27/05/2012

Une journée à l’Opéra de Paris

08/05, Opéra Garnier

16h46 M****, qu’est-ce qui m’a pris d’arriver si tôt ! Il faut toujours que le RER soit à l’heure lorsque j’ai besoin d’être en retard.

16h48 Bon, apparemment je suis deuxième, il y a déjà un type planté devant la grille. Évidemment c’est jour férié, la billetterie n’ouvrira que le soir. Heureusement qu’il fait beau.

17h02 Il pleut. Pas de parapluie, et mon livre qui prend l’eau. Tout va bien.

17h05 The sun is back. Maintenant on est trois : lui, moi, et une jolie asiatique.

17h20 Le type du marché noir vient faire sa tournée. Tout d’un coup il sursaute, il n’avait pas vu la voiture de police stationnée juste à côté. Pas de panique, elle est vide. Il commence à démarcher le type devant moi. Je fais "Non !" dans son dos, il repart bredouille.

17h28 "You speak English? " Premier touriste. Il veut savoir à quelle heure ça ouvre. C’est vrai que les horaires affichés n’aident pas. J’improvise : "Around 6 or 6.30" (normalement c’est bien 1h30 avant ?)

17h42 "Is it National Theater here?" "Opera" "What?" Il se moque de mon accent ? Je désigne la pancarte. "Ah OK. Is there a museum inside?"Err, no." Enfin, tout dépend de votre conception d’un musée. Il insiste: "Are there music instruments inside?" Ma foi, yes, il y a des instruments de musique dedans, mais aussi des gens qui s’acharnent jouent dessus...

17h47 Un couple de touristes arabes. "Where is the shopping center?" "The Galeries Lafayette?" "What?" Heureusement, l’enseigne pointe par-dessus la façade de l’Opéra ; je leur montre, ils sautent de joie. "Thank you!"

17h53 "Is it closed today?" Pour la énième fois de l’après-midi, j’explique patiemment : "Closed for visits, but it will open before the performance tonight." "Can I buy tickets?"Just for tonight." Mon interlocutrice (une jeune allemande) s’éloigne, je vois le type du marché noir lui sauter dessus et lui proposer des places de 7e catégorie à 50€ (normalement vendues à 9€). "Regardez, ce sont des Premières Loges !"
Heureusement pour elle, elle n’a pas 50€ et revient vers moi. Je lui déconseille fortement d’acheter des places à ce type et lui indique qu’elle pourra en avoir à meilleur prix à l’intérieur. Elle paraît soudain inquiète : "Can I enter with blue jeans?" "Of course!" Si l’Opéra fait attendre les gens dehors tout l’après-midi, ce n’est tout de même pas pour leur refuser l’entrée parce qu’ils sont en jean !

17h58 "Anybody waiting for tickets?" Mister Black Market revient faire sa ronde. Comme je ne sais pas pour combien de temps j’en ai à rester sur place, je me retiens de lui sauter dessus : ils deviennent très vite agressifs lorsqu’on tente de les empêcher d’escroquer les touristes. Pour me consoler, je le prends en photo sous toutes les coutures afin de participer au combat mené par l’Opéra de Paris contre le marché noir (no comment).

18h03 Re: "At what time does it open?" "6.30". La voyageuse espagnole, me regarde, regarde le panneau, et me fait remarquer que c’est censé ouvrir à 14h30, alors pourquoi est-ce que ce n’est pas encore ouvert ? Évidemment, l’Opéra étant aussi engagé dans la lutte écologique, aucune affiche ne l’indique, mais... "Because it’s a bank holiday today." "Why ?" "End of World War Two." Soudain catastrophée : "So everything is closed?!" Je la rassure, elle pourra quand même visiter des musées et faire du shopping.


18h15 "J’ai deux places d’abonnement en deuxième catégorie à revendre, ça intéresse quelqu’un ?" Trop cher pour moi, mais j’espère que cette dame a trouvé un repreneur dans la file, et surtout qu’elle n’a pas cédé aux instances de Mister Black Market, qui les rachète volontiers à moitié-prix pour les revendre le triple. (Surtout si vous voyez un type avec un panneau "Cherche 1 place" sur le parvis de l’Opéra – il est là tous les soirs – ne l’approchez pas, c’est juste notre homme qui a écoulé son stock.)

18h16 "J’ai une place à revendre... " Une habituée ! Tiens, justement la place que j’avais en vain essayé d’acheter il y a 2 semaines, perfect ! Et je ne sais pas encore à quel point elle me sauve la mise... "Ah, pas de monnaie, attends-moi je reviens."

18h32 Enfin, ça ouvre ! Pas de chance, c’est le garde qui avait déjà essayé de me refouler hier (comme si quelqu’un croyait pouvoir m’empêcher d’entrer à l’Opéra...) et qui m’avait ensuite regardée d’un air narquois en me voyant ressortir les mains vides (par choix, forcément). "N’ENTREZ PAS !" "ATTENDEZ !" nous lance-t-il sur un ton un brin méprisant, sans prendre la peine de le dire en anglais. Les gens sont pourtant très calmes. Grand seigneur, il nous fait encore attendre quelques instants avant de nous laisser pénétrer dans l’arène.

18h33 Nous voilà enfin dans la place. Une seconde barrière se dresse devant nous. Oh non, pas lui ! "QU’EST-CE QUE VOUS VOULEZ ?". Bonjour l’accueil, après avoir attendu 2h... "Des places pour ce soir." (Et encore heureux, parce que je ne vous raconte pas comment on traite les touristes qui ont le malheur de ne pas être là pour les bons billets au bon moment.) "Il ne reste QUE 4 places. Vous, vous, vous et vous, entrez. Les autres, attendez ici." Le jeune homme qui attendait avant moi ayant disparu, j’ai l’insigne honneur d’entrer la première.

18h35 Ma sauveuse du jour est de retour avec la monnaie et la place, on en profite pour échanger les derniers potins sous l’œil méfiant du garde, qui ne peut plus rien contre moi maintenant : j’ai franchi la barrière ET j’ai un billet. Soudain, une armée de jeunes débarque pour la queue des Pass, très synchros – je m’empresse d’aller sauver ma position en tête.

18h40 7 jeunes pour 4 pauvres retour, ça s’annonce mal. Quoique. L’ouvreur et le garde semblent bien s’entendre pour retenir tous les non-initiés à l’entrée avec une sympathie de Cerbère. Tant qu’on est dans les références mythologiques, l’Opéra c’est un peu le supplie de Tantale : après avoir attendu tout l’après-midi, même pas le droit de jeter un coup d’œil à l’intérieur de la billetterie ; juste celui de se faire houspiller, tassé en troupeau, comme un groupe de malpropres qu’on ne laisse pas prendre place sur les banquettes vides en attendant leur tour, ça risquerait de les salir...

18h52 Comme c’est plutôt calme de notre côté, j’en profite pour faire connaissance avec ma charmante voisine. Elle reçoit un sms de son ami : "Il y a des gens qui vendent des billets sur le parvis. J’en prends ?" "Noooon !" Décidément en nombre de sauvetages, la journée aura été productive. Et c’est parti pour la visite guidée de la salle, maquette à l’appui.

19h08 Un ouvreur me serre la patte avec un grand sourire. WTF. Ah non, ce n’est pas un ouvreur, c’est l’accompagnateur de ma voisine, tout aussi charmant qu’elle. Costume de pingouin, nœud papillon, quelle élégance ! Première fois ? "Oui, on en profite, c’est dommage que les gens ne s’habillent plus correctement pour aller à l’Opéra." Histoire de détourner l’attention de ma propre tenue vestimentaire, je lui demande s’il a acheté les places qu’on lui proposait. "Non, ils n’ont pas voulu me les montrer, ils ont cru que je travaillais ici... "

19h20 "Ce n’est pas la peine d’attendre, il n’y aura plus de retours." La sentence est tombée. Je convaincs mes camarades de réquisitionner un fond de loge (s’il y a un ballet / une distribution à ne pas manquer, c’est bien celle-là) et il ne nous reste plus qu’à rejoindre nos places... ah non, il faut courir faire le tour du bâtiment, le garde ouvreur interdisant l’entrée par l’intérieur, même aux dames d’un certain âge qui viennent d’arriver.

19h25 "Bonsoir !" Un critique qui vient revendre ses places en trop au moment où nous sortons de la billetterie, bad timing...

19h27 Sur le parvis, la Black Market team fait son trafic en toute impunité, sous le regard passif des vigiles habitués. Les touristes qu’on a chassé de la billetterie en leur disant que le spectacle était complet sans leur proposer d’acheter les places "sans visibilité" à 9€ sont leur cible favorite : ils leur refourguent ces mêmes places 3 à 10 fois plus cher...

19h29 Zut, la jeune fille devant moi a décalé son siège en le tirant tout au fond, ce qui fait que je ne peux plus rien voir du mien. "Excusez-moi... est-ce que ça vous dérangerait d’avancer un tout petit peu votre fauteuil ?" "Oui, car ensuite je n’ai plus la place d’étendre mes jambes." Je réprime une envie de meurtre et je m’apprête à passer le spectacle debout.

19h39 Je ne regrette pas d’être re-venue. La grâce avec laquelle Isabelle Ciaravola saute de son carrosse pour se précipiter en avant-scène vaut bien toutes les billetteries du monde.

© Rêves impromptus

20h13 Premier entracte. Tweet de Joël : RDV dans le foyer. On discute couleur de l’orchestre, virtuosité des mendiants, libido de G.M. ...

20h25 Je retrouve mes camarades de Pass, qui ont manqué les ¾ du premier acte, la faute à un placement catastrophique. Je fais une bien piètre hôtesse ! Ils ont essayé de se replacer mais on leur a ri au nez. Bien sûr, être ici pour la première fois c’est quasiment un laissez-passer pour se faire maltraiter par toute la gente monochrome. Un peu d’humanité et tout va bien pourtant ; à force de plaidoyers larmoyants on réussit à leur assurer une meilleure vue pour la suite.

20h30 Retour à mon propre siège. Tiens, j’ai de la compagnie. Deux vieilles se sont incrustées dans ma loge pendant l’entracte. Vu leurs places, elles ne vont RIEN voir du tout, et étant donné la courtoisie des personnes de leur âge par ici, ça m’inquiète un peu pour la suite. Aucune n’a essayé de me piquer mon fauteuil, c’est déjà ça... (du vécu : un jour que j’avais une place au 1er rang d’orchestre, j’y ai trouvé une sexagénaire au retour de l’entracte ; eh bien il a fallu insister pour qu’elle s’en aille, et elle a fait la tête encore !)

20h38 Acte II, le salon de Madame. Qui a renversé le pot de paillettes sur les costumes ?

20h40 Visiblement, Yann Saïz a abusé du Champagne servi à l’entracte... #MonDieuQuilEstSexy

20h42 (Ma voisine de fauteuil s’étire dans tous les sens pour voir quelque chose. Je vais lui refiler mon torticolis si elle continue. Assis, debout. Assis, debout. Assise...)

20h45 Isabelle Ciaravola est superbe dans sa variation du salon.

20h45 (Ma parole, elle compte faire sa gym ici ?)

20h46 Solo éploré de Des Grieux #QuilEstBeauLuiAussi. Manon Ciaravola n'a pas de cœur.

20h47 (C’EST PAS FINI UN PEU DE GIGOTER ? Quel cirque !)

20h52 Mathieu Ganio triche très mal au poker. Ah bah voilà, même G.M. s’en finit par s’en rendre compte, il n’est pas aveugle. Ça va mal finir...

20h58 (La vieille :
a/ je l’attache
b/ je l’étrangle
c/ je la balance dans la fosse d’orchestre
d/ je lui lance un regard noir-qui-fait-peur en espérant qu’elle comprenne qu’elle dérange ??
Réponse d/ bien sûr, j’ai le sens des convenances, qu’est-ce-que vous croyez...)

20h09 Les chemises de Mathieu Des Grieux sont déjà pliées et rangées en ordre sur le lit. Je me demande qui les lui a préparées ainsi.

21h19 En deuil #RIPLescaut

21h25 Deuxième entracte. J’ai perdu Joël. Je retrouve mes camarades de Pass, qui voient beaucoup mieux, ouf, même si debout ce n’est pas le grand luxe pour une première fois.

20h37 J’ai retrouvé Joël. Pas aperçu Cams, par contre. Cette fois la discussion dérive vers les adieux de Clairemarie Osta, prévus dimanche.

22h01 La fumée qui aveugle l’harmonie, ça fait bien rire les cordes.

22h10 Le dernier pas-de-deux est sublime, comme à l’ordinaire. Ma soirée s’achève sur ces belles images.


2 commentaires:

Alice a dit…

Ah! Les joies de l'ODP! J'adore ton récit!!

Pink Lady a dit…

Je crois que nos soirées à l'Opéra n'auraient pas autant de charme sans toutes ces péripéties :-)