17/12/2012

Soirée versaillaise : les Ballets de Noverre

Opéra royal de Versailles, 15/12

Qui n’a jamais rêvé d’une soirée sous les ors de Versailles ? En cette nuit trempée de décembre, le château étincèle, guidant ses visiteurs comme un phare depuis le bout de l’avenue de Paris. Une fois à l’intérieur, une enfilade de couloirs pavés de marbre mènent à l’Opéra royal, traversant une exposition de sculptures qui se dressent comme des fantômes dans la semi-obscurité. Des escaliers en colimaçon et des embrasures étroites donnent accès à la salle : velours bleu et plafond peint par Louis-Jacques Durameau. Une fois les portes des loges refermées, celles-ci se fondent dans le décor et l’illusion est complète.

Opéra royal de Versailles © Château de Versailles spectacles

La Compagnie de danse l’Eventail, formée par Marie-Geneviève Massé et Bernard Delattre en 1985, contribue au rayonnement de la culture chorégraphique française en reprenant ou en créant des ballets d’esthétique baroque. La « belle danse » comme on l’appelait aux XVIIe et XVIIIe siècles se produisait à la Cour et servait d’intermède aux opéras et aux pièces de théâtre. Détrônée par le ballet classique et romantique, elle a été remise au goût du jour par les travaux d’historiens, de chorégraphes et de musicologues désireux de lui rendre sa place d’art à part entière, cessant de la considérer comme une curiosité seulement digne d’un musée.

Jean-Georges Noverre (1727-1810) est pour beaucoup dans la déliquescence de cette forme de divertissement. En développant la pantomime, l’expressivité et la mise en scène, il crée le ballet moderne, qui servira de lien entre les danses de cour et les grands ballets classiques. Danseur, maître de ballet et théoricien de la danse, invité par les monarques de toute l’Europe à monter des spectacles de plus en plus ambitieux, il délaisse peu à peu le merveilleux et la forme courte pour des productions aux sujets sérieux – tragiques ou historiques – et des arguments renforcés reposant sur une structure narrative et des personnages aux psychologies complexes.

© Château de Versailles spectacles

En portant à la scène deux des plus grands succès de Noverre, Marie-Geneviève Massé (chorégraphe), Vincent Tavernier (metteur en scène) et Antoine Fontaine (scénographe) font le pari de faire redécouvrir un genre ignoré depuis l’avènement du ballet romantique ; non en restituant les œuvres telles quelles, dans une reconstitution formelle, mais en les retravaillant pour les rendre acceptables aux yeux du public d’aujourd’hui, influencé par quelques siècles d’évolution du spectacle vivant. L’expression des émotions en particulier a été affinée de façon à saisir les spectateurs de 2012 aussi puissamment que les courtisans transportés par les premières représentations des années 1760.

Force est de constater que le pari est réussi. En me rendant à Versailles samedi soir, plutôt guidée par un cas de conscience balletomaniaque – découvrir un nouveau style – que par un élan de passion, je m’attendais à découvrir une restitution historique fidèle de ce qu’avait pu être le ballet au temps de Louis XIV, un peu surannée, et certainement pas à un spectacle d’une telle modernité. Si la tenue des corps, coudes repliés et bas-de-jambe présenté avec ostentation, évoque une époque révolue, la clarté de la narration et l’efficacité des tableaux rendent le spectacle aussi facile à suivre par les habitués que par les nouveaux venus.

Renaud et Armide © Pierre Grosbois

Renaud & Armide, ballet héroï-pantomime créé à Lyon en 1760 marque la volonté de Noverre de se détacher des conventions du théâtre lyrique pour s’attacher aux passions et aux caractères. Le jeune et beau Renaud vient de délivrer un groupe de chevaliers croisés capturés par l’enchanteresse Armide ; pour se venger, celle-ci l’attire sur son île en envoyant trois naïades le séduire. Au moment de le tuer dans son sommeil, elle tombe amoureuse de lui ; le sentiment est réciproque, mais Renaud est rappelé à la raison par des amis venus le secourir et s’enfuit, laissant la magicienne en proie à sa déception.

Si les tuniques pailletées des danseurs sont légères, la façon et de se déplacer et de porter les bras par les coudes en gardant les épaules immobiles laisse deviner les corsets et les costumes encombrants d’époque. La mise en valeur du bas de jambe par la petite batterie et les décors aquatiques en toiles peintes – mus par une machinerie qui nous ramène quatre siècles en arrière – me rappelle étrangement le Napoli du Ballet du Danemark, la limpidité du style Bournonville n’étant finalement pas si lointaine de celle de Noverre. Les danseurs (Sabine Novel et Noah Hellwig) s’emparent avec beaucoup de naturel et d’expressivité des rôles principaux, pourtant peu évidents à interpréter sans tomber dans la fadeur ou la caricature.

Médée et Jason © Pierre Grosbois

Ballet tragique, Médée & Jason est l’œuvre emblématique de la réforme chorégraphique qui marquera l’évolution du merveilleux – encore très présent dans Renaud & Armide – vers une inspiration plus noble : la tragédie. Jason, Médée et leurs deux enfants sont accueillis fastueusement à la cour du roi Créon. Celui-ci prévoit de fiancer sa propre fille Créüse au détenteur de la Toison d’or ; Médée trahie laisse éclater sa fureur et déchaîne les furies sur le palais au cours d’un final grandiose et terrifiant. Chef d’œuvre de Noverre, cette production créa la surprise à Stuttgart en 1763 et marqua les sensibilités.

Inspirer la terreur et la pitié jusqu’à contraindre les courtisans du XVIIIe siècle à quitter leurs sièges est une chose, montrer la jalousie et le pathétisme en scène sans faire sourire le spectateur du XXIe siècle en est une autre. Tout le travail de la compagnie a donc été d’ajuster la narration tout en respectant l’esprit original, en allongeant certaines scènes et en travaillant la justesse du jeu. Après les paillettes, des toges beaucoup plus sobres, malgré une furie acrobate impromptue, des angles qui s’estompent un peu plus pour allonger les lignes et se rapprocher du ballet moderne. Émilie Brégougnon est vive et gracieuse en Créüse tandis que Sarah Berreby (Médée) et son double déploient une haine glaçante qui rend tout son sens à la tragédie.

Médée et Jason © Pierre Grosbois

Les tous petits rats de l’École de Danse de l’Opéra de Paris, élèves de Marie Blaise en danse folklorique, présentent actuellement sur la scène de l’Opéra Garnier une démonstration de danse baroque. Le style semble leur convenir à merveille (ils sont extraordinaires quel que soit le style, mais celui-là tout particulièrement, tous ceux qui y ont assisté l’ont remarqué), ce qui me conduit à m’interroger sur la possibilité de voir un jour des reconstitutions de Marie-Geneviève Massé au répertoire de l’École. Le charme presque enfantin du ballet d’action a certainement de quoi conquérir un nouveau public, la danse moderne y prendrait quant à elle une leçon d’harmonie.

PS : J’espère n’avoir pas raconté trop de bêtises sur l’histoire de la danse, je remercie en tous cas Benoît Dratwicki pour l’excellent programme qui gagnerait toutefois à prendre une taille de police en plus.

Le spectacle Renaud et Armide, Médée et Jason est également le fruit d’une collaboration entre le Palazzetto Bru Zane (centre de musique romantique française à Venise) et le Centre de musique baroque de  Versailles, dans la fosse Le Concert Spirituel.

À voir à partir du vendredi 21 décembre à l’Opéra Comique, si vous l’avez manqué à Versailles.

09/12/2012

Six places à gagner pour Antonio Gades (danse flamenco) au Palais des Congrès de Paris

Vous avez-peut-être déjà pu apercevoir les affiches dans le métro : la Compagnie Antonio Gades sera au Palais des Congrès de Paris du 26 décembre au 5 janvier avec trois programmes emblématiques : Carmen (les 26, 27, 31 décembre à 20h ; le 30 à 15h ; le 5 janvier à 15h et 20h), Noces de sang / Suite Flamenca (le 28 décembre à 20h ; le 29 décembre à 15h et 20h) et Fuenteovejuna (les 2, 3 et 4 janvier à 20h).


Fondateur du Ballet National d’Espagne, Antonio Gades (1936-2004) s’est inspiré de la littérature espagnole pour créer des ballets alliant danse, chant et théâtre. Grâce à son style épuré et passionné, son engagement et sa collaboration avec le cinéaste Carlos Saura, il a su diffuser le flamenco auprès d’un large public, des tables des tavernes aux scènes des théâtres et des cinémas. Une fondation continue aujourd’hui de faire vivre son œuvre chorégraphique.

Carmen raconte l’histoire de l’amour fou du soldat Don José pour la bohémienne Carmen : libre et provocante, celle-ci le mènera à la désertion puis au crime, allant jusqu’à défier la mort. L’adaptation de la nouvelle de Prosper Mérimée par Antonio Gades et Carlos Saura en 1983 transpose l’intrigue dans une salle de répétition, où le maître de ballet et l’interprète de Carmen se laissent peu à peu emporter par l’histoire, authentique et sensuelle. La musique s’inspire de l’opéra de Bizet en mêlant guitare et chant flamenco. Plus d'informations sur le site officiel.


Je vous propose cette semaine de gagner 3 x 2 places pour la générale du ballet Carmen, qui aura lieu le mercredi 26 décembre à 15h au Palais des Congrès de Paris. Deux places sont à gagner sur ce blog jusque mardi soir, deux autres seront mises en jeu sur Facebook mercredi et la dernière paire vendredi sur Twitter.

Pour jouer et gagner les deux premières places, il vous suffit de laisser un commentaire à la fin de cet article en expliquant pourquoi vous avez envie de découvrir ce spectacle. N’hésitez pas à partager votre expérience si vous avez déjà vu un spectacle de flamenco ! Vous pouvez participer jusque mardi 18 décembre à 20h. Une personne sera tirée au sort et remportera les deux places. Les résultats seront annoncés mardi soir.

Bonne chance à tous !

Résultats (edit 11/12) : le commentaire gagnant est celui de Melendili ! Pouvez-vous m'envoyer vos coordonnées par mail afin que les places soient mises à votre nom ?
Contact : impressionsdanse@yahoo.com

Merci à tous pour votre participation et vos jolis commentaires, vous pouvez encore tenter de gagner demain sur Facebook et vendredi sur Twitter !