30/01/2011

Sadler’s Wells Sampled, a bit of everything

28 & 29/01

On est vendredi soir, il fait froid, et me traîner jusqu’au quartier populaire du Sadler’s Wells tout au nord de Londres est bien la dernière chose dont j’ai envie après une semaine de boulot. 45 min de Tube et un club au poulet plus tard, je change d’avis en pénétrant dans le hall du théâtre surpeuplé et assourdissant. Des gens discutent autour d’un verre de vin en bas, d’autres se déhanchent à l’étage sous les encouragements d’un DJ surexcité. Cet annuel showcase est l’occasion d’élargir le public des amateurs de danse en leur proposant une sélection de courtes pièces classiques, contemporaines ou hip-hop, et en réunissant des compagnies de tous horizons et du meilleur niveau le temps d’une soirée. Ajoutez à cela des places au tarif unique de £10 assis, et des premiers rangs d’orchestre transformés en places debout à £5 (sur le principe des Proms au Royal Albert Hall durant l’été), c’est un succès garanti.

Warming up with Balletboyz

L’art de la file d’attente – to queue – n’est décidément pas un truc anglais ; raison pour laquelle je me retrouve pratiquement le nez sur la scène, au premier rang des places debout, en arrivant à peine 3 min avant l’ouverture de la salle. Les gens s’assoient peu à peu, ceux qui ont des places debout aussi, avant que les ouvreurs ne donnent l’injonction à tout le monde de se relever pour le début du spectacle, 10 min en retard. Ça joue des coudes et des pointes de pied pour trouver un angle de vision correct, pour ma part je m’agrippe à ma rambarde pour éviter de m’en faire déloger.

Balletboyz

Neuf garçons jeunes et beaux, vêtus de larges sarouels bruns serrés aux mollets et de maillots blancs, pieds nus, dansent en groupe, par paires, ou individuellement. La musique lascive de Keaton Henson, les couleurs chaudes des costumes et du rideau de fond, l’attitude relaxée des danseurs contribuent à rendre une ambiance langoureuse. Leur danse est souple, sensuelle, féline, faite de portés et de tombés, de corps qui roulent, s’enroulent et forment des cercles autour de la scène. Ils se rencontrent, se touchent, se soulèvent, puis repartent, en souriant, de leur démarche complètement relâchée. Une danse typiquement masculine, belle et puissante (je me rappelle avoir lu Sylvie Guillem dire un jour que la danse devrait être réservée aux femmes, le corps des hommes n’y étant pas adapté – voilà encore une preuve du contraire), qui donne envie d’y retourner.

American Ballet preview

Changement complet d’univers avec les danseurs de l’American Ballet Theater, venus présenter Tchaicovsky Pas de Deux. J’avais un bon souvenir de l’avoir vu quelques mois plus tôt au gala de l’AROP, mais c’était là l’occasion de le découvrir dans le pur style balanchinien. Manque de chance, j’apprends en arrivant que David Hallberg est resté bloqué à New York à cause du mauvais temps, et que Paloma Herrera dansera donc seule la variation de « La Claque »,  Raymonda Act III. Ce choix me laisse un peu dubitative – pour l’avoir vue à Garnier il y a deux ans, elle ne me semblait pas comporter beaucoup de technique – or c’est bien des exploits techniques qu’on attend dans ce genre d’évènement.

Ce fut le désastre attendu. Après le triomphe des Balletboyz en début de soirée, voir s’avancer une danseuse en tutu rose avec chignon et petite couronne dorée, sur une bande-son affreuse, faisait déjà assez cheveu sur la soupe. Mais une variation faite de piétinés et de gracieux mouvements de poignets, sans grands jetés ni tours fouettés, on ne pouvait pas faire pire. A peine une arabesque, une claque silencieuse, un joli sourire mais un peu tendu, heureusement que le solo est court car la salle n’aurait pas attendu. Des applaudissements polis mais peu nourris, ce n’était pas un grand soir pour la danse classique, même si j’admire le cran de Ms Herrera d’avoir assuré seule le show au pied levé en l’absence de son partenaire.

Une autre représentation est prévue le lendemain soir, et je passe la journée du samedi à essayer de savoir si Mr Hallberg a finalement réussi à décoller de New York. Réponse en milieu d’après-midi, au milieu d’un flot inintelligible d’anglais haut perché au téléphone : « he’s here ! ». Evidemment c’est complet, mais je me dis qu’avec un peu de chance, avec mon billet de la veille... et ça passe comme une lettre à la poste. J’ai profité de la foule, cette fois, donc je n’y vois rien du tout, et je finis perchée sur les escaliers.

David Hallberg

On retrouve une Paloma Herrera beaucoup plus détendue, sans tutu (ouf) cette fois mais sur la même bande-son nasillarde, accompagnée d’un grand danseur blond qui s’avance en scène d’une façon arrogante, et semble défier la salle de trouver du ridicule à sa prestation. C’est moins propre et plus déluré que ce que j’ai vu à Paris : des mains sur les hanches impertinentes, plus de prise de risque dans les déboulés – moins dans les portés « poisson » à la fin – des lignes moins pures avec des ports de bras relâchés, je comprends mieux qu’ils reprochent à nos danseurs parisiens d’être trop sages en dansant du Balanchine. La salle frémit au premier grand jeté fixé en l’air, malgré un manège qui tourne un peu court à mon goût les pirouettes achèvent de l’emporter,  et cette fois le public est enthousiaste.

MadFaun vs. shapely Nymph

Une vidéo du musical Shoes sert d’intermède, avant le troisième ballet de la soirée. Retour au contemporain avec Faun de Sidi Larbi Cherkaoui. Le faune en question (James O'Hara) est un petit danseur blond aux airs de chiot apeuré, qui tourne autour de lui-même comme un fou, seul dans son sous-bois. La musique de Debussy laisse place à un chant grégorien et apparaît la Nymphe (Daisy Phillips), une belle danseuse aux formes généreuses, pour une fois, qui se déplace en scène avec la souplesse d’une bête sauvage. Retour de Debussy, retour du faune : les deux animaux se cherchent, effrayés ; la nymphe inquiète reste en équilibre sur une attitude, ses doigts agissant comme des antennes pour sentir le danger.

Les phases musicales et les tons lumineux évoquent le cours des saisons : après le printemps, l’été, voilà que les deux êtres s’accouplent. Les corps se fondent l’un dans l’autre, roulent ensemble. Automne, musique synthétique, les ébats deviennent agressifs ; puis enfin apaisés par Debussy, l’hiver, la scène est baignée d’une lumière blanche, la nymphe et son faune s’enlacent tendrement. Les rôles sont inversés, avec les physiques atypiques, la nymphe est plus maternelle que réellement conquise. Le ballet est prenant et remporte un succès mérité (vidéo intégrale ici).

Faun de Sidi Larbi Cherkaoui

Un coup d’œil au programme subtilisé au comptoir de snacks en arrivant : la deuxième partie de soirée prévoit un ballet contemporain de James Wilton (gagnant du Global Dance Contest 2010), The Shortest Day, et Some Like It Hip Hop de la compagnie ZooNation. Ma paresse fin-de-semaine et mon manque d’intérêt pour les questionnements angoissés sur la fin du monde un vendredi soir ont raison de moi, même si j’aurais vu le hip-hop avec plaisir, et je déserte à l’entracte...

23/01/2011

In Conversation with the Young Choreographers

07/12, Clore Studio Upstairs

Alors que les Danseurs Chorégraphes de l’Opéra de Paris présentent leurs créations, retour sur une rencontre avec les jeunes chorégraphes du Royal Ballet qui s’est tenue le mois dernier à Covent Garden. J’y suis allée davantage par monomanie curiosité que par affection pour la danse contemporaine, n’ayant pas vu leurs ballets, mais la séance s’est comme d’habitude avérée très intéressante.

Le Clore Studio Upstairs est moins rempli que d’habitude ce soir de décembre, la moyenne d’âge toujours très élevée. 4 chaises face au public, où s’installent bientôt les trois danseurs et  Kevin O’Hare, Administrative Director du Royal Ballet. Cet ex-danseur Principal mène l’entretien d’une façon très détendue, leur laissant tout le temps de s’exprimer. Derrière eux, un écran sur lequel le régisseur projette des vidéos de danse en très bonne qualité, un genre de youtube géant.

La salle s’assombrit et nous découvrons en guise d’introduction des extraits des œuvres de chacun des jeunes chorégraphes.

Training & choreographic background

Attention, références nécessaires : que tous ceux qui n’ont pas lu Les Enfants du Jeudi de Rummer Godden, touchant récit du parcours d’un jeune danseur à la Royal Ballet School dans les années 80, s’empressent d’y remédier. Vous y apprendrez que l’école d u Royal Ballet est en fait divisée en deux, la Lower School, située à White Lodge, au  cœur de Richmond Park, et la Upper School, désormais installée dans le bâtiment à côté du Royal Opera House et reliée à celui-ci par le Bridge of Aspiration (so romantic). Deux des trois danseurs-chorégraphes interviewés ce soir sont passés par White Lodge, tandis que Kristen McNally est entrée directement à la Upper School.

D’où une différence de formation : tous les ans, un concours de chorégraphie est organisé entre les enfants de la Lower School pour leur permettre d’exprimer leur imagination et peut-être des talents naissants (les lecteurs du roman cité se souviendront de la veine chorégraphique de la petite Ruth). Il en est largement question ici, et Liam Scarlett qui y a pris part nous en explique les ressorts : les élèves choisissent d’y participer ou pas et sont libres de tout organiser. Des costumes au dossier de présentation (qui fait l’objet d’une compétition tacite), ils doivent monter le spectacle en entier ; une responsabilité importante pour des enfants aussi jeunes, mais un « travail de brouillon » indéniablement utile pour la suite, et chacun s’accorde à dire que c’est une excellente idée.

White Lodge

Lors de leur dernière année d’école, il me semble qu’ils ont cette fois une composition chorégraphique imposée, puis ils sont de nouveau très encouragés à chorégraphier lorsqu’ils sont dans la compagnie. Kristen McNally avoue avoir trouvé difficile d’y résister, d’autant qu’elle avait fait beaucoup de « misdancing », un peu de tout, avant d’entrer à l’école, et donc bénéficié de nombreuses influences dont ses chorégraphies se ressentent.

Questions / Answers

(Bon, je sais que vous savez qu’ils parlent anglais, mais peut-être pas tout le monde ici, alors je retranscris la conversation en VF pour que ce soit accessible à tous.)

Q.- Quelle est votre inspiration pour commencer à chorégraphier ?
Liam Scarlett : La musique, évidemment. Je suis un chorégraphe très musical et la musique est un bon point de départ. Les individus, les personnalités sont importants aussi.
Kristen McNally : J’ai aussi été inspirée par le discours d’Obama « Yes we can ». Ce discours agissait comme une musique car il avait un rythme, et j’ai voulu souligner le pouvoir des mots.
(Le résultat, Yes we did, ne me convainc guère : les danseurs miment les paroles la main sur le cœur, alignés en avant-scène. La musique compte trop pour moi – ceci dit, l’un de mes rêves étant de chorégraphier Ruy Blas ©, je retiens l’idée...)
Samantha Raine : Un compositeur a créé pour moi une musique avec les intentions que je lui ai décrites, or le résultat n’était pas du tout ce que j’attendais. Travailler dessus fut un vrai défi...
Au sujet du lien entre musique et danse, Kevin O’Hare évoque Alice's Adventures in Wonderland, dont la première mondiale aura lieu le 28/02 prochain lors d’une soirée de gala (c’est l’évènement de la saison, le premier ballet en 3 actes créé ici sur une musique originale depuis 20 ans) : le chorégraphe ne récupérant la partition qu’à la dernière minute, il est obligé de créer la chorégraphie en temps réel, au fur et à mesure, et sans connaître la suite.

D’ailleurs, comment réagiriez-vous si on vous passait commande d’un ballet en 3 actes ?
Liam : Je ne suis pas fou !
Kristen : Il y a déjà beaucoup de conventions, ce serait difficile de faire quelque chose de nouveau.
Samantha : Le problème avec un ballet full-length est qu’il faut avoir un fil conducteur, créer des personnages et évoquer des émotions pour établir une connexion avec le public. C’est très difficile.
 
 Q. - Comment travaillez-vous ?
Kristen : J’ai la chance inestimable d’avoir un mentor, qui me sert à la fois de confident et d’œil neuf sur mon travail.
Liam : Oui, d’ailleurs on a aussi besoin d’eux pour les œuvres déjà écrites, car ils ne nous transmettent pas seulement les pas mais aussi ce que le chorégraphe a voulu dire.
Kristen : Au départ, je voulais absolument innover, créer de nouveau pas – puis j’ai compris que c’était trop difficile ! Mais je crée souvent sur moi lorsque je commence à chorégraphier.
Liam : Pour ma part, je ne peux pas faire ça, j’aime travailler avec les danseurs. Un jour j’ai participé à une compétition où ça a été très dur car je ne connaissais pas les danseurs, et ils étaient 70 ! Mais finalement ça a été très bénéfique pour moi de travailler avec des personnes différentes.
Samantha : Mon travail est très différent aujourd’hui de ce que c’était lorsque j’étais à l’école. A White Lodge, je devais tout préparer avant, car nous n’avions pas le temps de créer avec les danseurs ; alors qu’aujourd’hui il y a une interaction, et avoir un fil conducteur est suffisant.
 
 Q. - Qu’est-ce que vous apportent vos partenaires ? Liam, par exemple, tu choisis toujours les mêmes danseurs ; pourquoi ?
Liam : Parce qu’ils accentuent la fluidité de ma chorégraphie. Ils ont le même sens de la musicalité que moi et me comprennent. La confiance est très importante : à force de travailler ensemble, les danseurs anticipent ce que je veux, et chacun termine la phrase de l’autre. J’ai eu la même expérience avec Wayne Mc Gregor (chorégraphe résident du Royal Ballet, décidément d’actualité).
Kevin O’Hare : Tes ballets sont très classiques. (Il projette un extrait de Of Mozart, créé pour la Royal Ballet School, et qui me fait un peu penser à Péchés de Jeunesse.) Te considères-tu comme un chorégraphe plutôt classique ?
Liam : Je ne pense pas qu’on puisse faire des catégories, et mettre tout le monde dans des boîtes. Je ne sais pas à l’avance dans quel style je vais chorégraphier, c’est un mélange d’influences.
 
 Q. – Comment créez-vous vos designs ?
Kristen : Je suis une grande fan de Marc Jacob. Un jour je lui ai écrit pour lui demander conseil, et en retour j’ai reçu une boîte pleine de vêtements. Je ne m’attendais même pas à recevoir une réponse, j’ai été très surprise !
(Je dois préciser que de la part de cette jeune femme extravertie et habillée façon haute couture – combinaison flottante, veste avec épaulettes en fourrure, chignon haut – une telle révélation ne m’étonne pas...)
Liam : Je crée moi-même les costumes de certaines de mes chorégraphies, par exemple Asphodel Meadows.
 
 Q. – A votre avis, pourquoi y a-t-il plus de chorégraphes hommes que femmes ?
Kristen : Mais parce que les filles ont le corps de ballet et n’ont tout simplement pas le temps de chorégraphier, contrairement aux garçons !
 
 Q- Comment vous sentez-vous lorsque vous voyez vos ballets en scène ?
Unanimes : Anxieux !
 
 Q.- Pensez-vous au public lorsque vous chorégraphiez ?
Unanimes, encore : Non ! (rires)
Liam : Je suis très égoïste. Mais je préfère laisser aux danseurs la liberté d’interpréter, et cette même liberté revient au public. Chorégraphier est avant tout un super moyen d’expression personnelle, et c’est à vous, c’est votre bébé.
Kristen : Je chorégraphie d’abord pour moi. Mais j’ai été effrayée le jour où j’ai pris conscience que je représentais quand même le Royal Opera House !
(Les créations de Liam Scarlett et Kristen McNally ont été présentées lors des soirées New Works au Linbury Studio, qui équivalent aux spectacles Danseurs chorégraphes parisiens ; il me semble que ce n’est pas (encore) le cas pour Samantha Raine.)
 
Q. - Avez-vous déjà dansé vos propres ballets ?
Kristen : Non. Seulement au début, lorsque je commence à chorégraphier sur moi-même, mais jamais en scène.
Liam : Je l’ai fait une fois, mais c’était horrible, plus jamais ça ! Je me suis retrouvé dans une situation où il manquait un danseur. On m’a dit que comme je connaissais ma chorégraphie, je pouvais bien danser moi-même ! Et à un moment sur scène, lorsque j’étais tout essoufflé, ma partenaire qui était dos au public m’a dit : « It’s very hard, isn’t it ? »
 
Questions from the audience

Q.- Ecrivez-vous l’histoire avant la chorégraphie, ou le contraire ?
Kristen : L’histoire vient avant, et elle sert de structure à la chorégraphie.
 
Q.- Travaillez-vous avec un notateur ou devez-vous vous souvenir de tous les pas ?
Kristen : Je mémorise tout.
Liam : J’ai de la chance car je me suis trouvé un notateur, mais je pense que son travail est terriblement difficile et frustrant, car quand je crée la chorégraphie change tout le temps !
(Notez que la question n’a rien d’étrange ici, où la plupart des répétiteurs semblent travailler avec la notation Benesh ; d’ailleurs compte-rendu à suivre sur le sujet – comprenez d’ici 6 mois...)
 
Q. - Aimeriez-vous chorégraphier pour un film, par exemple l’auriez-vous fait pour Black Swan ?
Kristen : J’ai bien aimé le propos du film, car c’est vrai que la danse vous met tout de même un peu l’esprit en désordre ! Ensuite, ce serait vraiment différent de chorégraphier pour un film, mais je crois que je n’aimerais pas du tout. Pour moi danser est un art de l’instant, et je déteste l’idée de pouvoir revenir en arrière et le refaire. Ce que j’aime par-dessus tout est le moment d’être en scène.
Samantha : Entièrement d’accord.
 
La conversation se termine sur d’autres sujets d’actualité, dont la polémique suscitée par la conclusion du livre de Jennifer Homans sur l’histoire du ballet (résumé ici) et la projection d’autres extraits chorégraphiques dont je n’ai malheureusement pas retrouvé la trace sur youtube.
 
Œuvres
K. McNally : Yes we did ; Don’t Hate the Player, Hate the Game
S. Raine : Coincide and Collide ; Dawn of Youth
L. Scarlett : Monochromatic ; Allegro de Jeunesse ; Despite et Vayamos al Diablo ; In Good Company ; Of Mozart ; Consolations and Liebestraum ;  Asphodel Meadows

16/01/2011

Chronicles of a Swan Lake run in Paris

J’emprunte mon titre au Petit Rat, et l’art de revenir sur un spectacle deux semaines après la fin de la série à Amélie. En revanche, rédiger un article sur les bancs du Paul Hamlyn Hall à Covent Garden est un truc bien à moi (et c’est le seul moment que j’ai pu trouver dans mon emploi du temps surchargé de balletomane londonienne). Un mocha Starbucks à côté de moi (parce que j’enchaîne les journées de 15h à l’extérieur), une barquette de framboises discount Mark & Spencer (ahh, les soldes alimentaires chez M&S en fin de journée), me voilà parée pour arriver jusqu’au bout avant le début du spectacle.

Retour sur 15 jours de Lac parisien, de queues Pass Jeune qui n’ont jamais marché, de changements de distribution aléatoires et de rencontres en tous genres. La saison continue, la production que j’attends le plus n’est pas encore arrivée, en attendant je patiente à Londres entre la Giselle du Royal Ballet, le Romeo & Juliet de l’English National Ballet et la Cinderella de Bourne au Sadler’s Wells. Non, je ne programme pas mes vacances en fonction du planning de l’Opéra (c’est en tous cas ce que j’essaie de faire croire à mes proches). Celles-ci en ont par chance été bien remplies.

18/12 matinée – Ganio / Pujol, very beginnings

Mon premier Lac à l’Opéra de Paris. Et je n’ai pas été déçue. De retrouver cette compagnie, d’abord. Ces lignes élégantes, cette propreté, et ce corps de ballet masculin caractéristique de l’empreinte Noureev.  Placée au 1er balcon, malgré mon enracinement habituel aux parterres, je peux découvrir ce ballet comme il se doit, seule la vue d’en haut permettant d’apprécier les figures géométriques et les alignements parfaits du corps de ballet. Les décors et costumes simples et épurés mettent la danse en valeur, l’entrée des cygnes est à pleurer, la musique aussi parfois – mais de dépit seulement.

Laetitia Pujol, que je découvre presque, me fait une belle impression, avec des bras très travaillés, délicats et ondulants, un bas de jambe rapide et précis. Son manque d’extensions me gêne toutefois, surtout dans sa variation de l’acte II. Mathieu Ganio c’est l’école française, élégance et propreté (malgré une réception de tours hasardeuse), et de beaux grands jetés. Benjamin Pech en précepteur n’est pas spécialement ambigu dans sa relation avec le prince, pas d’exploits techniques non plus, mais le rôle lui convient dans l’ensemble.

Les danses folkloriques offrent le plaisir de voir les nouvelles têtes issues de l’école de Danse. Myriam Ould-Braham est délicieuse dans la napolitaine, toute de douceur, complice avec son partenaire, et quels jolis pieds. J’aurais tant aimé la voir dans le Pas-de-trois, à la place d’une Mélanie Hurel (le 29) que je trouve toujours un peu brutale. Belle surprise avec Stéphane Phavorin, que je vois pour la première fois dans du classique pur (si on exclut la toute première fois que je suis venue à l’Opéra), très à la hauteur dans le Pas-de-trois et totalement investi dans la danse espagnole (il pourrait rivaliser avec le torero préféré de Mimy). Les chevaliers de l’acte I semblables à des vautours annoncent déjà les volatiles des actes rêvés.

Un coup d’œil à l’entracte à ma place de galerie pour le soir me dissuade d’y retourner. Le ballet est long, et ce n’est que le début de la série. Par acquis de conscience, je tente quand même la queue pour les Pass – en vain, mais ça aura tout de même été l’occasion de feuilleter le programme, d’admirer les flous artistiques (on a toujours peur d’effrayer les gens en montrant des tutus) et les photos de répétitions beaucoup plus intéressantes. Avez-vous noté que Tchaïkovski a composé le Lac sous l’influence de la  Sylvia de Delibes ? ça me laisse perplexe. (Au passage, je suis à la recherche de l’article « Un Lac freudien » de René Sirvin, si quelqu’un a le programme de la dernière série...)


19/12 - 3B, triple bill

Le Pass Jeune qui revient à lui, la nouvelle cible de Palpatine (recroisée le 31 d’ailleurs), Le Riche égal à lui-même en Apollon, même commentaire pour Marie-Agnès Gillot en Terpischore, Jérémiiiiie Bélingard (il dansait quoi déjà ?), le Sacre qui enthousiasme tout le monde – sauf moi (la folie des foules, la violence machiste ? trop proche de la réalité), hors sujet.

21/12 - An evening with Lopatkina and friends (look here)


23/12 - Mozart l’Opéra Rock (& Salieri). No comment

26/12 - Bullion / Cozette, definitely inevitable

Il est 14h28, 100 personnes font encore la queue à la billetterie, affectant des moues sceptiques face à l’ouvreuse qui s’échine à leur répéter qu’il n’y aura « sans doute » plus de retours de places (le « sans doute » était vraiment de trop). Une vieille dame en manteau de fourrure prend un air offensé quand je lui propose une place à 34€ (suis sûre qu’elle me l’aurait achetée si j’avais triplé le prix), une autre revend sa place, ayant appris qui remplaçait Marie-Agnès Gillot (moi aussi, Amélie était en vacances mais on est tous linkés sur Dansomanie non ?). Mon strapontin est un numéro d’équilibriste, je tente de ne pas atterrir sur mon voisin (on entend par intermittence quelques BOUMS venus du parterre), et aussi d’oublier QUI danse – facile au premier acte.

Emilie Cozette m’a laissée une impression d'ennui dès la première fois que je l’ai vue, dans un extrait de Raymonda, qui n’a pas été gommée par le fait de la revoir 6 mois plus tard dans le rôle intégral. Je m’étais inquiétée à l’époque de savoir si j’aimais vraiment la danse, mais je me suis encore plus inquiétée, en découvrant peu après l’existence des forums, de la méchanceté gratuite et de la malhonnêteté des critiques à son encontre. C’est une excellente danseuse, belle et touchante en répétitions (cf. le film La Danse), elle n’a simplement pas la grâce d’une étoile. Ce premier jour, j’étais pourtant curieuse de voir ce qu’elle donnerait.

Eh bien elle a ses qualités et ses défauts. Son entrée n’est pas très réussie, je ne m’explique pas ce choix d’arriver bras couronne puis de les ouvrir à la seconde, ça fait trop « je m’impose » et trop peu cygne, puis elle brasse l’air avec, peine à exprimer la tristesse à l’acte IV, et les jette plutôt que de les habiter. Ses solos sont ennuyeux, dépourvus des instants de grâce qu’on attend de la danseuse qui interprète la princesse cygne, ses piétinés ne la font pas tellement flotter. Son cygne noir est bien meilleur, malgré un manque de fluidité dans sa variation, des fouettés très réussis et un beau jeu d’actrice.

Stéphane Bullion – c’était quand même sa prise de rôle – au contraire ne brille pas par son jeu, que je trouve peu lisible, beaucoup trop intérieur, surtout dans la deuxième partie. Il est pourtant bien présent, et très attentif par exemple à sa relation avec son précepteur, qu’il ne perd pas des yeux. De belles variations avec des sauts puissants, malgré quelques maladresses. Il n’a pas de chance avec les fumigènes, qui ne marchent pas du tout à la fin. Karl Paquette nous offre pour sa part une variation sans défaut apparent et un jeu irréprochable (amusant clin d’œil entendu à Odile avant d’entraîner le prince en avant-scène pour le faire se parjurer).

Les solistes du Pas-de-trois se distinguent, entre un Fabien Révillon que l’on n’attendait pas et qui irradie la joie de danser, tout en légèreté, une Sara Kora Dayanova qui ne perd rien de son moelleux et une Sabrina Mallem toujours à fond (qui se remarque aussi parmi les quatre grands cygnes). Audric Bezard et Florian Magnenet forment un beau duo dans la danse espagnole, et oui j’admets la supériorité de l’investissement du premier, même si je trouve beaucoup de prestance au second.

Les quatre petits cygnes remportent chaque soir un franc succès mais font aussi beaucoup rire. Je tire mon chapeau au chorégraphe qui aura le courage de renouveler ce passage ridicule et désuet. Eléonore Guerineau s’y distingue avec un travail de bas de jambe magnifique, une batterie très nette mise en valeur par des pieds superbes. Beaux jetés et vélocité aussi dans la napolitaine. Elle danse grand, à l’image d’Hugo Vigliotti, dont la générosité et le bonheur de danser font plaisir à voir dans le corps de ballet masculin.

Quand on pense que de tels artistes ne montent pas pour des questions de physique. Les compagnies anglaises ne font pas tant de chichis avec leurs danseurs, et malgré mon habitude de voir des rangées de sosies, c’est bien ce que me choque le moins ici (et je ne vous raconte pas la surprise de voir des couleurs de peau différentes) – beaucoup moins que de ne pas retrouver la propreté, le travail de bas de jambe voire les cous-de-pieds labellisés Opéra (que ces deux-là maîtrisent parfaitement).

Karl Paquette, Emilie Cozette, Stéphane Bullion

27/12 – Martinez / Cozette and Bullion (needless to translate)

Parking des Pass Jeunes. Déjà 5 personnes devant moi quand j’arrive, 1h avant, et qui y croient en plus (de toutes façons pour venir ce soir-là ça ne risquait pas d’être des habitués danse). Je retrouve une connaissance, on entame aussitôt une séance « mémoires de guerre ». Nous partageons des souvenirs émus de Ken (mais oui, le japonais qui était rivé au banc des Pass l’an dernier), le jour mythique où celui-ci s’est ouvert le genou pour ne pas manquer le lever de rideau et admirer sa belle Emilie, à (la blondeur de) laquelle il vouait un amour éperdu. On enchaîne sur l’absence de politique marketing de l’Opéra ; un petit nouveau se joint à la conversation, et nous nous faisons un plaisir de lui faire découvrir les subtilités de la file d'attente maison – en voilà un qui n’a pas manqué sa soirée, même s’il n’a pas eu ce qu’il venait chercher.

Revoir une danseuse qu’on n’apprécie pas particulièrement un deuxième jour de suite relève du masochisme, soit. N’empêche que beaucoup de gens ont l’air de penser qu’elle ne s’est pas si mal emparée du rôle depuis le début de la série (une vraie rafle, la moitié des représentations ; quand on pense que sur 17 Premières danseuses et Étoiles potentielles, seules 4 ont dansé le rôle, ils ne prennent pas beaucoup de risques !) et je me dis que j’ai peut-être manqué quelque chose la veille. J’étrennais aussi mes premières jumelles, et je n’étais pas vraiment rentrée dedans. Et puis le dernier Lac de José Martinez... à 19h26, je décide de garder ma place.

Mardi, j’avais vu le prince de José Martinez troublé, absent. Ce soir, je le trouve plutôt agacé par son précepteur omniprésent, qui ne le lâche pas, le réveille, lui interdit de danser et le surveille, non sans une certaine fierté. Stéphane Bullion fait merveille en précepteur, son jeu y est beaucoup plus adapté. On se demande ce qu’il pense lorsqu’on sourire fugace passe sur son visage lors du couronnement, ou quand il vient prendre la couronne entre ses mains une fois le prince sorti : est-il moqueur, jaloux, ou content que ce pouvoir lui appartienne ?

Son personnage est tellement oppressant que je me demande si le prince ne va pas finir par se révolter. Et le miracle survient lors de la  variation lente de Siegfried : sa rêverie le libère. José Martinez, un air doux sur le visage, a le don de rendre un cheminement intérieur compréhensible à toute la salle. Son expressivité est assez bouleversante, également lorsqu’il se découvre dupé. Lui qui ne m’a jamais touchée depuis le temps que je le regarde en vidéo m’a attendrie ce soir. Et toujours cette technique précise, ces équilibres et ces jetés allongés. Lorsqu’il aperçoit le cygne de loin, s’attend-t-il comme moi à voir Agnès Letestu entrer en scène ? Il n’y aura pas de surprise de ce côté.

Stéphane Bullion, Emilie Cozette, José Martinez


29/12 - Heymann / Pujol, last cast but not least

LA distribution que j’attendais, et à laquelle j’avais convié ma famille (OK, étant donné le décalage entre les dates de réservation des billets et l’affichage des distributions, aucun rapport en réalité – n’empêche qu’ils sont chanceux, à chaque fois je les traîne à l’Opéra ils voient Heymann : Heymann en Colas, Heymann en Albrecht, Heymann en Solor, Heymann en Siegfried... ils l’avaient même vu en Baptiste). Je venais donc pour... Mathias Heymann, et je me suis pourtant attendue jusqu’à la dernière minute qu’on annonce son remplacement par Ganio, allez savoir pourquoi.

On a dit le pire de sa performance ce soir-là. Bon, Mathias Heymann qui loupe un double assemblée alors qu’il en a passé toute une série sans problème l’an dernier, c’est assez... inusuel. N’empêche que ça restait du Heymann : un ballon extraordinaire, une technique brillante, une souplesse qui lie irrésistiblement chacun de ses mouvements. Le solo de l’acte I fut mené avec de belles arabesques et un équilibre parfait, celui de l’acte II avec une superbe batterie et une belle élévation (où l’on retrouve Albrecht) (oui, je suis en plein dedans cette semaine, et je repense chaque soir à la série d’entrechats qu’il nous a offerte l’an dernier, surtout en voyant Sergei Polunin , son alter ego londonien) (comme dirait Amélie, je suis une groupie, je suis faible, et je l’assume).

Son jeu n’est pas non plus sans intérêt : si son désespoir lorsqu’il se découvre trahi n’est pas très convaincant – on voudrait qu’ils se lâchent tous un peu plus sur le jeu – sa façon de tourner sur lui-même, comme étourdi par les fouettés du cygne noir, n’est pas inintéressante. Son prince est beaucoup moins torturé que les autres, plutôt joyeux et insouciant, et ne se trouble que lorsque la reine lui présente des jeunes filles à marier. On se demande pourquoi une jeune étoile comme lui n’a pas l’opportunité de mûrir ses rôles en scène.

En face de lui, Laetitia Pujol est une Odette très féminine, et pourtant très distante de Siegfried. Point de complicité possible entre eux, pas même vraiment d’amour, et aucun regard direct : c’est bien l’illusion de la femme que Siegfried aime, inatteignable et éthérée. Dans la version Noureev, je trouve ce parti-pris très crédible. J’aime aussi la diagonale de piqués en seconde arabesque, lorsque le cygne noir fond sur Siegfried après l’avoir ensorcelé avec ses fouettés. (Et au passage, suis-je la seule à ne pas les compter ? J’avoue que tant que la danseuse ne s’arrête pas de tourner avant la fin de la musique, ça ne m’importe pas du tout.)

Invité de dernière minute, Yann Saïz remplace Pech en Rothbart. C’est la surprise de la soirée. D’abord par le jeu : un précepteur ami, confident du prince ? Moins hiératique et beaucoup plus amical que les autres, l’exact opposé de Bullion, il offre une interprétation inattendue et en concordance avec celle du prince. Il n’en est pas moins décidé pour autant, et il faut voir la violence avec laquelle il rejette Siegfried lors du final, qui fait sursauter toute la salle. Sa variation lors du bal, sur une musique déjà étrange et différente, est pleine d’ambiguïté : sa danse douce et enivrante, avec de très beaux bras sensuels, jette le trouble.

Seul bémol de la soirée, je suis loin, très loin de la scène (cette salle est immense). De nombreuses places vides au parterre me poussent à tenter ma chance à l’entracte, mais je me fait jeter avec un regard dégoûté. Condamnée à compter les fauteuils vides du haut de mon perchoir. C’est toujours un peu doux et amer, une soirée à l’Opéra.

Yann Saïz, Laetitia Pujol, Mathias Heymann

31/12 : Bullion / Cozette & The Petit Rat

Pendue au téléphone pendant 2 jours pour essayer de récupérer des retours de place, j’ai fini par m’entendre dire le matin-même qu’il y avait eu trois retours... de 5ème catégorie. Comprendre : au guichet. N’étant pas Parisienne, la course a été perdante, et me voilà donc contrainte aux 5h de queue réglementaire entre un prof de maths très sympathique (qui fait la queue pour sa famille) et une dame au chapeau à l’accent étranger  (elle parlait tellement bien français que je n’ai pas osé lui demander son pays d’origine – oui, moi ça me vexe terriblement qu’on m’assène « oh you’re French ! » à chaque fois que j’ouvre la bouche ici), ce qui rend l’attente agréable. Le hall est plein de courants d’air, mais arrivés les premiers on a eu droit à la moquette, alors on ne va pas se plaindre.

Le Petit Rat me rejoint après un dernier jour de l’an épique, et à 18h45 on décroche deux places de 5ème catégorie en fond de parterre (dites-moi que ce ne sont pas les mêmes qu’on n’a pas voulu me vendre au téléphone 6h plus tôt). Je n’aurais jamais cru pouvoir me trouver en meilleure compagnie que l’an dernier à la même date, mais malgré ma place moins bien située et 3x plus chère, c’est chose faite. C’est soirée de gala, donc surtaxé à cause du cocktail (les gens de la queue hésitaient à demander une ristourne en prenant juste la place, pas le cocktail) Ont-il vraiment vendu les places debout à 25€ ? Le mystère reste entier.

On s’installe, et les ouvreuses n’ayant pas assez de feuillets de distributions, le Petit Rat l’emprunte à nos voisins. La voyant rigoler en me regardant après un coup d’œil à la fiche, je pressens le pire. MAG a déclaré forfait une fois de plus, l’héroïne de la série Emilie Cozette assure le remplacement. L’Opéra ne s’est pas fendu d’un communiqué, est visiblement en guerre avec son service internet, et vu la pénurie de feuillets, certains ont dû s’en rendre compte sur le tard. Beaucoup de touristes apparemment, et des applaudissements peu nourris.

Le Pas-de-trois réunit Charline Giezendanner (pas annoncée mais bienvenue), dont j’aime la fraîcheur et la précision,  Eve Grinsztajn, belle batterie, et Christophe Duquenne, belle batterie lui aussi dans les cabrioles (?) finales et de beaux sauts écart en remontant, en revanche son costume marron me dérange : il le tasse et ne s’accorde pas avec les tons roses de ses partenaires. Vanessa Legassy devait interpréter la reine : elle a les traits pour et incarne ce rôle à merveille, notamment lorsque Rothbart lui vole la vedette, son air outré n’a rien de la douceur de Béatrice Martel, qui la remplace ce soir.

Le solo du prince clôt agréablement le premier acte, le problème est qu’à ce moment le public est fatigué d’attendre les cygnes donc s’en fiche, et c’est le bazar à chaque fois : bavardages, sachets de bonbons... Je teste pour la première fois ce soir le côté jardin, qui n’arrange pas vraiment les choses : on ne voit pas par exemple cette magnifique diagonale de l’acte II, lorsque les cygnes penchés en avant figurent les vagues avec leurs bras. Je profite du Pas-de-deux pour vanter mes nouvelles jumelles au Petit Rat (il faut dire que  S. Bullion est un argument de vente efficace).

Entracte. On rentabilise nos places en dévalisant les petits fours (pour ceux que ça intéresse autant que moi, les buffets étaient très fournis surtout en restant plantées devant : mini-sandwich au saumon fumé, tartelettes à la framboise et carrés tout chocolat). Des petites filles dansent dans les couloirs (pas en tutu contrairement au ROH, où j’en ai même vu avec les costumes Disney de Cendrillon), les gens vont voir la fosse d'orchestre, moi je préfère l’oublier. Quand je n’entends pas la musique durant un ballet, c’est plutôt bon signe – et ce soir, j’aurais préféré, parce qu’entre les trompettes dissonantes et le violon solo à la peine... comment peut-on bien danser dessus ? – d’un autre côté, les ballets que j’aime sont en général ceux dont j’adore la musique, un vrai vecteur.

Le final de l’acte IV est toujours aussi réussi. On sent aux premières notes du thème musical de la tempête que les choses s’accélèrent et qu’on approche du dénouement. J’aime beaucoup le porté final, lorsque Odette est emportée par Rothbart. Mais je ne reviendrai pas plus dessus, d’autant que j’ai déjà écrit plus que nécessaire... presque un mois depuis mon dernier compte-rendu, heureusement que twitter m’aide désormais à rester au jour ; dès demain je reprends un rythme (et un nombre de mots) décent, n°1 de mes bonnes résolutions.

J’en profite pour vous souhaiter une bonne année à tous !