09/01/2012

Napoli Fantasy

06/01, Ballet Royal du Danemark à l’Opéra Garnier
 
Quand on arrive en courant, échevelée et trempée, même un soir de première à l’Opéra Garnier, on s’attend à tout sauf à découvrir la Garde Républicaine sagement en place dans les grands escaliers. Des policiers sur le parvis, des casques à plumes sur les marches, et des premières loges centrales regroupées comme les soirs de gala pour donner plus de confort à... sa Majesté la Reine du Danemark, son Altesse le Prince et Monsieur le Ministre de la Culture (« Tout de même, ils auraient pu sortir le tapis rouge », me souffle E* lorsqu’on se croise en haut des marches pour la séance photo-souvenir de rigueur).


Le Ballet (Royal) du Danemark est l’une des compagnies de danse les plus anciennes au monde, fondée en 1748. Pour plus de détails, filez chez Amélie, ou allez lire le compte-rendu de la conférence qui s’est tenue la veille à la Maison du Danemark sur Dansomanie (j’avais de mon côté délaissé ces marbres pour les magnifiques parquets de l’Hôtel de Ville). Seul un nom m’était connu, celui du héros de la soirée, Alban Lendorf, qui s’était illustré dans le rôle de Mercutio à Londres en juillet dernier lors de la reprise de la version Ashton de Roméo et Juliette par Peter Schauffuss (avec entre autres Natalia Osipova et Ivan Vassiliev). Je venais donc avec de grandes espérances, malgré mon fond de loge debout et un genou en vrac depuis mes galipettes sur un siège de ce même opéra pour apercevoir Onéguine il y a deux semaines.

Je découvre seulement une fois sur place que Napoli est un ballet narratif, remis au goût du jour – ou plutôt des années 1950 – par Sorella Englund et Nikolaj Hübbe. Seul le troisième acte est apparemment du pur August Bourmonville, maître incontesté des entrechats et autres petits battements danois. Une place italienne, des prostituées, un mafieux, un travesti, des jeunes femmes libres aux longues jupes qui volent dans tous les sens, un groupe de marins à bonnet blanc qui danse d’un même élan, et pour parfaire le tableau, un solide gaillard élancé à qui revient de droit la plus belle de ces dames : le pêcheur Gennaro. L’acte 1 manque un peu de danse pure, même si on se laisse porter par la joyeuse théâtralisation et la vivacité de la troupe, à laquelle se mêlent quelques enfants de l’École du Ballet Royal du Danemark. Les jeunes tourtereaux, incarnés par Amy Watson et Alban Lendorf, se retrouvent et se déchirent, lorsque à l’occasion d’un orage (représenté sur l’écran vidéo qui remplace utilement l’habituelle toile peinte en fond de scène) la première se noie en mer et le second est sauvé in extremis de la fureur de la foule par une curieuse nymphe bleue dont le nom n’est même pas mentionné sur la fiche de distribution.

© David Amzallag

L’acte 2 se déroule sous l’eau, avec une imagerie fantaisiste qui n’est pas sans rappeler la création d’Alexeï Ratmansky en début d’année. Des naïades en tuniques à paillettes nagent dans des fumigènes tandis qu’un esprit de la mer costaud tente de s’accaparer la fiancée du pêcheur. Fort heureusement, ce dernier débarque à point nommé pour la sauver à l’issue d’un pas de deux un peu répétitif, et celui-ci la délivre, non sans s’être au préalable fait maltraiter par toutes les (pourtant jolies) créatures sous-marines, au soleil levant. C’est peut-être l’habitude désormais des kitcheries anglaises, je suis loin d’avoir détesté ce deuxième acte, plutôt relaxant, malgré la pauvreté chorégraphique et musicale et mes efforts pour tenir debout. Musique de Louise Alenius Boserup interprétée par... l’Orchestre Colonne, que je n’ai pas reconnu, d’une délicatesse très au dessus de son niveau habituel.

© Costin Radu

Retour sur la terre ferme à l’acte 3, qui s’ouvre sur un ballet de villageois endeuillés, bientôt interrompu par l’arrivée du couple principal. Teresina explique que son amoureux l’a sauvée, qu’il faut lui pardonner d’avoir failli la tuer, et le spectacle finit dans la liesse avec un divertissement on ne peut plus classique : solos, pas-de-six, pas-de-deux, corps de ballet, qui rattrape à lui-seul la faiblesse des deux premiers actes. L’occasion pour les danseurs danois de démontrer la propreté de leur style et leur vélocité, et à Alban Lendorf de prouver tout à la fois sa légèreté, son endurance et sa précision dans une superbe variation malheureusement assez peu applaudie par le public toujours très froid de Garnier. On pourrait facilement imaginer ne présenter que le final du troisième acte dans un programme mixte, les deux premiers se contentant de rajouter le cadre narratif.


A la sortie, je retrouve E* pour échanger impressions et questionnements mondains (le Ministre a-t-il goûté au charme des craquants marins du ballet ?) puis d’autres passionné(e)s à la sortie qui ont comme moi délaissé les fastes du cocktail (malgré l’invitation très gracieusement remise par un Gentil Organisateur de l’AROP), et la discussion repart de plus belle sur le niveau des solistes, la pertinence de l’acte 2 et les exploits de l’orchestre. Une charmante soirée au demeurant, qui devrait convaincre un public non habitué en lui permettant d’apercevoir, dans un même ballet, trois styles de danse classique très différents.

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