleonora Abbagnato en septembre, la jeune danseuse a fait son chemin depuis l’École de Danse, assurant plusieurs fois des rôles principaux en France et à l’étranger, représentant sans relâche et avec panache l’Opéra de Paris lors de galas hors les murs. Deux destins croisés qui laissent penser que danser tous les soirs et tous les rôles n’est peut-être pas la solution la plus efficace pour devenir Étoile à l’Opéra de Paris.

Eleonora Abbagnato et Nicolas Le Riche le 27/03 © Elendae

Edit 28/03 : Comme annoncé dans la journée d'hier, Eleonora Abbagnato a été nommée Etoile à l'issue de sa dernière représentation de Carmen. Des vidéos de la soirée et de la nomination sont à voir sur la chaîne YouTube Operagot, de magnifiques photos sur le compte Instagram d'elendae_paris et le blog A petits Pas.

Le public des habitués n'a pas tardé à réagir, retrouvez les réactions sur le forum Dansomanie, les blogs danse-opera, Chroniques d'un petit rat parisien et La Loge d'Aymeric. Danses avec la plume apporte également son avis « palpitant » et ses interrogations sur cette nomination tardive.

Toute la presse avait aussi été conviée : Le Figaro, Paris Match, Le Point, BFM TV...

En bonus : le final d'hier soir (un grand merci aux paparazzi des fonds de loges !)

16/03/2013

Soirée Roland Petit à l’Opéra de Paris

15/03, Palais Garnier

Les soirées se suivent et ne se ressemblent pas. Après la ferveur du gala Noureev, on retrouve le Palais Garnier vide et endormi pour la première de la soirée Roland Petit. Le programme il est vrai n’était guère attrayant, avec la reprise de deux ballets sans intérêt majeur déjà donnés il y a 2 ans et des distributions un peu timorées, caractéristiques de l’exigence du chorégraphe (seulement trois interprètes de Carmen et certains rôles tenus par les mêmes danseurs tout au long de la série). Il sonnait cependant comme un hommage au grand homme disparu en juillet 2011 après avoir popularisé la danse au cinéma et marqué le répertoire de ses ballets dramatiques et théâtraux (en d’autres termes idéaux pour faire découvrir la danse à des débutants, à bon entendeur...)

I.Ciaravola, N.Le Riche, Le Rendez-Vous © Anne Deniau

Le Rendez-vous est un charmant ballet carte-postale : il dépeint un Paris romantique et typique, où de jeunes gens dansent serrés l’un à l’autre tandis qu’un bossu se fait conspuer (le virevoltant Hugo Vigliotti), jusqu’à l’apparition au bout d’un lent quart d’heure d’un jeune homme perdu dans ses pensées. C’est Nicolas Le Riche, qui fera ses adieux la saison prochaine et danse déjà à l’économie : quel dommage, lorsqu’on apprécie la qualité de sa danse sur la souplesse d’un grand jeté, de ne plus le voir que sur des pièces de théâtre dansées. Quelques minutes avant la fin, la plus belle fille du monde, un juste titre pour Isabelle Ciaravola, fragile silhouette juchée sur des talons de vamp, fait son apparition, le temps d’un pas-de-deux heurté, avant d’assassiner son partenaire et de se retirer nonchalamment.

Seconde pièce de la soirée, que vous ne pourrez donc éviter ni en arrivant en retard ni en partant avant la fin, Le Loup, une vieillerie aux décors bariolés façon Ballets Russes, qui narre en pas moins d’une demi-heure la passion d’une jeune fille (Laëtitia Pujol) pour un loup (Benjamin Pech), au désespoir de son fiancé (le beau Christophe Duquenne), qui la trompe de son côté avec une pulpeuse bohémienne (Valentine Colasante). WTF. Le plaisir de revoir Laëtitia Pujol, même dans le rôle d’une Brigitte Bardot niaise et éperdue, ou encore l’incrédulité devant les oreilles pointues de Benjamin Pech cède vite la place à l’ennui, si ce n’était pour les accents entraînants de la musique de Dutilleux : depuis les premières loges on aperçoit très bien l’orchestre Colonne, en nette évolution, dirigé par Yannis Pouspourikas.

Stéphane Bullion et Emilie Cozette, Le Loup © inconnu

La conception de la soirée a voulu qu’on garde le meilleur pour la fin, et quel plaisir de découvrir enfin la Carmen de Roland Petit sur la scène de l’Opéra de Paris. Cette fois les 45 minutes passent à toute allure, l’enchaînement rapide des scènes laissant à peine le temps aux techniciens de changer les décors et aux danseurs celui de reprendre leur souffle. J’avais déjà vu ce ballet il y a deux ans à l’English National Ballet, l’ouverture des compagnies anglaises m’ayant permis à l’époque d’assister aux répétitions dans les studios en compagnie des maîtres de ballet (Luigi Bonino et Jean-Philippe Halnaut, encore présent cette fois-ci), et j’en avais gardé par conséquent un excellent souvenir.

Les danseurs de l’Opéra de Paris n’ont pas la gouaille de leurs collègues de l’ENB (dont la vision ne cessait de se superposer à la scène hier soir, par un malicieux effet de persistance rétinienne) et l’attitude glaciale de la salle ne les encourage guère à donner leur pleine mesure aux jeux de scène qui suscitaient tant de réactions parmi le public à Londres, où le ballet a été créé en 1946. Heureusement que l’excellent trio de brigands : Allister Madin, Maxime Thomas et Caroline Bance, n’hésite pas à s’en donner à cœur joie pour faire vivre les scènes de groupe. Les groupies d’un Guillaume Charlot narcissique à souhait (mais encore trop sage) en toréador de pacotille ne manquent pas de comique.

A.Chalendard et D.Kraus (ENB), Carmen © Amber Hunt

Ludmila Pagliero fait sur cette série ses débuts en Carmen, aux côtés d’un Stéphane Bullion dont l’habituelle réserve sert la placidité de Don José. La joie de danser et de surmonter avec aisance les embûches techniques et l’endurance requises par ce rôle réputé si difficile ont peut-être occulté, lors de la première, le jeu d’actrice de l’étoile argentine. Carmen triomphe mais manque de rage, trop propre sur elle lors du pas-de-deux de la chambre, souriante jusqu’au milieu de la bataille finale. En s’efforçant de gommer parfois les passages les plus crus, des portés aux caresses suggérées par les pieds, on privilégie la joliesse sur la sensualité. Les prochaines représentations, moins guindées, devraient permettre aux interprètes de se lâcher un peu plus.

Soirée Roland Petit, du 15 au 29 mars à l’Opéra Garnier.

À lire : mon interview d’Anaïs Chalendard, soliste à l’English National Ballet, qui revient sur sa rencontre avec Roland Petit et sa prise de rôle en Carmen.

À découvrir, si vous ne l'avez encore jamais vu : la bande-annonce du ballet :

13/03/2013

Saison 2013-2014 du Royal Ballet

La saison 2013-2014 du Royal Ballet a été dévoilée ce matin en conférence de presse : entre grands ballets classiques, nouvelles productions et soirées contemporaines, le programme est chargé. « Les créations sont vraiment le cœur de la Compagnie. C'est très important de faire des classiques ; c'est important de nous souvenir de notre héritage. Mais les créations feront que la Compagnie continuera de se développer" a déclaré son tout nouveau Directeur, Kevin O'Hare. Que vous soyez amateur de classique ou de contemporain, quelles seront les soirées à ne pas manquer la saison prochaine ? Petit tour d'horizon.

L.Cuthbertson et F.Bonelli, Romeo & Juliet © Bill Cooper/ROH

Don Quichotte (nouvelle production) du 30 septembre (soirée de gala) au 6 novembre 2013
chorégraphie de Carlos Acosta d’après Marius Petipa, musique de Ludwig Minkus
« Carlos Acosta, Étoile invitée du Royal Ballet et l’un des meilleurs danseurs de sa génération, présente une nouvelle production de ce récit exubérant sur l’amitié, l’amour et la loyauté. »
Carlos Acosta c'est LA super-star du Royal Ballet. Danseur cubain à la technique ébouriffante, il fera dès la rentrée ses débuts de chorégraphe. On peut compter sur lui pour insuffler panache et virtuosité au ballet de Petipa.

Roméo et Juliette du 19 octobre au 7 décembre 2013
chorégraphie de Kenneth MacMillan, musique de Serge Prokofiev
« Une histoire tragique d’amants maudits par le sort : le ballet poignant de Kenneth MacMillan est un classique du 20e siècle. »
La production du Roméo & Juliette de MacMillan est un joyau du répertoire du Royal Ballet. Une partition magnifique, des pas-de-deux passionnés (spécialité du chorégraphe) et un casting de rêve, c'est l'un des ballets à ne pas manquer cette saison.

Chroma / création de David Dawson / Le Sacre du Printemps du 9 au 23 novembre 2013
chorégraphies de Wayne McGregor / David Dawon / Kenneth MacMillan
musiques de Joby Talbot / Greg Haines / Igor Stravinsky
« Un siècle de danse visionnaire – du chef d’œuvre de Stravinsky au début du 20e siècle à la chorégraphie innovante de Wayne McGregor et David Dawson. »
Premier « triple-bill » de la saison, ce programme réunira l'un des premiers ouvrages du génial / imposteur Wayne McGregor, peut-être l'un des plus aboutis, et une pièce-maîtresse de Kenneth MacMillan, mode tribal et orange-power. Une création de David Dawson, chorégraphe que je ne connais pas encore mais très apprécié par les danseurs et le public pour la sensualité de ses pièces, complètera la soirée.

Casse-noisette du 4 décembre au 16 janvier
chorégraphie de Peter Wright d’après Lev Ivanov, musique de Piotr Illich Tchaïkovski
« Le cadeau enchanté d’une petite fille l'entraîne dans l'aventure merveilleuse de ce ballet classique, accompagné par la musique pétillante de Tchaïkovski. »
Tradition de Noël exige, Casse-noisette reviendra sur la scène avec son lot de variations folkloriques, de fées bonbons et de princes emperruqués. Cette jolie production ravira les plus jeunes et replongera les adultes en enfance avec des effets spéciaux et des costumes très soignés.

Joyaux du 17 décembre au 7 janvier
chorégraphie de George Balanchine, musique de Gabriel Fauré (Émeraudes), Igor Stravinsky (Rubis) et Piotr Illich Tchaïkovski (Diamants)
« L’évocation par George Balanchine du brillant des émeraudes, des rubis et des diamants est un bijou en tant que telle. »
George Balanchine aurait eu l'idée de ce ballet devant une devanture de Van Cleef & Arpel... il en résulte un hommage aux trois principales Ecoles de danse : la française avec le romantique Émeraudes, l'américaine avec un Rubis de music-hall et la russe avec l'impérial Diamants.

Hansel et Gretel
en janvier
chorégraphie de Liam Scarlett
« Le premier ballet en plusieurs actes de l’artiste associé Liam Scarlett pour le Royal Ballet – une vision sombre et adulte d’un conte de fée classique. »
Liam Scarlett est le petit génie maison, auteur de plusieurs œuvres abstraites et d'un premier ballet narratif l'an dernier. L'opportunité lui sera donnée en mai 1013 de créer cette fois un ballet en plusieurs actes pour la Compagnie. On peut dire que le Royal Opera House sait faire grandir ses artistes.

Giselle du 18 janvier au 10 février
chorégraphie de Marius Petipa d’après Jean Coralli et Jules Perrot, musique d’Adolphe Adam
« Le plus grand ballet romantique – l’œuvre classique de Marius Petipa est un drame sur la trahison, les esprits surnaturels et l’amour qui transcende la mort. »
N'allez pas au Royal Ballet pour y admirer un corps-de-ballet homogène et des lignes impeccables. Mais courrez-y pour voir cette production de Giselle romantique et sombre, moins grandiose qu'à l'Opéra de Paris ou au Bolchoï mais plus dramatique, des willis vives et aériennes et d'excellents solistes. On se damnera pour revoir une dernière fois Alina Cojocaru et Johan Kobborg danser ensemble les rôles principaux.

Alina Cojocaru dans Giselle © Bill Cooper / ROH

Rhapsody / création de Wayne McGregor / Gloria du 7 au 15 février
chorégraphies de Frederick Ashton / Wayne McGregor / Kenneth MacMillan
musiques de Serge Rachmaninov / J-S Bach / Francis Poulenc
« Un hommage à trois chorégraphes déterminants du Royal Ballet : Frederick Ashton, Kenneth MacMillan et Wayne McGregor. »
Un court ballet de Frederick Ashton basé sur la virtuosité du couple principal, une nouvelle création de Wayne McGregor dont on aurait sans doute pu se passer mais il faut bien rentabiliser depuis qu'on l'a nommé artiste associé, et l'un des rares ballets sur la guerre, dans une production un peu datée mais qui n'en reste pas moins poignante.

La Belle au Bois Dormant du 22 février au 9 avril
chorégraphie de Marius Petipa, musique de Piotr Illich Tchaïkovski
« Un voyage avec le Royal Ballet dans le monde enchanté de princesses, maraines-fées et formules magiques du ballet classique de Marius Petipa. »
La plus longue série de l'année, pour mieux remplir les caisses et financer les nouvelles productions... l'occasion de découvrir les étoiles montantes de la compagnie dans le rôle de la princesse Aurore et de huer la méchante fée Carabosse avec un public qui a gardé son âme d'enfant.

The Winter’s Tale (création) du 10 avril au 8 mail
chorégraphie de Christopher Wheeldon, musique de Joby Talbot
« La première mondiale d’un nouveau ballet en plusieurs actes de Christopher Wheeldon d’après  l’œuvre bien connue de Shakespeare sur l’amour, la perte et la réconciliation. »
Après le succès d'Alice, il y a 3 ans, Christopher Wheeldon coopère de nouveau avec Joby Talbot pour adapter une tragicomédie de William Shakespeare. Un chorégraphe innovant, un compositeur fantasque et une « comédie à problème », le projet semble pour le moins intéressant et on a hâte de le découvrir, au moins au cinéma !

Sérénade / Sweets Violets / Danse à Grande Vitesse (en français dans le texte) du 14 au 26 mai
chorégraphies de George Balanchine / Liam Scarlett / Christopher Wheeldon
musiques de Piotr Illich Tchaïkovski / Serge Rachmaninov / Michael Nyman
« Un programme mixte fait de contrastes grisants, d’un sombre mélodrame victorien à un hommage à la modernité hi-tech. »
Pour les contrastes, vous serez servis : entre la douceur du ballet abstrait de Balanchine (donné à l'Opéra de Paris en début de saison), la noirceur du thriller de Liam Scarlett et l'excitant « DGV », d'après le titre de la partition créée au lancement du TGV, soirée montagnes russes en perspective.

Le Songe d’une Nuit d’Eté / création d'Alastair Mariott / Le Concert du 31 mai au 13 juin
chorégraphies de Frederick Ashton / Alastair Mariott / Jerome Robbins
musiques de Felix Mendelssohn / à confirmer / Frédéric Chopin
« Une création mondiale et deux chefs d’œuvre comiques composée une soirée charmante, pleine d'humour et de fantaisie »
On ne résiste pas au plaisir de voir les danseuses du Royal Ballet voleter en costumes de fées autour d'animaux en peluche, et on se réjouit à l'avance de voir les solistes de la compagnie s'emparer de l'oeuvre drôlissime de Jérôme Robbins avec leurs talents de comédiens. La création d'Alastair Mariott, chorégraphe contemporain et ancien danseur maison, demeure un mystère.

Draft Works en juin
« Expérimentez la danse dans sa forme élémentaire – les danseurs invités et ceux du Royal Ballet produiront leurs travaux en développement. »
A l'instar des Danseurs Chorégraphes de l'Opéra de Paris, les danseurs du Royal Ballet présenteront leurs « brouillons » sur la scène du Linbury au mois de juin. Pour en savoir plus sur cette démarche, qui a fait éclore un certain Liam Scarlett, lisez le compte-rendu d'une rencontre il y a quelques années.

Spectacle de la Royal Ballet School le 12 juillet
(programme à confirmer, généralement connu le jour-même)
« Une démonstration de la diversité du répertoire classique et contemporain par les élèves de la Royal Ballet School. »
Le spectacle de la Royal Ballet School n'a pas grand-chose à voir avec celui de l'Ecole de Danse de l'Opéra de Paris. A Londres, tous les élèves montent sur scène en fin d'année, même les plus jeunes, lors d'une série de représentations qui commence au Linbury et se termine par une matinée annuelle sur la grande scène du Royal Opera House. La représentation est clôturée par un Grand Défilé qui réunit tous les élèves sur scène devant un public en délire, frissons garantis.

En parallèle de la saison du Royal Ballet, de nombreuses troupes invitées, débutantes ou confirmées, tourneront au Linbury Theatre (une petite scène située sous le bâtiment principal). Le programme complet de la saison est disponible sur le site du ROH.

Pour vous aider à préparer votre voyage, suivez le guide : Comment aller voir un ballet à Londres ?

A vos agendas ! Si vous ne prévoyez pas de traverser la Manche, 5 ballets seront diffusés au cinéma en live cette saison : Don Quichotte le 16 octobre, Casse-noisette le 12 décembre, Giselle le 27 janvier, La Belle au Bois Dormant le 19 mars et The Winter’s Tale le 28 avril 2014.

Les temps forts de la saison en vidéo :


Et vous, quels ballets vous tentent le plus dans cette programmation ?

01/03/2013

Le Lac des Cygnes, Ballet de Perm

26/02, Théâtre André Malraux de Rueil-Malmaison

Le Ballet de Perm était cette semaine en tournée en région parisienne, avec un programme varié de ballets classiques et néoclassiques qui constituait une belle occasion de découvrir cette compagnie russe d’excellente réputation, malgré sa faible notoriété. Il fallait certes s’armer de motivation pour saisir cette opportunité, aucune date n’étant prévue dans des théâtres parisiens : à 30 minutes de la gare RER, 1h de transport à l’aller, 1h30 au retour, le Théâtre André Malraux de Rueil-Malmaison n’est pas facile d’accès, sans parler des horaires tardifs (début à 20h30, fin vers 23h45) qui vous obligent à partir avant la fin… mais les danseurs valaient le déplacement.



Si vous pensez connaître Le Lac des Cygnes par cœur après l’avoir vu et revu dans des dizaines de versions différentes, il en reste toujours une à découvrir pour vous étonner et vous émerveiller à nouveau. La version de Natalia Makarova, toute en charme et en simplicité, en est une nouvelle démonstration. La chorégraphie, parfois à l’étroit sur la petite scène du théâtre, s’étire dans toutes les dimensions, semblant donner à la danse de nouvelles perspectives : les courtisans s’entremêlent dans des figures ingénieuses, les grands cygnes se rejoignent dans des directions inattendues, une princesse pique en arabesque tandis qu’une autre est portée dans les airs par son partenaire, démultipliant la perspective.

Les costumes et les décors épurés mettent en valeur l’harmonie de des lignes, le corps de ballet parfaitement homogène indiquant dès le lever de rideau la qualité de la compagnie. Le premier acte se déroule dans un bois où le prince festoie avec sa cour et son ami Benno, dans des tons pastel et des robes fluides, le troisième acte dans un palais austère et des costumes folkloriques qui ne cèdent pas à l’exubérance de certaines productions. Les tutus des cygnes aux bustiers soulignés de duvet trahissent parfois la maigreur caractéristique des danseurs russes, les traits tirés et les sourires trop rares la fatigue de la tournée, mais la technique solide et l’endurance témoignent de l'exigence de l’entraînement à l’École du Ballet de Perm (qui a fait l'objet d'un documentaire il y a quelques années).



Siegfried incarné par Sergey Mershin n’a peut-être pas le physique romantique qu’on attend chez un prince du répertoire mais sa danse ample, ses sauts moelleux battus avec fermeté et la facilité avec laquelle il soulève sa partenaire emportent l’adhésion. Je suis plus réservée sur Odette / Odile (Natalia Moiseeva) dont les pieds qui tournent en dedans à chaque instant, les chevilles cisaillées par les rubans, les genoux qui jettent la jambe plutôt qu’ils ne fouettent et les bras peu lyriques peinent à faire oublier la condition humaine. Les demi-solistes des danses de caractère en imposent, Denis Tolmazov en Benno paraît prêt à prendre la relève des solistes principaux, mais la véritable star du spectacle reste le corps de ballet, aussi bien féminin que masculin, parfaitement synchronisé et d’une légèreté défiant l'apesanteur.