27/09/2013

Cygnes chinois au Châtelet

25/09

« Qu’est-ce que c’est que ce truc ? » est devenu la question habituelle à chaque fois que j'ai une place pour le Théâtre de la Ville entre les mains. «Pourquoi ai-je encore été réserver ça ?» : problématique d’autant plus cruciale lorsque le titre est en allemand et que je réalise avec horreur que le spectacle n’est même pas classé dans la catégorie danse. Miracle, cette fois-ci la série est complète et je n'ai aucun mal à trouver un repreneur à quelques heures de la représentation. Sans perdre de temps, direction la billetterie du Théâtre du Châtelet : 4 minutes avant le lever du rideau, je décroche une place royale pour la première du Lac des Cygnes avec le Ballet national de Chine. De quoi inquiéter la balletomane soucieuse de l'avenir du ballet en France, mais pas l’amatrice de navets sentimentaux.


Voyez-vous, le Lac pour une balletomane, c’est un peu comme une énième soirée devant Love Actually. On connaît déjà les personnages : Odette, la blanche colombe effarouchée par Siegfried, le bellâtre incapable de la différencier d'Odile, son double maléfique manipulé par Rothbart, le sorcier qui s’apparente tantôt à un crapaud difforme tantôt à un précepteur mystérieux et irrésistible (chez Noureev). On connaît l’histoire : ne serait-ce pas d’ailleurs une raison suffisante pour la pimenter un peu ? La version Makarova du ballet a beau être harmonieuse et parfois même intéressante du point de vue chorégraphique, on attend plus aujourd’hui qu’une interprétation littérale des amours contrariées de Siegfried et Odette. Le mélange entre le détachement de l’étoile féminine et la propension à la caricature de son partenaire détonne ; on se passerait également de l'accumulation de poses « clichés ».

Le premier acte se joue dans la cour du château. Un prince si léger qu’il semble à peine toucher le sol boit à sa santé avec ses amis quand débarque un second prince, une tête de plus que lui, coiffure « pop » (dixit Amélie). On croit à un gag, cela fait irrémédiablement penser aux Trocks, et les perruques de la flopée de courtisanes arrivée en même temps n’aident pas à garder son sérieux. Le pas-de-trois est dansé avec virtuosité, les petits cygnes (qui remportent le plus beau succès de la soirée) sont obstinément en-dedans, les ensembles parfaits mais curieusement maniérés. La touche Ashton, également crédité comme chorégraphe, ne fait malheureusement pas sens sans le style et la tradition des compagnies anglaises. Les épaulements apparaissent ici superflus, voire dérangeants lorsqu’ils ne sont pas effectués avec la même orientation par les cygnes alignés.


Après un acte blanc sans profondeur, retour au faste pour la birthday party du prince qui tourne à la catastrophe sitôt les fouettés baladeurs exécutés. La coda est sacrifiée, la pantomime jouée à contretemps et sans aucun rapport avec la musique, qui parle pourtant d’elle-même. Certains critiques s'enfuient à l’entracte, les blogueuses en profitent pour leur piquer leur place, et c’est parti pour le final, qui n’échappe au ridicule que par la platitude de l’interprétation. Le Ballet de Chine, accueilli en tournée au Palais Garnier il y a quelques années, est une excellente compagnie qu’il ne faudra surtout pas manquer dans Le Détachement féminin rouge la semaine prochaine. A moins de ne le voir pour la première fois, vous pouvez cependant éviter de vous noyer dans ce Lac.

Le Ballet national de Chine, à voir au Théâtre du Châtelet dans Le Lac des Cygnes jusqu'au 29 septembre puis dans Le Détachement féminin rouge du 1er au 3 octobre.

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