16/03/2013

Soirée Roland Petit à l’Opéra de Paris

15/03, Palais Garnier

Les soirées se suivent et ne se ressemblent pas. Après la ferveur du gala Noureev, on retrouve le Palais Garnier vide et endormi pour la première de la soirée Roland Petit. Le programme il est vrai n’était guère attrayant, avec la reprise de deux ballets sans intérêt majeur déjà donnés il y a 2 ans et des distributions un peu timorées, caractéristiques de l’exigence du chorégraphe (seulement trois interprètes de Carmen et certains rôles tenus par les mêmes danseurs tout au long de la série). Il sonnait cependant comme un hommage au grand homme disparu en juillet 2011 après avoir popularisé la danse au cinéma et marqué le répertoire de ses ballets dramatiques et théâtraux (en d’autres termes idéaux pour faire découvrir la danse à des débutants, à bon entendeur...)

I.Ciaravola, N.Le Riche, Le Rendez-Vous © Anne Deniau

Le Rendez-vous est un charmant ballet carte-postale : il dépeint un Paris romantique et typique, où de jeunes gens dansent serrés l’un à l’autre tandis qu’un bossu se fait conspuer (le virevoltant Hugo Vigliotti), jusqu’à l’apparition au bout d’un lent quart d’heure d’un jeune homme perdu dans ses pensées. C’est Nicolas Le Riche, qui fera ses adieux la saison prochaine et danse déjà à l’économie : quel dommage, lorsqu’on apprécie la qualité de sa danse sur la souplesse d’un grand jeté, de ne plus le voir que sur des pièces de théâtre dansées. Quelques minutes avant la fin, la plus belle fille du monde, un juste titre pour Isabelle Ciaravola, fragile silhouette juchée sur des talons de vamp, fait son apparition, le temps d’un pas-de-deux heurté, avant d’assassiner son partenaire et de se retirer nonchalamment.

Seconde pièce de la soirée, que vous ne pourrez donc éviter ni en arrivant en retard ni en partant avant la fin, Le Loup, une vieillerie aux décors bariolés façon Ballets Russes, qui narre en pas moins d’une demi-heure la passion d’une jeune fille (Laëtitia Pujol) pour un loup (Benjamin Pech), au désespoir de son fiancé (le beau Christophe Duquenne), qui la trompe de son côté avec une pulpeuse bohémienne (Valentine Colasante). WTF. Le plaisir de revoir Laëtitia Pujol, même dans le rôle d’une Brigitte Bardot niaise et éperdue, ou encore l’incrédulité devant les oreilles pointues de Benjamin Pech cède vite la place à l’ennui, si ce n’était pour les accents entraînants de la musique de Dutilleux : depuis les premières loges on aperçoit très bien l’orchestre Colonne, en nette évolution, dirigé par Yannis Pouspourikas.

Stéphane Bullion et Emilie Cozette, Le Loup © inconnu

La conception de la soirée a voulu qu’on garde le meilleur pour la fin, et quel plaisir de découvrir enfin la Carmen de Roland Petit sur la scène de l’Opéra de Paris. Cette fois les 45 minutes passent à toute allure, l’enchaînement rapide des scènes laissant à peine le temps aux techniciens de changer les décors et aux danseurs celui de reprendre leur souffle. J’avais déjà vu ce ballet il y a deux ans à l’English National Ballet, l’ouverture des compagnies anglaises m’ayant permis à l’époque d’assister aux répétitions dans les studios en compagnie des maîtres de ballet (Luigi Bonino et Jean-Philippe Halnaut, encore présent cette fois-ci), et j’en avais gardé par conséquent un excellent souvenir.

Les danseurs de l’Opéra de Paris n’ont pas la gouaille de leurs collègues de l’ENB (dont la vision ne cessait de se superposer à la scène hier soir, par un malicieux effet de persistance rétinienne) et l’attitude glaciale de la salle ne les encourage guère à donner leur pleine mesure aux jeux de scène qui suscitaient tant de réactions parmi le public à Londres, où le ballet a été créé en 1946. Heureusement que l’excellent trio de brigands : Allister Madin, Maxime Thomas et Caroline Bance, n’hésite pas à s’en donner à cœur joie pour faire vivre les scènes de groupe. Les groupies d’un Guillaume Charlot narcissique à souhait (mais encore trop sage) en toréador de pacotille ne manquent pas de comique.

A.Chalendard et D.Kraus (ENB), Carmen © Amber Hunt

Ludmila Pagliero fait sur cette série ses débuts en Carmen, aux côtés d’un Stéphane Bullion dont l’habituelle réserve sert la placidité de Don José. La joie de danser et de surmonter avec aisance les embûches techniques et l’endurance requises par ce rôle réputé si difficile ont peut-être occulté, lors de la première, le jeu d’actrice de l’étoile argentine. Carmen triomphe mais manque de rage, trop propre sur elle lors du pas-de-deux de la chambre, souriante jusqu’au milieu de la bataille finale. En s’efforçant de gommer parfois les passages les plus crus, des portés aux caresses suggérées par les pieds, on privilégie la joliesse sur la sensualité. Les prochaines représentations, moins guindées, devraient permettre aux interprètes de se lâcher un peu plus.

Soirée Roland Petit, du 15 au 29 mars à l’Opéra Garnier.

À lire : mon interview d’Anaïs Chalendard, soliste à l’English National Ballet, qui revient sur sa rencontre avec Roland Petit et sa prise de rôle en Carmen.

À découvrir, si vous ne l'avez encore jamais vu : la bande-annonce du ballet :

2 commentaires:

a. a dit…

(Joli lapsus sur le loup - au lieu de "vite" vous avez écrit "vide" :) je crois bien que vous avez raison...)

Pink Lady a dit…

En effet c'est révélateur ! Erreur corrigée, merci :-)