22/05/2012

Le Certificat d’interprétation Classique au CNSMDP

21/05, CNSMDP

Les jeunes danseurs du Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris passent au terme de leur dernière année de formation (en 5 ans) un examen leur permettant d’obtenir le Certificat d’interprétation classique ou contemporain, selon leur section. Si l’on peut douter de l’utilité d’un tel diplôme, l’engagement dans une compagnie dépendant uniquement de la réussite à une audition, c’est une occasion de plus pour ces élèves pré-professionnels de se confronter à la scène et au regard du public, l’épreuve étant publique.

Après avoir échoué deux années de suite à avoir une place pour le Certificat Classique, les réservations (gratuites) étant très vite complètes, j’ai enfin réussi à y assister cette année, et je n’ai pas été déçue. L’examen se déroule en deux temps : des variations individuelles de 1 à 4 minutes puis des pas-de-deux, tous tirés du répertoires. Applaudissements interdits malgré les mains qui vous démangent pour ne pas troubler le jury (composé d’éminents inconnus, le seul que j’aie été en mesure de reconnaître étant Kader Belarbi), tutus et académiques blancs de rigueur pour la première partie tandis que les costumes originaux des ballets égaient un peu plus la deuxième.

© CNSMDP

Difficile de commenter les prestations de danseurs pas encore tout à fait sortis de l’école, d’autant plus que les solos très différents rendent l’exercice de comparaison délicat. Si la totale liberté de choix qui leur est laissée dans le choix des variations m’a étonnée au départ, je l’ai finalement trouvée intéressante dans la mesure où elle permet vraiment aux élèves de se faire plaisir, sachant très bien que le but final de l’examen est de se montrer à son avantage devant de potentiels futurs employeurs, non d’avoir une bonne note. Je regrette d’ailleurs de n’avoir aperçu aucun représentant de la direction de l’Opéra, alors que j’avais le souvenir à Londres d’avoir vu le futur directeur du Royal Ballet assister à des spectacles de fin d’année, ne serait-ce que par courtoisie.

De Don Quichotte à Arepo, en passant par La Bayadère et Paquita, force est de constater que les élèves n’ont pas froid aux yeux. On a ainsi pu voir les sautillés sur pointe de Giselle, la claque de Raymonda, la longue Sérénade de Suite en Blanc, l’acte II de Solor, le moins attendu étant sans doute un manège de double-assemblées noureeven, auquel même des Étoiles de l’Opéra ne se risquent pas ! Certains manquent de propreté, d’autres de cou-de-pied ou de souplesse dans les bras, mais tous ont à cœur de nous montrer qu’ils en veulent, comme me le souffle Amélie. En tous cas, pour le spectateur le plaisir est là, ne serait-ce que par l’excellent choix des chorégraphies qui nous sont présentées.

Si les solos restent dans la démonstration technique, parfois un peu poussive, les duos nous transportent vraiment dans le monde du spectacle et de l’interprétation. J’avoue avoir été agréablement surprise par la fluidité des partenariats, à laquelle je ne m’attendais pas chez de si jeunes danseurs. Pierre Devaux et Alexia Giordano, qui a les traits d’une gravure de mode, ouvrent le bal avec un extrait de Delibes Suite de José Martinez, sa vivacité et son humour. Adrien Delépine et Alice Petit, déjà une belle présence, enchaînent avec un extrait de Lieder de Jiri Kylian : douceur et intensité, chaque nouvelle découverte de ce chorégraphe est un pur bonheur. S’ensuit un pas-de-deux amoureux de la Sylvia de John Neumeier, piquant à souhait, mettant en valeur le joli partenariat entre Juliette Fehrenbach et Alexandre Delamare, qui a un petit quelque chose de François Alu dans le genre blond-athlétique-monté-sur-ressorts.


Charlotte Lejeune et le bel Andreas Giesen nous font découvrir 3 préludes de Ben Stevenson, exercice plus classique autour d’une barre sur un air de Rachmaninov, mais qui ne requière pas moins de sûreté dans le couple et de force individuellement, ce dont les deux danseurs ne manquent pas. Eleonora Enas et Guillaume Lillo ont sans doute le choix le plus ambitieux avec le pas-de-deux du balcon du Roméo et Juliette... de Rudolf Noureev, excusez du peu, endurance une nouvelle fois requise pour tenir les 9 minutes de la chorégraphie, grands sauts et portés alambiqués inclus. Je suis bluffée de les voir danser l’intégralité sans faute et avec une apparente facilité, mention spéciale à Roméo que j’avais déjà remarqué aux Portes Ouvertes, bon partenaire, belles lignes et regard souriant qui vous engage à le suivre.

Le spectacle se termine avec le pas-de-deux de la porte d’Appartement de Mats Ek, où l’on s’aperçoit avec plaisir que les élèves suivent l’actualité de la danse. Julia Rauch et Guilhem Rouillé semblent très à l’aise dans ce registre plus contemporain. Marge Hendrick et Pierre Devaux (qui ne passait pas l’examen) achèvent de nous emmener faire le tour des plus grands chorégraphes classiques et néoclassiques avec la Chauve Souris de Roland Petit, déjà vu en gala l’an dernier. La jeune fille a les superbes lignes des femmes choisies par le chorégraphe pour interpréter ses ballets mais pas encore toute leur cruauté.

On ne peut que souhaiter le meilleur à ces jeunes danseurs, que chacun soit engagé dans une compagnie qui lui corresponde en France ou à l’étranger et puisse s’y épanouir artistiquement. Si leur technique semble les mener à un répertoire plus contemporain que purement classique, l’année de Junior Ballet qu’ils ont déjà derrière eux constitue une excellente préparation à la vie professionnelle.

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