Un dimanche pluvieux, quoi de
mieux à faire que de se réfugier dans une salle de spectacle ? Porte de
Versailles, il y a foule pour la dernière journée d’exposition du salon de
l’automobile. Un peu en contrebas, des familles font la queue devant la salle de
spectacle, serrées sous leurs parapluies. Comme d’habitude, j’ai acheté une
place de dernière catégorie, et comme toujours, les premières catégories n’ayant
pas été vendues, on me replace d’office : plein centre, sous les combles
du Palais des Sports, il règne une chaleur appréciable. À côté de moi, une mère ouvre
une bouteille de soda pour son fils qui lui explose sur les genoux. Des écrans
télé diffusent des spots Häagen-Dazs (INFO GOURMANDES : ils viennent de sortir un nouveau parfum, caramel au beurre salé) et Coca-Cola. Des chiffres s’inscrivent en
lettres de sang sur le rideau de scène pour former la date 1789.
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| © Gautier Pallancher pour Metrofrance.com |
15h30 pile, le spectacle
commence. C’est parti pour 3h de clichés sonores sous des effets lumières
pyrotechniques. Dans un Paris qui gronde, Olympe, gouvernante des enfants de
Marie-Antoinette et Ronan, jeune paysan monté à la ville pour fuir la famine,
tombent éperdument amoureux malgré leurs conditions respectives. La narration
alterne les scènes de Cour luxuriantes et les bordels où s’égosillent des révolutionnaires
apparemment plus préoccupés par la chair que par leurs utopies. On croise pêle-mêle
Danton, Robespierre, Camille Desmoulin (le seul ici qui paraisse en mesure d’inspirer
une idée de romantisme), un roi faible au ridicule consommé, et Ramard, le
mouchard, qui accuse une furieuse ressemblance avec le Rosenberg de Mozart l’opéra rock, du même producteur.
On prend les mêmes et on recommence.
À mi-chemin entre Les Misérables (à l"affiche londonienne depuis 27 ans,
bientôt au cinéma) et Le Roi Soleil,
sans les tubes ni le soin apporté au livret, le spectacle fait la part belle à
la scénographie, au détriment d’une musique banale et de jeunes premiers trop soucieux
de se mettre à leur avantage pour incarner avec la passion qu’il faudrait leurs
personnages exaltés. En guise de décors, de grands panneaux pivotants sur
lesquels on projette l’image des lieux : tantôt la ville et sa misère,
tantôt la Cour et ses fastes, plus tard le mur infranchissable de la Bastille.
Quelques entorses à l’histoire, comme Marie-Antoinette qui n’attend pas la prise de
la Bastille pour se faire guillotiner, parfois de jolies allusion comme ces
voiles qui s’envolent lorsque Bailly prononce le serment du jeu de paume pour
évoquer le célèbre tableau de David.
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| Le serment du jeu de Paume, David |
Giuliano Peparini, ancien
danseur du Ballet de Marseille, a réglé la mise en scène et la chorégraphie,
plus léchées qu’à l’ordinaire. Dès le premier tableau de Cour, les colonnes de
courtisans qui s’avancent et se croisent évoquent un corps de ballet, tandis
qu’un saut battu très classique en avant-scène retient l’œil. La reine apparaît
engoncée dans une robe sur roulettes qui rappelle les simili-costumes des
ballets de Wheeldon ou Kylian. Les membres du clergé glissent sur le sol à la
façon des Partisans de la compagnie Moïsseiev et les pointes font leur
retour en grâce, maîtrisées et utilisées avec inventivité, alors qu’elles n’étaient
présentes qu’à titre purement accessoire dans les productions précédentes.
Acrobaties et pas-de-deux langoureux achèvent de racheter un spectacle qui semble avoir investi plus de moyens dans sa promotion que dans la réalisation de ses promesses.
À voir au Palais des Sports de Paris jusqu'au 30 décembre puis en tournée dans toute la France.
À voir au Palais des Sports de Paris jusqu'au 30 décembre puis en tournée dans toute la France.
Prochain rendez-vous avec la
Révolution en janvier avec La Mort de
Danton au Théâtre de la Ville.


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