09/04/2012

Forsythe et Kylián à l’Opéra de Lyon

Opéra de Lyon, 07/04

Par un heureux hasard du calendrier, je me retrouvais de nouveau à l’Opéra de Lyon ce weekend pour assister à la soirée Forsythe / Kylian / Tankard. Des expérimentations du premier à la musicalité du second, retour sur une représentation portant la danse contemporaine à son meilleur niveau...

Second Detail

Un espace blanc et clos, des danseurs vêtus d’académiques gris clairs, et la musique répétitive de Thom Willems qui sied si bien au rythme de Forsythe : le ton est monochrome, pourtant on ne s'ennuie pas un instant. Le minimalisme de la mise en scène ne sert qu’à mieux mettre en valeur la danse, l’énergie pure dégagée par les danseurs et la virtuosité des solos, des couples et des ensembles.
N’étant pas sponsorisée par l’AROP cette fois-ci, j’ai abandonné les fauteuils d’orchestre pour un premier rang de quatrième balcon. Je préfère habituellement être le plus près possible, quitte à négocier avec un angle mort important, la danse étant un langage qui me touche d’abord physiquement, mais d’ici le contraste entre la blancheur de la scène et le noir de la salle est d’autant plus saisissant. Le monde parallèle dans lequel se meuvent les danseurs en paraît d’autant plus fermé, hypnotisant.
On retrouve les mêmes interprètes que la dernière fois : la grande danseuse aux proportions de rêve n’a pas perdu cette manie de casser le mouvement aux poignets, concentrant votre attention sur ses mains au lieu de vous laisser percevoir le tout. La seconde soliste du Balanchine sait capter le regard et affirmer son caractère. On peut regretter quelques imprécisions, des pointes parfois très maladroites (et surtout aux couleurs différentes selon les danseuses : chair ou satin ce n’est pourtant pas compliqué d’harmoniser ; même remarque concernant le rouge à lèvres...).
Le fond sonore retient la tension du spectateur jusqu’au bout, et la fin survient quelques secondes après l’apothéose, pour mieux le surprendre.



Je profite de l’entracte pour me replacer en fond d’orchestre, et échapper au gang de lycéens qui a élu résidence derrière moi, dont l’agitation m’inquiète un peu pour la suite...

Un Ballo

Un mot : Kylián. Plaisir et sensualité. Dès les premiers pas, la fluidité et la douceur de la chorégraphie vous enveloppent et vous entraînent ailleurs, sur scène, sous le flot doré des bougies posées sur les cintres baissés jusqu’à mi-hauteur (c’est Noël). L’espace scénique ainsi réduit donne une atmosphère intimiste, le bois d’ébène l’entourant d’un écrin de bois précieux.
Un couple, dédoublé cinq fois ; une femme, un homme, qu’on ne distingue pas l’un de l’autre tant la danse les rassemble, pure et chaleureuse. Seule la musique est un peu décevante, le Tombeau de Couperin et la Pavane de Ravel m’avaient à l’origine évoqué la dentelle baroque, qui aurait mieux convenu à mon goût que ces accents un peu lancinants.

Petite Mort

L’extase suggérée par le titre ne tarde pas à vous atteindre. Devant ce court ballet, principal objet de mon voyage, on a tout de suite l’impression d’être devant une pièce maîtresse, complètement achevée. Lorsque le rideau se baisse après le passage du dernier couple, on en redemande : quand certains font traîner un manque d’inspiration pendant ce qui semble durer des heures, Kylián se permet de condenser son génie.
Ce qui surprend d’emblée, ce sont les rires du public, auxquels la captation vidéo en studio ne nous a pas habitué. L’entrée des danseurs en silence, épées au poing, puis celles des femmes en robe d’époque a son effet surprise. Mais si les accessoires et leurs symboles sont un clin d’œil espiègle, c’est en simples bustiers que les danseurs séduisent le plus. Le long voile de mousseline déployé par les danseurs n’a rien à cacher.
Les corps se relient pour former des figures, des lettres ; les portés sont à la fois naturels et inédits. Certains couples ont une vraie connexion, d’autres fonctionnent un peu moins bien, mais la chorégraphie semble tellement couler de source qu’on se dit que ce serait merveilleux avec n’importe quels danseurs, même si leur technique n'est pas parfaite.
La pureté et la sensualité de la danse sont sublimées par les Concertos pour piano n°21 et 23 de Mozart. Au sujet de Caligula, Nicolas Le Riche expliquait avoir choisi les Quatre Saisons de Vivaldi par prudence, préférant s’appuyer sur une œuvre majeure pour ne pas prendre trop de risques. Précaution ici totalement inutile, mais dont on ne se plaindra pas...




Boléro

« Est-ce qu’on tweete en live ? » me souffle ma voisine peu de temps après le début du dernier ballet de la soirée. Et en effet, le Boléro de Ravel dure 15 minutes, durant lesquelles il va bien falloir s’occuper. Quelle idée de conclure une soirée d’une telle intelligence par une œuvre aussi vaniteuse, et aussi fade, malgré la profusion de couleurs.
L’idée de Meryl Tankard n’était pourtant pas mauvaise : faire apparaître les danseurs en ombres chinoises derrière un rideau ; cela pouvait même constituer un beau défi après des œuvres aussi charnelles. Mais en fait de danse, on a droit à un défilé de banalités qui aurait aussi bien sa place dans une pièce de théâtre. On pense forcément à Béjart, qui avait su donner de l’érotisme à cette musique mécanique – laquelle passe soudain très mal, l’enregistrement lui ôtant toute subtilité.

Heureusement, cette mauvaise note finale l’altère en rien la beauté de ce qui a été vu avant, et je rentre très satisfaite du déplacement. Mille mercis à L* pour l’accueil, et pour avoir supporté mon enthousiasme délirant pour la conceptualité de Jean Nouvel. Le programme du spectacle est disponible en ligne (très pratique, car on peut le télécharger sur iPhone avant le spectacle), n’hésitez pas à le découvrir, les passages sur les ballets de Jiri Kylián en particulier sont très inspirés.

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