14/08/2012

Ballet Olympique

Le mois d’août est toujours une période creuse pour les balletomanes, sauf pour les fans de ballet londoniens. Ceux-là bénéficient d’une programmation d’exception avec généralement une compagnie russe de renom en tournée au Royal Opera House (Mariinsky ou Bolchoï, en alternance d’une année sur l’autre), la saison estivale de l’English National Ballet qui propose indéfectiblement un grand ballet classique, agrémentée de quelques galas et invitations de stars internationales qui cachetonnent pendant les vacances de leurs théâtres respectifs ici où là, mais surtout à Londres.

Cette année, le London Coliseum a bien accueilli le Lac des Cygnes de l’ENB, dont vous pouvez retrouver de belles photos sur le blog The Ballet Bag avec la danseuse française Anaïs Chalendard dans le rôle titre. En revanche, rien du côté du ROH, et pour cause : le célèbre opéra londonien hébergeait ces dernières semaines une exposition consacrée à l’histoire des Jeux Olympiques. N’allez pas croire que la danse était aux abonnés absents : une série de clips réalisés cette année avec des étoiles du Royal Ballet (ici Edward Watson) mettait en scène la proximité entre les danseurs et les athlètes et a donné lieu à une conversation entre le champion du triple saut Jonathan Edwards et l’ancienne ballerine Deborah Bull pour un article dans le magazine About the House.

Lauren Cuthbertson, A World Stage © Royal Opera House

A défaut de danse, les JO c’est l’occasion d’apercevoir des sports plus incompréhensibles les uns que les autres (que dire de l’absurdité de la marche, de l’escrime si peu télégénique que même les spécialistes s’y perdent ou des méthodes peu orthodoxes pour gagner une course de cyclisme sur piste) et de manquer en grande partie ceux qu’on voudrait voir en raison de l’absence de médaillés français. Moins attendue, la grâce du saut à la perche est une belle découverte (surtout couronnée d’or). Malgré quelques doutes sur le bon goût de la natation synchronisée et de la GR, force est de constater que le résultat en collectif est plutôt spectaculaire : la facilité technique des gymnastes d’Europe de l’Est et la capacité des nageuses à gérer leur souffle lorsque 70% de la chorégraphie s’effectue en apnée pourraient peut-être même inspirer les maîtres de ballet.

Quelle différence au fond entre la danse des chevaux et celle des hommes ? Comment les exercices au sol en gymnastique ont-ils perdu leur grâce d’antan ? La recherche de la performance peut-elle supplanter celle de l’esthétique ? Autant de questions que se sont posés les critiques de danse anglophones à l’occasion de ces Jeux, profitant de l’attention mondiale qui leur était portée pour établir le lien entre les deux disciplines (pendant ce temps, les journalistes français eux célèbrent la grandeur et la perfection de l'Opéra de Paris). Judith Mackrell se demande dans le Guardian si les gymnastes d'aujourd'hui sacrifient l’élégance à l’audace, Dvora Meyers rappelle dans Slate que les championnes des années 80-90 parvenaient à allier acrobaties et musicalité et Roslyn Sulcas du New York Times cherche à savoir dans quelles limites le dressage peut être assimilé à un ballet.

Darcey Bussell et ses boys © Reuters Gary Hershorn

Au-delà des compétitions sportives, Londres 2012 a aussi permis aux Anglais de donner au monde une idée de leur sens du spectacle. D’abord avec l’enchanteresse cérémonie d’ouverture orchestrée par Danny Boyle, offrant selon Graham Watts un « pot pourri des mémoires britanniques » (critique complète sur londondance.com). On retiendra cette magistrale leçon d’histoire, des paysages champêtres de Frederick Ashton aux mineurs de Billy Elliot (cf. L’Histoire Revue par les Balletomanes), en passant par une nuée de Mary Poppins et l’hommage épuré du chorégraphe bangladeshi Akram Khan aux victimes des attentats de juillet 2005 dans le métro londonien (on peut écouter son Grand Entretien quelques jours après sur France Culture).

La cérémonie de clôture, moins surprenante, devait quant à elle accueillir parmi ses invités de marque l’ancienne danseuse étoile Darcey Bussell, immense star du Royal Opera House jusqu’à son départ anticipé en 2007, accompagnée de quatre partenaires masculins et de 300 danseurs. Des fuites sur Twitter les jours précédant la cérémonie avaient laissé s’échapper le nom de certains d’entre eux : Gary Avis, Principal Character Artist (un titre dont on ne trouve pas l’équivalent en France qui signifie qu’un danseur choisit de se concentrer sur les rôles de caractère, tels que le sorcier Rothbart dans le Lac des Cygnes ou la mère de Cendrillon – voyez Stéphane Phavorin), Edward Watson et Nemeniah Kish, également grands et longilignes, tous deux étoiles du Royal Ballet. Quant au dernier membre du quatuor, il aura fallu attendre jusqu’au dernier moment pour découvrir qu’il s’agissait de Jonathan Cope, ancien partenaire de prédilection de Miss Bussell devenu répétiteur.

© londondance.com

Dimanche 12 août, déjà minuit passé et toujours pas l’ombre d’un danseur classique dans le stade olympique où l’on vient d’effectuer la passation du flambeau au maire de Rio qui organisera les JO en 2016. Les balletomanes commencent à s’inquiéter devant leurs écrans alors que l’on annonce l’extinction de la flamme. C’est alors qu’un phénix déploie ses ailes et embrase le ciel. Curieusement, l’oiseau mythique qui renaît toujours de ses cendres me fait aussitôt penser à Darcey Bussell, revenue de sa retraite pour prendre part à ce spectacle. La voilà justement qui apparaît, portée dans les airs puis réceptionnée au sol par ses quatre partenaires, torses peints en bronze et pantalons qui m'évoquent les costumes des cygnes de Matthew Bourne. Autour d’eux, 300 danseuses sur pointes qui ont troqué leurs tutus immaculés pour la même parure écarlate et des chaussons noirs.

Le show est court (surtout pour ce qu’on l’a attendu) mais parfaitement adapté aux circonstances, sans les démonstrations techniques qui ne seraient pas de mise devant des millions de spectateurs. Les Anglais, qui ont déjà apporté la danse en plein air ou dans des stades couverts, maîtrisent l’art du ballet grand public et nous en donnent la preuve en choisissant des danseurs classiques pour le point culminant de ces célébrations (pas assez populaire cependant pour que la chaîne américaine NBC, qui avait déjà coupé le tableau d’Akram Khan lors de la cérémonie d’ouverture, choisisse de le diffuser...) Les lignes géantes de Darcey Bussell se reflètent comme dans un lac ; la scène mise au point par Christopher Wheeldon, chorégraphe résident du Royal Ballet, n’est pas dépourvue d’allusion au répertoire classique. Le stade s’embrase et la myriade d’oiseaux de feu s’envole, se fondant dans le final pyrotechnique. Heureusement, on n’aura pas à attendre 4 ans pour les retrouver...





Bonus vidéo : les répétitions du ballet pour la cérémonie de clôture.


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