01/04/2012

Voyage AROP à Lyon, Day 2 – L'Opéra

Deuxième journée du voyage du Club Junior de l’AROP à Lyon, cette fois entièrement dédiée à la danse...

Visite de l’Opéra de Lyon

L’Opéra de Lyon est un bâtiment mi-ancien mi-récent : le premier édifice datant de 1756 a été rénové, détruit suite à un incendie, puis reconstruit dans la première moitié du 19e siècle. Un nouvel appel à projet en 1986 a vu l’architecte Jean Nouvel sélectionné pour sa vision contemporaine qui s’accordait bien avec la politique culturelle avant-gardiste de l’Opéra... alors même que son projet  excédait de quatre fois le budget prévu à l’origine. Il a conservé les façades de l’ancien opéra, qu’il agrandi en le dotant d’une verrière et en creusant des salles de répétition en dessous. Des pompes servent à aspirer les infiltrations d'eau provenant du Rhône, qui passe à moins de 100m de l'Opéra La Ville et l’architecte sont aujourd’hui en procès pour des malfaçons constatées après la rénovation, notamment au niveau de la verrière.

Plan de la visite

Nous contournons l’enceinte pour passer par l’entrée des artistes et descendre directement dans la grande salle de répétition située sous la scène (1). Les murs sont recouverts de panneaux à trous dissimulant de grands miroirs. L’acoustique n’est pas idéale, la salle sert donc seulement à répéter la mise en scène. Le grill technique au dessus de la salle peut supporter de lourdes charges, et un monte-charge situé derrière permet de monter les décors tels quels ; on peut donc avoir trois décors complets en même temps, un dans la salle, un sur le monte-charge et un au dessus de la scène.

(1) Salle de répétition, maquettes des décors

Quelques escaliers et nous voilà devant la salle de répétition des chœurs (2), une sorte d’aquarium aux angles en diagonale pour éviter que le son ne rebondisse, et aux habituels murs à trous et laine de verre qui donnent une acoustique très sèche. Le résultat est que pour remplir cet espace, les chanteurs doivent travailler comme s’ils étaient sur scène. A noter que les pianistes, qui sont à la fois coaches et chefs de chant, doivent être polyglottes pour pouvoir corriger la prononciation des interprètes.

(2) Aquarium des chœurs

Nous passons dans un petit amphithéâtre (3) où ont lieu des spectacles gratuits les mercredis et vendredis midi : c’est un espace alternatif aux allures de club de jazz, intimiste et convivial, organisé autour de petites tables rouges (chacune d’entre elles valant une fortune) auxquelles les éclairages donnent un aspect doré. Jean Nouvel souhaitait démocratiser l’Opéra et s’éloigner de l’idée d’un plaisir solitaire. En été, il est transposé sur le péristyle en extérieur pour des concerts de jazz, tandis que la façade aux vitres sombres permet aux danseurs hip-hop de s’exercer sur le parvis car ils se reflètent dedans. Ce sont des utilisateurs à part entière de l’Opéra, il y a une réelle acception de ce public tridimensionnel.

(3) Amphithéâtre alternatif

Nous remontons au niveau du hall d’entrée (4). Il est intéressant de noter que la salle est suspendue au dessus de ce hall, car le métro de l’hôtel de ville passant sur deux côtés du bâtiment, il était important de surélever la salle pour éviter les vibrations. La salle est souvent critiquée pour sa politique très noire, mais les espaces privatifs ne le sont pas. Les larges baies vitrées du hall donnent l’impression qu’on est encore dans la rue, impression renforcée lorsqu’il fait nuit à l’extérieur : seules quelques lumières oranges projetées du sol permettent de se guider, en indiquant que le spectacle se passe en haut.

(4) Hall de gare l'Opéra

Se rendre à l’Opéra passe par un parcours initiatique : il faut le mériter. La volonté de Jean Nouvel est de faire oublier tous les problèmes de la journée en entretenant la confusion. Il est très compliqué pour les spectateurs de se repérer et de trouver leur place (de fait, ils sont souvent plus perdus qu’autre chose...) : il faut emprunter des escalators, puis revenir un arrière, sous des plafonds bas et oppressants. Plus haut, on se retrouve sur une sorte de pont de bateau grillagé, avant d’entrer dans le navire que représente la salle (l’architecte aimant le concept et l’univers maritime).

La salle dans laquelle nous entrons (5) est la seule pièce classique, que l’on s’attend à trouver dans un opéra, avec les anciennes arcades qui ont été conservées comme vestige du passé. Jean Nouvel a intégré cette pièce au bâtiment en y ajoutant du noir, donné par le granit que l'on retrouve sur le sol. Elle est quasiment écœurante de dorures (il n'y en a cependant qu'au plafond, le reste étant de la bronzine) et paraît luxueuse alors qu’il n’en est rien : les murs sont en stuc, le vrai luxe est à l’intérieur avec le bois d’ébène. C’est une salle d’attente qui satisfait les gens qui n’aiment pas le reste du bâtiment et veulent se sentir à l’Opéra.
(5) Salle en stuc, menu sur la porte

Nous pénétrons dans la salle de spectacle (6) par des entrées capitonnées en velours rouge qui font penser aux étuis des instruments de musique. Jean Nouvel a repris tous les codes de l’Opéra en les détournant : on pense voir des loges, alors que ce n’est que la continuation du balcon (qui font par ailleurs penser à des vagues, reprise de l’univers maritime), des dorures alors que ce n’est que le reflet de la lumière... Le rideau de scène est gris, le rouge est seulement présent aux portes pour indiquer qu’en entrant, le spectateur devient lui-même acteur.


Le choix du noir pour la salle a plusieurs explications. D’abord, le noir efface les distances. La salle compte 1200 places, ce qui n’est pas énorme, et pourtant 6 balcons ; les distances sont amoindries. La personne la plus éloignée du chef n’est qu’à 25 mètres. Le noir sert donc d’abord à rapprocher les gens. Deuxièmement, il est très onirique et laisse place à l’inattendu. Son utilisation est pourtant souvent mal comprise par les gens, en particulier par les personnes âgées qui ne voient pas les marches...

Balcons maritimes

Les sièges sont en plastique, le sol en bois exotiques, les balcons en ébène, pour absorber le son. Comme à l’auditorium, les dessous des sièges sont percés de petits trous pour absorber le son et « remplacer » les corps mous des spectateurs lorsque la salle est vide. Le son est meilleur en haut, c’est une sorte de contrepartie démocratique : les vrais mélomanes montent au 6e balcon. Des petites pastilles lumineuses placées en face des fauteuils d’orchestre éclairent tous les visages en orange au moment où les lumières s’éteignent : c’est encore une reprise d’un code de l’opéra classique, où l’on vient pour être vu (cf. les petites bougies utilisées dans Les Liaisons Dangereuses de Stephen Frears).

(6) Scène de l'Opéra de Lyon à H-5

Dernière étape, après une nouvelle série d’escaliers (qui semblent décidément être la spécialité de la ville de Lyon), la salle de répétition du ballet (7), 400 m² (comme la scène), élue plus belle salle de répétition au monde... et on comprend aisément pourquoi :

(7ème) Ciel

La verrière est protégée par des panneaux du soleil et surtout de la neige en hiver. La salle sert également pour des concerts de musique de chambre, car « il aurait été trop dommage de ne pas l’utiliser pour le public ! ».

(Compte-rendu de la visite édité le 22/09/2012 : mille mercis à la personne qui m'a contactée pour ses corrections et ses précisons.)

Quelques mots sur le ballet de l’Opéra de Lyon. Il réunit 30 danseurs de formation classique, dont les contrats sont renouvelés tous les ans, tous au même rang : il n’y a pas de corps de ballet. Les chorégraphes viennent et sélectionnent leurs danseurs (ils choisissent en fait souvent les mêmes). Le répertoire n’est pas classique, « plutôt Maguy Marin que Noureev », le Balanchine que nous allons voir étant déjà la limite. Il y a parfois des créations que seul le Ballet de l’Opéra de Lyon est autorisé à danser, ce qui fait qu’ils sont très demandés à l’international. Ils ne dansent par ailleurs que très rarement avec l’orchestre.

Fin de la visite, qui me ferait presque préférer le contemporain au classique, pour une fois : le bâtiment est passionnant, ce qui me donne d’autant plus envie de découvrir les mystères de l’Opéra Bastille dans une prochaine visite (à moins qu’Amélie ne satisfasse ma curiosité avec le compte-rendu de la visite de l’an dernier d’ici-là...)  Après un trou noir de quelques heures, retour à l’Opéra pour le clou du weekend : la soirée Balanchine / Millepied, pour laquelle j’avais pris un billet avant même l’annonce des activités du Club Junior...

Lyon en décembre. Ça fait rêver.

Ballet de l’Opéra de Lyon

Associer Balanchine et Millepied au sein d’un même programme, en présentant une pièce du premier suivie d’un doublé du second, dont la veine chorégraphique sied de surcroit beaucoup mieux à la compagnie : si le souhait était que la comparaison tourne à l'avantage de la production locale, le pari est réussi. Quelques jours plus tôt, les critiques institutionnels de l'Opéra de Paris réservaient un accueil glacial à l'étoile invitée Evan McKie ; de là à y voir une tendance à l'ethnocentrisme...

Le Concerto Barocco de Balanchine permet de se faire une idée des qualités de la compagnie, qui m’avait très agréablement surprise dans la Giselle de Mats Ek il y a quelques années, mais souligne aussi ses défauts. De belles danseuses, peu souriantes mais toutes très jolies, une technique classique sûre mais probablement laissée trop longtemps au placard pour convaincre dans quelque chose d’aussi épuré. Les piétinés maladroits trahissent le manque d’habitude du travail des pointes, les ports de tête ne sont pas aussi altiers qu'on pourrait l'attendre. Beaucoup ont l’air de se demander ce qu’elles font là, or il n’y a rien de plus ringard que le classique quand on n'y croit pas.

La première soliste a pour elle les longues jambes balanchiniennes, mais également une manière agaçante de retenir sa main à la fin de chaque port de bras (des coquetteries qui correspondent sans doute à l’image qu’elle se fait de la ballerine romantique éthérée) et le malheur d’un partenaire trop petit qu'elle ce qui rend les portés difficiles. La deuxième soliste est presque plus convaincante, malgré une certaine brusquerie, elle a un maintien plus classique alors que son physique convenait moins à priori. Une danseuse au sourire éclatant attire mon attention dans le corps de ballet : je découvre plus tard qu’il s’agissait sans doute de Marie-Laetitia Diederichs, ancienne de l’École de Danse de l’Opéra de Paris (on ne se refait pas...)

Concerto Barocco

La deuxième partie du programme est beaucoup plus satisfaisante. Sarabande de Benjamin Millepied est une suite de solos pour quatre hommes en chemises à carreaux qui partagent la scène avec les musiciens. Souplesse, engagement et insouciance, j’aime l’énergie et les sourires des danseurs, malgré une chorégraphie parfois un peu simple et répétitive. Les corps sont déliés, les jetés s’envolent, les danseurs rivalisent entre eux ; le manque de présence féminine se fait cependant parfois sentir lors des pas-de-trois.
  
This Part in Darkness permet de conclure sur une note très enthousiaste. Un couple, un deuxième, puis des groupes d’hommes et de femmes qui s’entremêlent ; le ballet semble taillé sur mesure pour les danseurs, l’effet est superbe.

This Part in Darkness

18h, la nuit est tombée, il est temps de reprendre le chemin de la gare. Merci à l’AROP d’avoir organisé cette escapade à Lyon, et aux mécènes qui l’ont financée. Des vidéos et le programme du spectacle sont désormais disponibles sur le site de l'Opéra de Lyon ; ne manquez pas la critique du Financial Times. La prochaine escale du Club Junior aura lieu à Marseille, rendez-vous en juin !

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