01/04/2012

Voyage AROP à Lyon, Day 1 - SAV

Retour sur le voyage à Lyon organisé par le Club Junior de l’AROP les 17 et 18 décembre derniers, dont j’ai été amenée à assurer le service après-vente... non sans quelques déboires.

Lorsqu’on se retrouve à arpenter les quais de la Gare de Lyon, un samedi de départ en vacances aux sports d’hiver à 6h40 du matin, parmi une foule de familles déboussolées, alors qu’on part non pas au ski mais en weekend pour aller voir un ballet, on peut légitimement penser qu’on doit avoir un problème pour que notre amour de la danse nous conduise à de telles extrémités.

Un gamin joue à cheval sur une valise, un père avale la compote qu’un autre n’a sans doute pas voulue ; des gens hagards comme moi pilent devant la machine à café, tandis qu’un jeune se réveille brusquement lorsqu’un distributeur lui retient son Mars (du concentré d’énergie paraît-il – eh bien à la façon dont il s’est mis à taper sur la machine, je ne suis pas sûre qu’il en avait vraiment besoin...).

Au terme d’un long et périlleux périple à éviter les valises-cheval, les somnambules et les planches de surf, mon gobelet de café à la main, je parviens enfin à gagner la voiture 13 du TGV en partance pour Lyon – en première classe, une fois n’est pas coutume, là où les prises fonctionnent et où les enfants dessinent sagement au lieu de jouer dans les allées – merci au Petit Rat avec qui j’ai échangé mon billet, et qui nous rejoindra dans quelques heures.

« Nous », parce que nous sommes trois à débarquer 2h plus tard en Gare de Lyon Part Dieu (deuxième réveil difficile de la matinée, un samedi, et il n’est même pas 9h). Je retrouve E*, enfin plutôt elle me retrouve (je fais des efforts pour retenir le visage des danseurs, mais les balletomanes, c’est au dessus de mes moyens), avant d’alpaguer JoPrincesse au passage (l’occasion de faire connaissance, et de pressentir que je finirai le weekend avec un torticolis), puis nous partons sur les lignes de tram désertes pour aller déposer nos affaires à l’hôtel.

Sur la Croix Rousse


Une fois débarrassées, la première activité n’étant prévue qu’à 15h, nous avons tout le temps de nous atteler à la première tâche de la matinée, qui n’a que trop tardé : le petit-déjeuner. Nous nous mettons donc aussitôt en quête d’un point de chute typique, si possible ensoleillé car un soleil bienveillant veille sur la ville... et nous atterrissons naturellement au fond du salon de thé de la Brioche Dorée. Le chocolat viennois était délicieux, et j’ajouterais avec un brin de mauvaise fois qu’il avait probablement un autre goût que celui qu’on sert à Paris.

E* qui a tout prévu m’entraîne ensuite dans une visite express de Lyon, tandis que JoPrincesse vaque à ses emplettes de Noël (« Tu espères trouver des souvenirs ? » « Non, je vais à la Fnac. » « ... ? » « Je n’ai pas le temps d’y aller quand je suis à Paris. ») Nous partons donc visiter seules, enfin... E* joue les guides touristiques, lit et assure le GPS tout à la fois, moi j’essaie d’abord de suivre le rythme et d’assurer notre survie (on manque 2 ou 3 fois de se faire écraser, puis de se rompre le cou dans les escaliers mouillés : ah, la fameuse Croix Rousse des Six Compagnons... oui mais en réalité, c’est pire que Montmartre, jugez par vous-mêmes :)

La Croix Rousse, escaliers

Évidemment, il pleut toute la matinée. Évidemment, j’ai des ballerines aux pieds. N’empêche qu’en 3h, on a vu un éléphant (un vrai) dans le Parc (et le lycée du même nom), le Gros Caillou (les Parisiens décorent leurs places avec des obélisques, les Lyonnais jaloux en ont nommée une en l’honneur d’un un rocher... no comment) et surtout visité la Maisons des Canuts, où nous découvrons toute l’histoire de la sériciculture, de l’éradication de la pébrine aux révoltes des ouvriers de la soie, en passant par les différents métiers à tisser et les lambrequins de l’Opéra de Paris (comme ça, on évite d’être complètement hors-sujet).

Métier à tisser

A la sortie, on se bat comme des chiffonnières pour les rebuts de soie qu’on peut acheter dans la boutique : de la vraie soie de Lyon ! J’en prends pour tout le monde, à commencer par la grande absente de la matinée... avant de me rappeler que faire des cadeaux ne me réussit pas franchement.

Quelques traboules, un arrêt ébahi devant le fameux mur des Canuts, le soleil qui repointe le bout de son nez, et c’est trempées et réjouies que nous retrouvons JoPrincesse devant l’Opéra, avec une bonne heure de retard – juste le temps de partir à la rencontre du groupe pour la première activité du weekend.

Mur des Canuts

Visite de l’Auditorium

La visite de l’Auditorium de Lyon s’avère passionnante, alors qu’a priori elle s’adressait plus aux mélomanes. L’édifice conçu par les architectes Henri Pottier et Charles Delfante en 1975, qui ressemble à un coquillage vu du ciel, représentait à l’époque une véritable prouesse technique car il ne repose sur aucun pilier : on a coulé du béton sur une armature métallique qui s’est ensuite solidifiée.
 
À l’intérieur, un faux plafond la dissimule : une énorme voûte de 6000 m² en ciment projeté, très fine. Les couloirs servent à l’isolation phonique entre la salle et les bruits de la ville : le béton et l’air sont la solution idéale. De gros tuyaux permettent le chauffage et la climatisation de la salle. La température est abaissée de 2 °C avant l’arrivée du public.

Auditorium de Lyon

Les murs de l’amphithéâtre sont en okoumé, un bois tropical, les sièges en hêtre et percés de petits trous afin que le son ne revienne pas trop rapidement aux spectateurs ou aux artistes lorsque la salle est vide. Tout est fait pour améliorer l’acoustique (il n’y a aucune retransmission du son), et des changements ont d’ailleurs été apportés au bâtiment originel : on a retiré les velours et la moquette et créé des pyramides inversées sur les murs, qui font office de réservoir de son.
 
Le plateau de scène (modulable) mesure 400 m². Derrière la scène, qui donne l’impression d’être très proche des spectateurs – les musiciens peuvent tout voir et tout entendre –, se cache un orgue gigantesque qui ne compte pas moins de 6500 tuyaux, 4 claviers et 81 « jeux » (manettes permettant de reproduire les différents instruments. Il a été construit pour une exposition universelle et amené ici après avoir été exposé au Trocadéro et au Théâtre de Chaillot, mais n’est malheureusement plus entretenu.
 
Nous quittons la salle pour monter sur le grill, au dessus de la scène (soupir partagé avec E* à la vue des escaliers). Aujourd’hui tout est automatisé et géré d’en bas : les porteuses qui soutiennent les projecteurs peuvent supporter 500 kg chacune et sont actionnées par un moteur qui ouvre quatre trappes au dessus de la scène pour les faire sortir. Encore plus haut, on trouve les niches des poursuites, qui peuvent être recouvertes de filtres pour découper ou colorer la lumière : on utilise pour cela de la gélatine, que seules deux entreprises au monde produisent, ce qui fait que les codes couleurs sont universels (le 111 si vous voulez du rose, au hasard). Ces filtres servent très peu, seulement pour les concerts pour enfants, et les techniciens s’aventurent donc rarement dans cette partie du bâtiment.
 
(Je ne rentre pas dans les détails concernant la composition de l’orchestre et son répertoire : toutes les informations sont sur le site de l’ONL.)

Auditorium de Lyon, vue du dessus

C’est à ce point de la visite, alors que nous sommes perchés plusieurs dizaines de mètres au dessus du sol, visible à travers le grillage sous nos pieds, que le drame s’invite au programme. Non, rassurez-vous, le vertige n’a tué personne. C’est seulement que, en ma qualité de blogueuse multifonctions, j’ai passé la visite non seulement à prendre des notes mais à gérer les retardataires : donner l’adresse de l’hôtel, la station de métro, l’endroit où nous nous trouvons etc. Sauf que... la faute à des capacités intellectuelles limitées en période de vacances, il est vrai que j’assure mal le service client, et une formulation imprécise a des conséquences dramatiques : naturellement, ma cliente n'est pas contente, et j’en suis toute retournée, assez pour perdre le fil de la suite et vous abandonner sous les combles ; vous trouverez bien la sortie tous seuls.

L’Oratorio de Bach

La visite terminée, c’est tea time avec L*, dont le sourire pétillant aura véritablement ensoleillé mon weekend, tandis que JoPrincesse et E*, studieuses, vont assister à la conférence d’avant-spectacle. Le soleil ne tarde pas à se coucher, et je reprends mon poste au téléphone pour téléguider ma retardataire préférée. Heureusement que la perspective de rater le début du concert ne me désespère pas et que ça commence en retard ; nous avons tout juste le temps de nous glisser dans les rangs avant l'entrée du chef.
  
Dès les premières notes, cependant, à mon tour de basculer du côté obscur : l’Oratorio de Noël est déprimant à mourir, surtout après un mois de décembre qui ne fut gai pour personne. Pour éviter de trop plonger, je file à la pause (parce que c’est long, en plus...)

Chez Ma mère l’Oye

Le concert terminé, il est temps d’aller dîner. Mal m’en pris d’avoir quitté le groupe, car si le « bouchon lyonnais » choisi par les Gentils Organisateurs de l’AROP est à 5 minutes de l’hôtel, il m’en faudra presque 45 pour le localiser... Avec la mauvaise adresse, c’était déjà mal parti ; mais si Google se met à me jouer des tours une fois que j’ai rentré la bonne, ça n’arrange pas les choses. Après m'avoir fait faire trois fois le tour du quartier et envoyé quelques sms de détresse (« Vous êtes où ? » « Mais là, juste à côté ! »), mon portable décide soudain de me lâcher tout à fait : plus de crédit ! (l'avant-Free...). Bref, après avoir demandé mon chemin sans succès, j’envisage sérieusement de rentrer à l’hôtel, quand l’une de mes camarades perçoit enfin mes messages subliminaux et m’envoie une indication un peu plus précise sur l’endroit où elles se trouvent : bingo !

Le restaurant est petit et chaleureux (surtout comparé au froid qu’il fait à errer dehors les pieds dans l’eau), et tout le groupe est déjà attablé en train de rire de bon cœur aux traits d’esprit du Petit Rat, ce qui a pour principal effet de me faire perdre la parole. A l’époque où je faisais du théâtre, j’avais l’habitude de voir des comédiens stressés, de mauvaise humeur toute la journée précédant leur représentation, mais qui se révélaient ensuite de vraies bêtes de scène, après avoir joué de vos nerfs toute la journée. N’ayant jamais eu cette faculté de passer aussi vite de l’ombre à la lumière, je profite en spectatrice de la joute verbale qui se déroule sous mes yeux ; n’étant ni la plus passionnée, ni la plus cultivée, ni celle qui a le plus de relations, ni celle qui aime le plus attirer l’attention.

Le dîner est délicieux, mis à part le dessert : décidée à tester les spécialités locales, je choisis la fameuse tarte aux pralines... et on m’apporte un bout de pâte badigeonné de rouge : keskecéksetruc ? À première vue, on dirait un mix entre le tiramisu à la fraise Tagada et la tarte au Carambar (je défie quiconque de critiquer mes références culinaires). Un truc poisseux et collant, élastique et gluant, qui s’accroche à la cuillère... imaginez du sucre glace liquéfié, un peu farineux, au colorant rouge. « Ah non, c’est tout à fait naturel, nous interrompt une habituée du coin, la couleur s’obtient avec l’écorce de l’amande ». Au fond, avec un peu d’habitude, ça doit être mangeable ; pour cette fois encore, la photo-souvenir suffira.

Tarte aux pralines

A la sortie, alors que nous remontons tranquillement l’avenue éclairée par de jolis lampions de Noël, je discute avec un charmant babyballetomane... et soudain la douche froide : « Alors c’est toi, Pink Lady, c’est ça ? ». Je ne me souviens pourtant pas d’avoir évoqué la blogosphère une seule fois au cours du repas... Mais concevoir qu’un pseudo puisse servir à autre chose qu’à booster son référencement, comme se protéger par exemple, n'est sans doute pas si facile lorsqu'on ne connait pas le problème. Retour à l’hôtel pour la nuit, fin de mes piètres tentatives de socialisation.

Lyon by night

4 commentaires:

Joël a dit…

> l'Oratorio de Noël est déprimant à mourir
Quoi !!! Ah oui, tu es partie à la pause, donc tu n'as pas entendu le chœur chanté au début et à la fin de la troisième cantate : http://www.youtube.com/watch?v=-00kJvBpims

Pink Lady a dit…

Je crois que j'étais dans de mauvaises conditions pour l'apprécier (tu as déjà assisté à un concert les pieds mouillés ?) Et puis j'ai toujours trouvé Bach déprimant, j'ai des goûts musicaux assez limités... mais merci pour le lien de rattrapage :-)

Anonyme a dit…

Ta tarte était assez mythique.... Cette couleur affreuse!
Pour l'oratorio, tout le monde était assez fatigué (fin d'exams, fin de trimestre, début des vacances), il faudrait le réécouter dans de meilleurs conditions! Mais le chef d'orchestre (Ton Koopman) était si drôle et entrainant!
Et j'ai été ravi de découvrir qui se cachait sous le pseudo, les tentatives de socialisation se sont révélées un succès!

Le babyballetomane

Pink Lady a dit…

Peut-être que je n'ai pas été assez persévérante avec la tarte, ça doit être un peu comme le cheesecake et les Krispy Kreme : parfaitement répugnant à la première bouchée, mais addictif ensuite...

Je n'aurais pas manqué de te dévoiler ma trépidante double-vie, mais pas à toute la tablée (et surtout pas aux potentiels employeurs included).