19/04/2012

Bastille, face Opéra : Don Giovanni

08/04, Opéra Bastille

Le Viol de Lucrèce, Les Noces de Figaro, L’Enfant aux Sortilèges, Yvonne Princesse de Bourgogne, La Walkyrie : jusqu’à il y a 10 jours, les opéras auxquels j’avais pu assister dans ma vie se comptaient sur les doigts d’une main. Des tout premiers dont je n’avais gardé que le souvenir ébahi du velours bleu de l’Opéra de Nantes, aux deux derniers que je n’avais vu qu’à moitié, étant assez grande désormais pour filer à l’entracte, auxquels on peut ajouter une séance de travail de Manon, aucun ne m’avait vraiment convaincue.

Je n’abandonne pas cependant l’espoir de comprendre un jour pourquoi les gens vont à l’opéra, et ce dimanche de Pâques, me voici de nouveau à l’Opéra Bastille, en matinée de préférence – ça évite de s’endormir – avec un beau plateau vocal paraît-il, une trame un peu moins alambiquée que lors de ma dernière expérience, et surtout une valeur sûre : Mozart, avec qui on est assuré de retrouver au moins quelques tubes (je me serais néanmoins passée de reconnaître au passages les extraits d’une certaine comédie musicale ; le choc des cultures au moment où on s’y attend le moins...)

Ajoutez à cela une place de fond de premier balcon payée la modique somme de 15€, alors que celles en contrebas atteignent 180€, pour la seule raison que le placement ne permet pas d’apercevoir les surtitres... raison qui se révèle tout à fait théorique puisque les surtitres sont en fait bien visibles, et alors que la même place coûte trois fois plus cher les soirs de ballet : cherchez l’erreur ! Je ne sais pas ce que le type du marketing avait fumé le jour où il a fait le plan de la salle, mais pour une fois j’en profite sans restrictions.
© alpamaya.skyrock.com

Première surprise dès le lever de rideau, on se retrouve dans un hall de bureaux moderne, type La Défense, avec une large baie vitrée d’un côté et une balustrade qui donne sur les étages de l’autre. Pas d’escaliers, non : à l’opéra on se paie le luxe de faire entrer les personnages par un ascenseur incorporé dans le décor (je me rappelle encore de mon étonnement devant les flammes de La Walkyrie il y a deux ans, alors que je sortais tout juste d’une série de La Bayadère qui n’a droit qu’à un foyer en plastique...). Don Giovanni est un directeur, Leporello (c’est plus sexy que Sganarelle) son homme de main, les femmes d’élégantes directrices marketing.

Après 3h40, on se dit que ça ne marche pas si mal, bien que j’ai un peu de mal à comprendre cette manie de tout actualiser (je me souviens d’une mise en scène magistrale de Jacques Lassalle pour le Don Juan de la Comédie Française, qui avait drapé toute la scène de velours pourpre, c’était autrement plus sensuel). D’autant plus que les décors très onéreux sont finalement assez peu utilisés. On aimerait toujours vivre ses premières expériences de spectateurs avec du grand classique, sans penser que ceux qui ont déjà vu et revu ces œuvres sont déjà passés à autre chose... C’est en tous cas un plaisir retrouvé que de suivre un spectacle avec du texte, et d’écouter de la bonne musique à l’Opéra, qui se donne en général si peu de peine pour accompagner les ballets.

L’avantage avec Mozart c’est que ce n’est jamais très long, et qu’on ne se perd pas trop dans le travers de certains compositeurs à rester 10 minutes sur les mêmes mots. Les chanteurs sont très plaisants à écouter, même si j’ai tendance à préférer la voix des hommes à celles des femmes, qui ont souvent quelque chose de grinçant, à l’exception de celle de Donna Anna, très pure et d’ailleurs chaleureusement applaudie à la fin après un solo technique qui me fait penser à l’aria de la Reine de la Nuit (référence culturelle ☑). Je crois qu'écouter une voix féminine après celle d’un homme, c’est un peu comme manger des framboises après du fromage de chèvre : même si on les apprécie quand elles sont seules, elles prennent alors un très mauvais goût (référence culinaire ☑ ☑).

Don Giovanni, grand et solide, me convainc tout à fait. Son timbre chaude et sans faiblesse se prête bien aux tentatives de séduction du personnage (l’italien aussi), et j’aime beaucoup le ton suave et sucré qu’il prend au moment de draguer Zerlina. Leporello peine parfois un peu à se faire entendre, on dirait qu’il chante en sourdine, ce qui n’est peut-être pas inadéquat vu son rôle, mais il a un côté doux et rassurant, qui tourne au cynisme au moment où il liste les conquêtes de son maître, mon passage préféré du spectacle. La façon dont l’orchestre et les voix se mêlent et se répondent est assez brillante, mais j’ai du mal à comprendre comment les interprètes peuvent chanter derrière un masque, en mangeant ou en se roulant par terre – j’aurais pensé a priori qu’ils devaient toujours rester debout.

© Charles Duprat

La fin manquait d’un grand moment d’apothéose : je n’ai pas été saisie par l’apparition du Commendatore, ni par le chœur final, un peu ringards (personne n’ayant songé à moderniser la morale). Les applaudissements éclatent avec plus de ferveur que pour les ballets ; je me souviens que l’atmosphère électrique de la salle les soirs d’opéra m’avait déjà impressionnée lorsque j’étais venue voir La Walkyrie. A la sortie, mes voisins commentent le son, biscornu lorsqu’on se trouve trop sur le côté... je n’en suis pas là, mais je remercie quand même Arte d’avoir programmé Amadeus quelques jours avant l’ouverture des réservations pour ce spectacle, excellent timing. Next step, Les Noces de Figaro en septembre à Garnier.

La critique de Joël Riou, celle du blog Fomalhaut, et François Délétraz pour Le Figaro.

Distribution
Don Giovanni : Peter Mattei ; Il Commendatore : Paata Burchuladze ;
Donna Anna : Patricia Petibon ; Don Ottavio : Saimir Pirgu ; Donna Elvira : Véronique Gens ; Leporello : David Bizic ; Masetto : Nahuel Di Pierro : Zerlina : Gaëlle Arquez.
Orchestre de l’Opéra de Paris dirigé par Philippe Jordan, mise en scène de Michael Haneke.

2 commentaires:

Joël a dit…

Visuellement, le changement d'éclairages de la fin m'a semblé apothéotique (je pensais inventer un adjectif, mais il existe déjà), les immeubles de bureaux semblant se métamorphoser en immeubles de cités...

Pink Lady a dit…

Ah, je n'avais pas pensé à ça... à ce moment-là j'ai juste remarqué que la baie vitrée aurait besoin d'être nettoyée de temps en temps :)
J'ai pensé que Don Juan étant mort, le jour revenait, ta-dam. Et je n'ai pas compris non plus ce que pouvaient bien signifier les masques de Mickey...