25/06/2012

La Paul Taylor Dance Company à Paris

19, 23 et 24/06, Théâtre Chaillot

Lancé il y a sept ans, le festival Les Étés de la Danse est aujourd’hui un évènement majeur de la saison artistique parisienne. Tous les ans, une compagnie de renommée internationale est invitée à se produire sur la scène du Théâtre Chaillot ou du Châtelet, pour le plus grand bonheur des balletomanes. Après le vent de fraîcheur apporté par le Miami City Ballet l’été dernier, la Paul Taylor Dance Company et l’Alvin Ailey American Ballet nous font ces jours-ci les honneurs de leur répertoire vivant et inventif, avec une joie de danser et un esprit de liberté communicatifs.

Figure historique de la modern dance américaine, Paul Taylor (né en 1930) fut d’abord le danseur de Merce Cunningham, George Balanchine et Martha Graham avant de fonder sa propre compagnie en 1954. Il créera pour elle plus de 130 chorégraphies dans un style très personnel, tantôt joyeux, tantôt sombre, de l’élégie à la farce, proposant sa vision teintée d’humour de thèmes de société pourtant graves, de la violence familiale à celle de la guerre. Chaque soirée présentant un programme composé de 3 ou 4 œuvres courtes, je vous propose un classement des 9 ballets que j’ai eu le plaisir de découvrir cette semaine.
Paul Taylor Dance Company, Cloven Kingdom © Tom Caravaglia

  • Les incontournables


Company B (Andrews Sisters)
J’avais découvert Paul Taylor avec cette pièce interprétée par l’American Ballet Theater au Sadler’s Wells en février 2011. Sur une bande-son crachotante des années 40, de jeunes GI lutinent les filles : une insouciance affichée sur fond de Seconde Guerre mondiale, dont on entrevoit les combats derrière eux. La jolie Heather McGinley et l’attachante Eran Bugge font fureur sur les rythmes entraînants des chansons des Andrews Sisters. Les ardeurs des garçons qui les courtisent semblent vouloir leur faire oublier le drame qui se joue derrière ces jeux de l’amour.

Esplanade (Bach)
Donné en guise de final lors de la première représentation, ce ballet vif et coloré se veut « une transposition acrobatique des problèmes qui perturbent la vie de famille ». Les filles en robes multicolores et les garçons en maillots moulants s’y poursuivent à une vitesse effrénée, avec une telle vivacité qu’on perçoit à peine l’interface entre le moment ils sautent en l’air et celui où ils se réceptionnent en roulant au sol un instant plus tard. Michelle Fleet attire tous les regards, un sourire rayonnant aux lèvres, comme si le l’œuvre lui avait été faite sur mesure.

Brandenburgs (Bach)
Paul Taylor a dansé dans la compagnie du grand Mister B., George Balanchine, et l’on serait tenté de croire qu’il a voulu lui rendre hommage avec cette pièce à la géométrie virtuose et aux ensembles qui rappellent la composition des ballets néoclassiques. Six danseurs en collants académiques émeraude et trois danseuses en tuniques longues enchaînent les figures asymétriques, fentes et attitudes, sur le classicisme parfaitement approprié des Concertos Brandebourgeois de Bach. Le découpage incisif de l’espace et l’humour discret qui s’en dégage m’évoque Joyaux, tandis que le pas-de-quatre me rappelle Apollon. Eran Bugge s’y montre à nouveau captivante.

Paul Taylor Dance Company, Company B © Paul B. Goode



  • Les classiques


Beloved Renegade (Poulenc)
À l’écoute du Gloria de Poulenc, j’ai l’impression confuse d’avoir déjà entendu cette œuvre quelque part. Gagné, le Gloria très noir de Kenneth MacMillan a bien été donné par le Royal Ballet en début de saison. Paul Taylor construit lui aussi son ballet autour de la guerre : dans un cadre idyllique porté par un chant religieux qui me fait imaginer un Jardin d’Eden, filles et garçons batifolent avec une innocence infantile. Les tuniques démodées ajoutent un charme suranné à ce ballet, dont la plus belle image reste celle où deux rangées de danseurs en diagonale s’allongent en crescendo, laissant s’échapper un couple dans leur sillage.

Mercuric Tidings (Schubert)
Si je ne parviens à trouver ce qui différencie cette pièce typiquement taylorienne de celles vues précédemment, c’est peut-être parce qu’elle rassemble à la fois les qualités et les points faibles de la compagnie. Des danseurs montés sur ressorts qui démontrent dans chaque ballet une endurance remarquable, une joie de danser manifeste et des filles au style très personnel, qui attirent chacune l’œil pour une raison différente (ici Parisa Khobdeh pour sa beauté) alors que leurs partenaires ne se distinguent pas vraiment les uns des autres. Un style parfois répétitif, mais jamais ennuyeux, toujours très inspiré.

Aureole (Haendel)
Ce ballet abstrait est un mythe dont on célèbre cette année le 50ème anniversaire. Les plus grands l’ont dansé, à commencer par Paul Taylor lui-même, qui lui doit sa renommée internationale. Deux hommes et trois femmes en blanc s’y croisent, légers et bondissants tandis qu’ils traversent la scène avec ces sauts en ciseaux devenu emblématiques. Le solo de Michael Trisnovec sur le Larghetto du Concerto grosso en fa majeur de Haendel en est sans doute le moment fort par sa sensualité et sa retenue. On peine cependant à percevoir aujourd’hui tout ce que cette pièce avait de précurseur lorsqu’elle a été donnée pour la première fois en 1962.


  • Les inclassables


Cloven Kingdom (Corelli / Cowell / Miller)
« L’homme est un animal social. » Partant de ce lieu commun de Spinoza, Paul Taylor déploie son sens de la bizarrerie et de l’étrangeté dans ce qui semble être un véritable patchwork de ballets rafistolés les uns aux autres, sans lien ni logique apparente. Les filles en robes de bal aux couleurs vives volettent comme des poules, les hommes en costumes de pingouin se roulent au sol et se rassemblent en meute, révélant leur nature sauvage derrière la sophistication de leurs tenues de grand soir. Loufoque et déjanté, ce ballet me laisse perplexe, sans pour autant que l’amusement ne le cède à l’ennui.

The Uncommitted (Pärt)
Après les relations sociales que l’on vient de dépeindre, cette œuvre renvoie une impression de solitude. Alors que le groupe de danseurs vêtus de combinaisons simili-militaires semblait homogène, un individu s’en détache, puis un autre, et des couples se forment avant de se déchirer lors de combats mimés. L’agressivité est latente, jusqu’à ce que tous se séparent, laissant le sentiment d’une paix manquée tandis que chacun retourne à sa solitude dans l’obscurité des coulisses. Confirmation auprès du programme : Paul Taylor a voulu montrer « Un monde de brutes » où les relations virtuelles auraient proscrit la chaleur humaine.

Big Bertha (Orgues de Barbarie)
Ce ballet non prévu initialement est sans doute le plus violent que j’aie jamais vu, sur un thème très dur : celui de l’inceste. Drôle d’idée de le programmer en matinée et sans avertissement aux enfants potentiellement présents dans la salle (il pourrait aisément être interdit aux moins de 16 ans). Une famille se rend à la fête foraine et met une pièce dans la main d’une poupée automate, Big Bertha, inquiétante super-héroïne androgyne en talons hauts interprétée par un homme. Avec sa baguette, cette fée maléfique va jeter un sort au père de famille et le rendre fou jusqu’à le forcer à violer sa fille, tandis que la mère se dévergonde pour devenir une Carmen aguicheuse en bustier pourpre. Une fois ces trois vies ruinées, l’immense poupée sort de son piédestal et s’empare du père qu’elle déguise grossièrement en super-héros avant de le porter à ses côtés pour l’embrasser. Une pièce marquante et dérangeante qui pousse à se demander quel atroce fait-divers ou évènement traumatisant de sa vie personnelle a bien pu amener le chorégraphe à la mettre en scène.
Paul Taylor Dance Company, Big Bertha © Paul B. Goode

La Paul Taylor Dance Company est en résidence au Théâtre Chaillot jusqu’au 28 juin. Prix unique : 45€ (30€ pour les abonnés). Malgré le prestige de la compagnie, je regrette que le coût élevé des places cumulé à l’absence de tarifs dégressifs ou de réductions de dernière minute soit quelque peu dissuasif, d’autant que la variété des programmes proposés chaque soir aurait pu donner lieu à une formule forfaitaire pour les spectateurs intéressés par plusieurs représentations.

L’Alvin Ailey Dance Theater sera au Théâtre du Châtelet du 25 juin au 21 juillet. Prix : de 15 à 80€.

Mille mercis aux Étés de la Danse et à Aymeric pour m’avoir permis d’assister à ces représentations.

23/06/2012

Ouliana Lopatkina à Versailles

22/06, Théâtre Montansier de Versailles

Les spectateurs qui l’avaient vue il y a deux ans en avaient gardé un souvenir enchanté. L’étoile du Mariinsky Ouliana Lopatkina était de retour hier soir au Théâtre Montansier pour un hommage aux trois grandes ballerines russes du XXe siècle que furent Anna Pavlova, Galina Oulanova et Maïa Plissetskaïa. Le spectacle, déjà présenté en juin 2010, s’articule autour de « miniatures chorégraphiques », entrecoupées par des images d’archives sur un texte récité par Jean-Daniel Laval, comédien et directeur du théâtre. L’occasion d’une leçon d’histoire de la danse et d’une ode à la beauté éthérée de la danse russe.
Anna Pavlova, La Mort du Cygne

À l’apparition de l’étoile en scène pour le premier pas-de-deux, « Anna Pavlova et Cecchetti » chorégraphié par John Neumeier sur un extrait de La Belle au Bois Dormant de Tchaïkovski, on se demande si le cadre miniature du théâtre saura contenir son immense sens du mouvement. Les lignes interminables d’Ouliana Lopatkina, et celles de son partenaire Marat Shemiunov, premier danseur au Mikhailovsky, s’accordent pour un prologue plein de grâce évoquant l’admiration du maître de ballet italien à la fin de sa vie pur sa brillante élève russe. Autour d’une barre, Cecchetti guide Anna d’attitudes placées à la perfection en amples développés.

Lopatkina et Shemiunov, Pavlova et Cecchetti © Dansomanie

Un montage de films et photographies d'époque retrace ensuite la carrière de la fragile Anna Pavlova (1881-1931), jugée trop chétive pour danser et d’abord critiquée pour sa faiblesse technique avant de remporter l’adhésion du public russe tout entier grâce à la personnalité de son style dans le rôle-titre de La Bayadère, Nikiya (« Niki » ici, pour les intimes). La « Danse russe » de Mikhaïl Fokine, solo dansé en robe longue traditionnelle avec une lourde coiffe dorée, lui permit de briller aussi dans le registre folklorique. Ouliana Lopatkina nous en fait la démonstration avec de la vivacité et du caractère.

Galina Oulanova (1910-1998), moins connue en Occident, fit sa carrière à l’époque soviétique et devint l’emblème du socialisme : on cherchait alors des modèles dans tous les corps de métier, et par un étrange hasard, cette ballerine individuelle et élégiaque s’imposa à l’heure du collectivisme et de la force brute. Rendue célèbre par la version filmée du Roméo et Juliette de Leonid Lavrovski, elle marqua les mémoires avec « La Mélodie » d’Assaf Messerer, sur un air de Glück. La danseuse flotte dans les airs, portée par son partenaire à bout de bras, déployant autour d’elle un long voile transparent dont elle semble défier la légèreté. Un lambeau tiré d'un rêve, incarné ici avec une grâce infinie.

Ouliana Lopatkina, La Mélodie © Dansomanie

La dernière grande ballerine russe évoquée lors de cet hommage est Maïa Plissetskaïa (née en 1925), dépeinte comme avant-gardiste et révoltée depuis son enfance dans un orphelinat suite à l’arrestation de ses parents considérés comme « ennemis du peuple ». La puissance de ses sauts et son intensité dans le contemporain la rendirent incontournable. « La Rose malade », pas-de-deux de Roland Petit sur une musique de Gustav Mahler, curieusement éclairé ici par des lumières vertes à reflets roses, exprime tour à tour la résistance et l’abandon de la belle dans les bras de son partenaire, qui finit par la briser à force de la contraindre.

Quelle autre pièce pour conclure cette soirée que le célébrissime solo créé par Mikhaïl Fokine sur la partition du Cygne de Saint-Saëns ? Alors qu’Anna Pavlova devait se rendre à un gala de bienfaisance, elle demanda conseil à son ami danseur, qui s’essayait tout juste à la chorégraphie. Celui-ci improvisa pour elle et avec elle La Mort du Cygne, un ballet de quelques minutes devenu l’apanage de toutes les étoiles russes. On raconte que la Pavlova demanda à sa mort qu’on lui apporte le tutu dans lequel elle l’avait dansé, et sur lequel elle avait agrafé une broche rubis. Ouliana Lopatkina porte elle aussi cette goutte de sang sur son cœur lorsqu’elle danse avec rage et désespoir ce solo dont elle est certainement aujourd’hui la plus grande héritière.


À lire aussi sur les blogs A Petits Pas, La Loge d'Aymeric, Danses avec la Plume.

19/06/2012

Myriam Ould-Braham Étoile

Je tirais récemment mon chapeau à Mathias Heymann en repensant à sa magnifique interprétation de La Fille mal gardée à l'Opéra de Paris il y a deux ans. Peut-être aurais-je dû mentionner sa partenaire de l'époque, la délicieuse Myriam Ould-Braham, Première Danseuse adorée de tous les habitués de l'Opéra pour sa grâce, sa technique subtile et sa légèreté. Un lapsus révélant une attitude désenchantée vis-à-vis de l'actuelle direction de la Danse, qui semblait devoir rester éternellement insensible à son charme...

Myriam Ould Braham, La Source © Agathe Poupeney

En assistant samedi soir à la générale de La Fille mal gardée, je soupirais une fois de plus à l'idée que la douce Lise qui captivait la salle n'obtienne jamais le titre qui ferait d'elle une reine en ce lieu. Pourtant, hier soir, le miracle tant attendu s'est enfin produit : Myriam Ould-Braham a été nommée Étoile du Ballet de l'Opéra de Paris. Un titre mille fois mérité auquel elle fera grand honneur, et une juste récompense pour s'être montrée persévérante et inlassablement rayonnante en scène malgré une reconnaissance qu'on lui a trop longtemps déniée.

On me pardonnera d'apaiser ma déception d'avoir manqué cette nomination par une petite rétrospective vidéo sur ses plus beaux rôles...

  • Myriam Ould Braham dans La Fille mal gardée, ballet sur lequel elle vient d'être nommée, au Palais Garnier jusqu'au 15 juillet :


  • MOB (pour les intimes - et les accros à Twitter) en Ombre aérienne dans La Bayadère :


... impériale dans la difficile variation de Casse-Noisette :



... également magistrale en contemporain, dans Genus de Wayne Mc Gregor :



... et en nymphe enchanteresse dans La Source, sans doute son plus grand rôle à ce jour :



En attendant de la découvrir dès la saison prochaine dans les plus grands rôles du répertoire classique : Giselle, La Sylphide, Odette/Odile...

Le compte-rendu de sa nomination à venir sur le blog d'une admiratrice de longue date ; les commentaires déjà nombreux sur Dansomanie et les premières réactions sur Twitter :


15/06/2012

Dédicace à Mathias Heymann

Alors que la fin de la saison de l'Opéra de Paris approche, petite dédicace à un danseur qui a beaucoup manqué à la scène et à son public cette année :

Mathias Heymann dans le rôle de Lenski, Onéguine


Demain soir aura lieu la répétition générale puis lundi la première de La Fille mal gardée, ballet dans lequel il avait particulièrement brillé il y a 2 ans. Elendae suggérait récemment sur le blog À petits Pas d'organiser chaque année une représentation « de rattrapage » pour les danseurs blessés au cours de la saison. En attendant de revoir Mathias Heymann au meilleur de sa forme, je vous propose donc un retour en vidéo sur les beaux moments de danse qu'il nous a fait vivre au cours des dernières saisons...


  • Une interview diffusée au 20h de TF1 en 2010, avec de belles images de sa prestation dans La Fille mal gardée :


  • Le Spectre de la Rose, enregistré et diffusé sur France 3 en décembre 2010 :



  • Une vidéo plus ancienne où on le voit danser l'Oiseau bleu (La Belle au Bois Dormant) et James (La Sylphide), des variations qui mettent en valeur son incroyable ballon :



  • Un court extrait du documentaire La Danse de Frédéric Wiseman, où l'on entend les maîtres de ballet de l'Opéra s'extasier (avec nous) devant sa musicalité et la précision de ses sauts battus (à 2'43) :



  • Le rôle dans lequel il a brillé au début de la saison, celui de l'elfe Zaël dans La Source :




Il ne reste plus qu'à lui souhaiter un bon rétablissement et la motivation nécessaire pour surmonter cette longue période de convalescence !

Mathias Heymann, La Fille mal gardée

10/06/2012

Comment aller voir un ballet à Londres ?

Mode d’emploi pour balletomanes transmanches

Vous avez envie de voir de la danse à Londres mais vous ne savez pas comment vous y prendre ? La prochaine saison de l’Opéra de Paris ne comble pas vos attentes de grands ballets classiques et vous envisagez de compenser à l’étranger ? Vous êtes fan de Carlos Acosta, Tamara Rojo ou Marianela Nuñez sur DVD et vous rêvez de les voir danser en vrai ? Dans ce cas vous êtes sur la bonne page. Aller voir un ballet à Londres, c’est presque plus simple qu’à Paris, forcément un peu plus coûteux mais on s’y retrouve très vite en rapport qualité / prix. En voici le mode d’emploi, step by step :

Royal Opera House © Musicasola

Step 1 : choisir ses dates

Londres recense de nombreuses compagnies de danse classique ou contemporaine, en résidence ou en tournée, et vous pouvez facilement vous concocter des weekends de rêve, avec le Royal Ballet en matinée à Covent Garden et une compagnie internationale au Sadler’s Wells le soir.
Les trois sites principaux à consulter sont ceux du Royal Opera House, du Sadler’sWells et du London Coliseum. Le ROH possède deux salles de spectacle : une grande à l’ancienne, Main Stage, et une plus petite et moderne, le Linbury Studio Theatre, située sous la salle principale. Le Sadler’s Wells possède également une annexe, le Peacock Theatre, proche de Covent Garden ; ses deux salles sont modernes. Le London Coliseum, à Leicester Square, est une salle à l’ancienne.

La programmation du Royal Opera House est donnée en mars-avril pour la saison suivante. Les réservations ouvrent en quatre fois dans l’année pour les périodes Automne/Hiver/Printemps/Été. Au Sadler’s Wells, qui reçoit toute l'année des compagnies en tournée, la saison est annoncée en deux fois, en mai puis en octobre. Restez attentifs car il arrive que des spectacles soient rajoutés à la dernière minute ; le meilleur moyen pour se tenir au courant est de s’abonner à la newsletter. Le London Coliseum n’a pas de « saison » bien définie entre septembre et juin mais accueille des galas, des compagnies ou des artistes internationaux en tournée, ainsi que les représentations de l’English National Ballet (1 mois ½ à Noël, 2 semaines en mars et 2 semaines en été). Les dates sont données entre 1 an et 3 mois à l’avance.

La première étape consiste donc à choisir ses dates de façon à pouvoir voir, par exemple, un spectacle en matinée et un autre le soir, pourquoi pas plusieurs jours de suite. Toutes les représentations du Royal Opera House valent le déplacement (article de présentation de la saison 2012-2013 à suivre) et si vous voulez voir un danseur en particulier rien de plus facile, les distributions sont données 6 mois à l’avance... et ne changent pas sauf de façon très exceptionnelle. Le London Coliseum connait en revanche des hauts et des bas, et si on n’est guère déçu avec l’English National Ballet, mieux vaut se méfier des spectacles très chers qui vous promettent monts et merveilles pour un résultat plutôt cheap. Le Sadler’s Wells propose quant à lui des extraits vidéo de chaque spectacle pour vous aider à choisir. (Si vous hésitez toujours, posez donc vos questions en commentaire, je me ferai un plaisir de vous aider.)

Linbury Studio Theatre © Royal Opera House

Step 2 : réserver ses billets de train

Rien de plus simple et de plus rapide que le train pour se rendre en Angleterre, même si ce n’est pas toujours le moins cher. Vous ne comprenez rien aux tarifs de l'Eurostar ? C’est pourtant logique : plus vous réservez tôt, moins vous payez cher. Un aller-retour à Londres en tarif normal vous coûtera ainsi entre 88€ et 400€, même heure, même catégorie, selon que vous le réserviez à l’ouverture des réservations (6 mois avant le jour du départ) ou la veille.
La SNCF fonctionne par quotas. En schématisant, pour un trajet donné, elle met en vente ¼ des places à 40€, ¼ des places à 80€, ¼ des places à 120€ et ¼ des places à 200€. Une fois que le quota des places à 40€ a été vendu, on passe à la catégorie de prix au-dessus. Mécaniquement, plus vous vous rapprochez de la date du départ, plus les places sont chères, car les premiers quotas sont épuisés. Tout aussi mécaniquement, les prix monteront plus vite pour un trajet un samedi de départ en vacances à 10h qu’un jeudi à 12h car il y aura plus d’acheteurs.
Pour bénéficier des tarifs les plus avantageux, il suffit donc d’être parmi les premiers sur les rangs (attention, les réservations ouvrent à 6h du matin, et parfois à midi la première catégorie de prix est déjà épuisée). Le moyen le plus sûr pour ne pas manquer l’ouverture est de poser une Alerte Résa une fois vos dates de spectacle choisies : vous recevrez un mail la veille du jour des réservations.
Vous ne pouvez pas prévoir un voyage 6 mois à l’avance ? Rien ne vous empêche de payer le triple en réservant un mois avant, l’imprévoyance est un luxe qu’il n’y a rien de mal à payer si on en a les moyens. Avec la SNCF, le temps, c’est de l’argent...

Note : les réservations pour l’Eurostar ouvrant 6 mois à l’avance, il peut arriver que vous deviez réserver vos billets de train avant vos billets de spectacle. Pas de panique, on trouve toujours des places dans les salles londoniennes, c’est donc absolument sans danger. À l'inverse, si vous êtes sûr de vos dates de spectacle, je vous déconseille fortement d’attendre d’avoir vos places en main pour acheter vos billets de train : même si ça semble plus naturel, les prix d’Eurostar risquent alors d’être prohibitifs.

London Coliseum © Grant Smith

Step 3 : réserver ses billets de spectacle

Vous vous êtes déjà cogné la tête contre un mur en essayant d’acheter vos billets à l’Opéra de Paris ? Bienvenue à Londres, où tout est fait pour faciliter la vie du spectateur. Salle d’attente sans bug, choix de la date sur calendrier, plan de la salle vous permettant de réserver exactement la place que vous souhaitez, photos du siège et de la scène vue de ce siège en particulier sont à votre disposition sur le site du Royal Opera House pour rendre la réservation la plus aisée possible.

Les dates d’ouvertures par période sont données sur le site. Attention, les « Friends » (l’équivalent des membres de l’AROP, qui paient une cotisation à l’année) sont prioritaires : les réservations ouvrent pour eux un mois avant celles du public général. Un avantage considérable pour certaines places très prisées (notamment les Stalls Circle Standing, places debout à bas prix avec une visibilité parfaites situées en fond de premier balcon). Rassurez-vous, il reste toujours de nombreuses places pour le reste du public.
Grâce au fait que les théâtres londoniens ne proposent pas d’abonnement et mettent TOUTES les places en vente sur internet le jour de l’ouverture, les places ne s’envolent pas en 2h comme à l’Opéra de Paris, et même pour les spectacles les plus prisés, il en reste toujours encore plusieurs jours après l’ouverture des réservations au public. Les échanges et annulations étant acceptés, il y a également fréquemment des retours sur le site jusqu’à la date du spectacle.

Enfin, les tarifs vont de £8 à £90 pour un grand ballet classique au Royal Opera House (£4 à £60 pour une soirée « mixte » avec plusieurs ballets), £10 à £50 au London Coliseum et au Sadler’s Wells (Edit 11/06 : pour les balletomaniaques, notez qu'au Sadler's Wells, vous économisez 20% du prix des places en réservant au moins 2 spectacles à la fois). Au ROH, les places les moins chères sont des places debout, avec une vue parfois réduite, c’est très bien indiqué (fiez-vous aux photos, attention seulement à la profondeur de l’amphithéâtre, beaucoup plus grand qu’à Paris). Dans les deux autres salles, toutes les places garantissent une bonne visibilité.

Sadler's Wells outside © Morley von Sternburg

Step 4 : préparer son voyage

Carte d’identité, adaptateur, parapluie : vous êtes paré. N’oubliez pas d’apporter la carte bancaire avec laquelle vous avez réglé votre réservation, vous en aurez besoin pour collecter vos billets au box-office, et accessoirement pour retirer des livres sterlings (pounds) au distributeur (le retrait sur place ne nécessite à ma connaissance aucune formalité préalable, vous paierez £1 ≏ 1€20, plus quelques frais selon votre banque).


Step 5 : survivre une fois sur place

À votre arrivée à Saint Pancras, deux solutions s’offrent à vous : le métro, dans ce cas rendez-vous au distributeur de tickets (je vous conseille d’acquérir dès votre première visite une carte « Oyster », l’équivalent du Pass Navigo, sur laquelle vous pouvez également charger des trajets individuels, très vite rentable) ou la marche à pied : Covent Garden est à 30 min à pied de la gare, le Sadler’s Wells à une distance équivalente dans l’autre sens.

Pour retirer vos billets, présentez-vous au box office un peu avant le spectacle. Il y a généralement deux files : une pour la billetterie générale, une autre pour retirer les tickets pour le soir même. Que ce soit au Royal Opera House ou au Sadler’s Wells, pas besoin de parler anglais ni d’apporter le reçu de votre réservation : tendez simplement la carte bancaire avec laquelle vous avez réglé vos achats. Au London Coliseum, vous pourrez soit retirer vos billets à un distributeur automatique, soit les récupérer au box office en donnant votre nom.

Il ne vous reste plus qu’à vous laisser guider jusqu’à votre place. Si vous êtes un ninja dans l’âme, soyez discrets, les Anglais n’apprécient pas beaucoup de voir un resquilleur se replacer à côté d’eux. C’est cependant d’une extrême simplicité, puisque le plan de la salle avec les places invendues reste affiché sur internet jusque 2h avant le spectacle : faire son repérage n’a jamais été aussi aisé. N’hésitez pas à acquérir le programme, souvent peu cher (£6 au ROH, £4 au Sadler’s Wells et au London Coliseum).

Pendant le spectacle, vous apprécierez la réactivité du public, beaucoup plus chaleureux dans ses applaudissements qu’on n’en a l’habitude en France. Il est d’usage d’applaudir les étoiles à leur entrée en scène et de les couvrir de fleurs au baisser de rideau. Enfin, si vous êtes un peu malade, le ROH vous propose gracieusement des bonbons contre la toux, il suffit de s’adresser aux ouvreurs.

Enjoy the show!

Sadler's Wells inside

FAQ

Je veux absolument aller voir un spectacle mais je me suis décidé(e) à la dernière minute et les prix des billets d’Eurostar sont trop élevés, que faire ?

Pas de panique, plusieurs solutions s’offrent à vous :
- l’avion. Éprouvant une certaine appréhension à l’égard de l’appareil, je n’ai jamais testé, mais je suppose qu’il y a moyen de trouver des tarifs abordables en dernière minute.
- les sites d’échanges de billets de train, notamment TrocdesTrains et KelBillet. Vous posez votre alerte et vous êtes prévenu dès qu’un billet correspondant à votre demande est mis en vente. Soyez souple dans vos horaires et zen quant au risque de vous faire escroquer : les sites vérifiant les horaires, les prix et la cessibilité des billets en demandant le numéro de dossier, les arnaques sont peu courantes.
- le bus. Hé oui, ça donne des voyages assez folkloriques, la nuit sur le ferry ou dans le tunnel sous la Manche en prime, mais pour qui aime rester sur la terre ferme, les tarifs sont absolument imbattables. Comptez environ 8h de trajet de Paris à Londres, pensez à arriver en avance pour récupérer votre titre d’embarquement et à ne pas avoir un planning trop serré à l'arrivée : le bus peut aussi bien arriver 1h avant qu’1h après l’heure prévue selon la circulation et le chauffeur.

Je suis déjà à Londres et je voudrais aller voir un spectacle mais il est déjà complet.

Dans chaque théâtre, une poignée de billets est réservée à la vente le jour-même. Rien d’obscur, et surtout inutile de prévoir de faire la queue pendant 3h, il suffit de se présenter au box office un peu avant l’heure de leur mise en vente. Au Royal Opera House, 64 billets de toutes catégories sont vendus à 10h le jour de la représentation (ce sont toujours les mêmes, il suffit de demander aux ouvreurs pour savoir où ils sont situés) ; au Sadler’s Wells et au London Coliseum, rarement complets, des places debout ou sur les côtés sont vendues le soir 1h avant la représentation.

Je veux passer la nuit sur place. Quelles sont les solutions à moindre coût ?

Bed & breakfast, auberges de jeunesse... il suffit d’entrer sa demande sur un moteur de recherche et de réserver sur l’un des nombreux sites dédiés. En auberge de jeunesse, ne comptez ni sur la propreté des lieux, ni d’ailleurs sur la potentialité de trouver le sommeil quand vous réservez un lit dans un dortoir mixte de 18 lits. Le petit déjeuner est souvent offert mais reste assez basique.
Le dernier Eurostar quitte Londres à 20h, le dernier bus à 22h30 (mais il faut être sur place 1h avant), vous aurez donc parfois besoin de passer la nuit sur place avant de reprendre un train très tôt le lendemain. Si vous n’avez pas de quoi payer l’hôtel, il vous reste la solution de passer la nuit à la gare... je ne plaisante pas, plusieurs cafés (Starbucks, Costa Coffee) sont ouverts 24h/24, et attendre le premier train pour Paris (à 5h40) dans un fauteuil en profitant du wifi gratuit est une solution tout à fait envisageable. Prévoyez quand même quelques gros pulls, avec la fatigue on a tendance à ressentir le froid.

Je parle mal anglais.

Les ouvreurs (ushers) anglais sont des crèmes : combien de fois les ai-je entendu se mettre à parler très lentement en détachant chaque mot pour mieux se faire comprendre de touristes étrangers ? Il y aura toujours quelqu’un pour vous venir en aide sur place, et rassurez-vous, Londres étant une ville très cosmopolite, vous ne serez pas le seul à mal parler anglais.

L’English National Ballet et le Royal Ballet sont-ils la même compagnie ?

Non. Le Royal Ballet, l’équivalent londonien de l’Opéra de Paris, se produit au Royal Opera House. L’English National Ballet est une compagnie plus réduite, qui dispose de moyens financiers beaucoup moins importants. Sa saison est donc plus courte : 5 semaines de tournée à travers l’Angleterre à l’automne, 1 mois de Casse-Noisette au London Coliseum en décembre pour remplir les caisses, suivi de 2 semaines avec un autre ballet en janvier, à nouveau 2 semaines de représentation au London Coliseum en mars puis 2 semaines en été. Le répertoire varie peu : La Belle au Bois Dormant, Cendrillon, Le Lac des Cygnes, Giselle... avec en plus quelques créations contemporaines et de grands spectacles donnés sur la scène ronde du Royal Albert Hall certaines années.

J’hésite entre plusieurs spectacles / distributions.

Vous en avez de la chance, vous avez atterri sur un blog danse. Si vous avez besoin d’un conseil, n’hésitez pas à poser la question en commentaire...