16/01/2012

Grands Pas classiques à Puteaux

15/01, Théâtre des Hauts-de-Seine

Tandis que certaines franchissaient le périph' pour assister au Festival de Suresnes cités danse, je repartais ce dimanche à la poursuite des danseurs de l’Opéra de Paris en banlieue. Après la campagne et la province, Puteaux, c’est la jungle (urbaine). En partant de la Défense, un enchevêtrement de cités, passerelles, escaliers et tunnels complètement déserts, malgré la densité de la foule qui fait les soldes aux Quatre Temps. Même en se rapprochant du centre-ville, des rues vides, malgré une architecture non dépourvue d’imagination (petits bonhommes devant l’école maternelle qui font signe aux voitures de ne pas oublier les enfants, personnages d’Alice au Pays des Merveilles devant la Mairie), et ce n’est qu’aux abords du théâtre que je rencontre les premières familles qui se hâtent comme moi pour assister au spectacle. Une fois à l’intérieur, on fait encore longuement la queue dans un hall vitré surchauffé par le soleil pour pénétrer dans la salle, minuscule, à l’instar de la réplique miniature d’opéra qui orne l’entrée. Assez minuscule pour que les personnes âgées ne puissent pas se faufiler dans les allées, que l’une d’elle me pique ma place en bout de rangée, et que j’y trouve un prétexte pour me replacer plein centre...

Le programme du jour semble pensé pour satisfaire un public d’amateurs, avec une succession de grands pas archi-connus du répertoire ; dommage cependant qu’aucune annonce ni feuille distribuée à l’entrée ne permette de s’en rendre compte. La Belle au Bois Dormant acte III, en entrée, cet « entremet français » comme disait Noureev, avec la toute jeune Laura Bachman en Aurore. Beaucoup de grâce et un sourire éclatant, de la vivacité, mais des faiblesses du côté des arabesques qui ne montent pas et des attitudes mal placées. A ses côtés, Yvon Demol semble seulement marquer sa variation et l’ensemble est assez scolaire, même s’ils sont très mignons tous les deux dans leurs jolis costumes : tutu argenté pour elle, costume crème à fraise pour lui.

On monte d’un cran en maturité artistique avec le pas-de-deux de l’acte II du Lac des Cygnes présenté par Léonore Baulac et Sébastien Bertaud qui ne m’a pas fait grande impression, si ce n’est le plaisir d’entrevoir plus longuement qu’à l’ordinaire ces jeunes danseurs qui se distinguent souvent dans le corps de ballet sans réussir à percer dans la hiérarchie (pour l’instant).

S’ensuit un Corsaire décoiffant dansé par une éblouissante Sae Eun Park, visiblement plus habituée à ce genre de démonstrations que ses collègues de l’Opéra, et Hugo Marchand, à qui sa partenaire semble donner des ailes. Elle tourne, fouette et double-fouette, lorsqu’elle ne plonge pas dans des arabesques à 180° en développant des jambes interminables, tandis qu’il fait plutôt belle figure avec des tours à l’italienne et un manège (un peu trop ?) ample (aïe !) là où il aurait pu facilement se laisser éclipser.
Sae Eun Park

Je ne comprendrai décidément pas l’intérêt de l’Adagietto d’Oscar Araïz que nous proposent ensuite Laure Muret et Karl Paquette, qui m’avait déjà évoqué des poissons lorsque je l’avait découvert à Issy. Tout y passe : le bar, l’huître, la pieuvre, le coquillage, l’hippocampe, l’ourson... mon imagination part à la dérive, bercée par les roulements de la musique de Mahler. 

Roméo et Juliette (version Lavroski), je dis oui ! Dès les premières notes, Prokofiev et ses deux interprètes – Daniel Stokes et Caroline Robert – nous entraînent dans leur passion amoureuse. A peine le temps de s’apercevoir que le premier piétine au sens propre pour caser tous ses pas dans l’espace scénique très réduit ; sa danse généreuse et son beau ballon me font très vite oublier le décor.

Sans entracte, retour du premier couple dans La Sylphide : Laura Bachman campe son personnage avec brio, une coquetterie et une légèreté délicieuse. Elle volette autour de la scène avec beaucoup d’entrain, tandis que son partenaire peine à séduire par son approximation, et se fait même voler la vedette dans les entrechats par sa compagne, plus précise que lui. Leurs costumes semblent une nouvelle fois sortis des réserves de Garnier, celui de la sylphide étant assorti des plumes de paon il me semble caractéristiques de la production Opéra de Paris. 

Fugitif de et avec Sébastien Bertaud, toujours accompagné de Léonore Baulac, m’a quelque peu laissée sur ma faim. La danseuse simplement vêtue d’un justaucorps noir et d’une chemise beige apparaît prise au milieu d’un rond de lumière ; elle est bientôt rejointe par le danseur au costume beige et noir asymétrique qui finit à son tour prisonnier du rond de lumière, dans lequel il tourne comme un lion en cage. Mélange de bonnes idées et de passages moins élégants, le travail du jeune chorégraphe était intéressant, comme celui du danseur : on ne lui souhaite qu’une chose, c’est de continuer de nourrir son travail d’influences extérieures.
Fugitif

Après le Cygne blanc, le Cygne noir, qui présente à peu près les mêmes caractéristiques techniques que le Corsaire : fouettés, tours à l’italienne, diagonale de tours et final grandiose. Sae Eun Park est un vrai feu d’artifice, et si ses tours ne sont pas toujours très propres, peu d’étoiles possèdent ses fouettés, doubles, simples, et en mesure. Hugo Marchand a tout lui aussi pour faire un vrai prince de répertoire : la taille, les lignes, le port de tête dégagé, et beau avec ça, s'il travaille pour il devrait monter rapidement. 

Giselle juste après semble un peu terne, et j’ai surtout un doute sur l’interprète : j’étais si persuadée de voir danser Caroline Robert que je découvre avec surprise qu’il devait s’agir de Laure Muret. Vraiment ? Albrecht – Daniel Stokes, lui au moins c’est certain – qui débarque avec un pull rayé tout droit sorti de chez Etam, c’était en tous cas du jamais vu.

On finit sur une note espagnole avec l’acte III de Don Quichotte, une Caroline Robert (?) qui n’a pas démérité dans la difficile variation des relevés sur pointe et des fouettés, et un Karl Paquette aussi craquant qu’à l’ordinaire, chevelure blonde sur costume noir, une prestance intacte malgré les jeunes talents qui l’entourent.

La série des mini-galas des solistes de l’Opéra de Paris risque de s’arrêter ici pour moi : les théâtres difficiles d’accès en transports en commun, les tarifs élevés (19€ cette fois) pour une visibilité réduite ou lointaine et les programmes inégaux, et surtout peu enthousiasmants dans la mesure où une suite de morceaux de bravoure ne remplacera jamais l’émotion d’un ballet full-length, ne me donnent pas tellement l’envie de continuer ces escapades. Elles n’en sont pas moins intéressantes en général, en permettant au public de découvrir des danseurs qu’on a rarement l’occasion de voir danser en solistes, et aux danseurs de travailler des pas-de-deux qu’ils n’aborderaient pas autrement, pour le meilleur ou pour le pire...

18/01 : le programme est désormais disponible sur le site du théâtre.

4 commentaires:

Elendae a dit…

Merci pour ce compte-rendu ! J'y serais bien allée, ne serait-ce que pour voir danser Sae Eun Park ! La variation du Corsaire, c'était la même que celle donnée au TCE pour le Gala des Etoiles ?

Pink Lady a dit…

C'était le même pas-de-deux, mais j'étais trop mal placée au TCE pour savoir si la chorégraphie était identique. Seule la musique de la variation féminine était différente (ce n'était pas celle qui est aussi utilisée dans La Bayadère), j'imagine que le solo doit être adaptable.

Sinon en effet j'espère revoir cette jeune danseuse rapidement !

Dansea a dit…

L'avantage des petites représentations de ce type c'est qu'on peut découvrir la naissance d'un étoile ou d'un futur professionnel de la danse classique. C'est sûr les niveaux sont variables selon le couple ou le concept mais personnellement je m'attache vite à la personnalité que les danseurs expriment sur la scène.

Pink Lady a dit…

Oui, c'est aussi l'occasion de voir danser en solo des jeunes danseurs trop souvent cachés au fond du corps-de-ballet... 2 ans déjà depuis cette représentation et beaucoup d'entre eux ont désormais gravi les échelons !