03/05/2012

Soirée Robbins / Ek à l'Opéra de Paris

23/03, Opéra Garnier

Il y a des années où les Pass marchent mieux que d’autres. En ce moment je suis plutôt sur une bonne série. Après un superbe rang 15 à Bastille pour La Bayadère, je sauve un siège au 1er rang de l’orchestre à Garnier le vendredi suivant. Des conditions de rêve pour assister à mon unique soirée Robbins / Ek, apprécier la pureté de la danse du premier et la force théâtrale du second.

Dances at a gathering, Jerome Robbins © Sébastien Mathé

De près, la danse épurée et romantique de Jerome Robbins passe en effet très bien, alors que Dances at a Gathering est sans doute un peu trop monotone vu de loin. Chercher l’essence de la danse dans son classicisme, voilà qui me convient bien mieux que les velléités de la danse contemporaine à la trouver en son absence. Je serais curieuse de découvrir le New York City Ballet dans ce registre, ou encore le Royal Ballet, qui sait toujours aligner des distributions à faire pâlir d’envie les compagnies du monde entier.

Pour l’instant, c’est l’élégance et la perfection du style français qui est de mise. D’aussi près, Mathieu Ganio en jeune homme en brun est juste sublime. Le rôle requiert peu d’interprétation, le danseur est donc particulièrement servi par ses superbes lignes. Je ne peux m’empêcher de penser que Mathias Heymann y aurait fait merveille également, souhaitons de le revoir prochainement en scène.



Les autres solistes, car on a droit à un défilé de solistes plutôt que d’interprètes ou de groupe, sont tous excellents individuellement. Aurélie Dupont, très distante, presque absente, brille dans ses solos. Mélanie Hurel, que je n’ai pas reconnue les cheveux détachés, est plus joueuse, tandis que Muriel Zusperreguy affiche un sourire éclatant tout du long et instaure une réelle connexion quel que soit son partenaire. C’est avec Alessio Carbone qu’elle me séduit le plus, tant le couple semble bien s’accorder.

Eve Grinsztajn, romantique et rêveuse, nous entraîne dans son monde. Elle allie un joli jeu de pieds à des qualités d’actrice qui me font imaginer quelle belle Maîtresse de Lescaut elle incarnerait, dans la lignée de celles qu’on peu admirer au Royal Ballet. Agnès Letestu au contraire est une déception : de près le spectacle fait peine à voir, tant elle semble minauder dans une variation qui la dessert complètement. Dommage, alors qu’elle irradiait la scène étant plus jeune, que cette grande étoile ne sache pas choisir ses rôles avec plus de pertinence.

Benjamin Pech dans son hideux costume vert me fait penser à un elfe. Christophe Duquenne, qui n’apparaît presque pas, a le physique doux du personnage de Des Grieux qu’il interprétera bientôt dans Manon. Comme à l’accoutumée, Karl Paquette met de belles intentions dans sa danse, et même si tout n’est pas parfait techniquement (notamment des pieds pas assez tendus), l’essentiel y est.

Le pas-de-six situé vers la fin du ballet est un beau moment, bien que les danseurs ne communiquent pas suffisamment entre eux. Robbins joue à décomposer la danse, ce qui donne d’intéressants portés en canon, chaque danseuse passant tour à tour dans les bras des hommes lors d’un même pas de plus en plus corsé. La musique de Chopin porte le ballet, mais le piano donne toujours à mon goût une impression de longueur. Le manque d’interprétation nous le fait ici paraître un peu décousu : si la danse est toujours très agréable à regarder du premier rang, j’aurais sans doute perdu le fil si j’y avais assisté debout derrière un pilier.

Appartement, Mats Ek © Opéra de Paris

Après l’entracte, Mats Ek et le Fleshquartet décapent avec Appartement, et à 1 m des danseurs (la scène couvrant la fosse d’orchestre), la distribution réunissant Marie-Agnès Gillot, José Martinez, Nicolas Le Riche et Alice Renavand, on en prend plein la figure. Je serais pourtant bien incapable de le commenter, et je préfère donc vous laisser en savourer un extrait dont on ne se lasse pas : la cultissime marche des aspirateurs.

La critique de Delphine Goater pour ResMusica ; l'interview de Mats Ek pour Le Figaro.

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