19/04/2011

The Word is Dance, Day 5 - The Emerging Dancer Award

Lundi 28 février au soir : je retrouve mes camarades de cours au café du Southbank Centre’s Queen Elizabeth Hall, un grand complexe de salles spectacles situé à Waterloo... un peu loin des stations de métro, ce qui induit une nouvelle bataille avec mon plan de Londres. Le hall est rempli de vieux friends, danseurs et membres de la compagnie venus encourager leurs collègues. La salle de spectacle ressemble plus à une salle de conférence ou de cinéma, avec sa petite scène et ses rangées de fauteuils en velours rouge.

Agréable surprise, nous sommes au 1er rang, plein centre – les places presse, annonce Danielle – avec une visibilité parfaite puisque la scène n’est pas surélevée. Le jury, présidé par Carlos Acosta (pour l’info people, son neveu danse dans la compagnie) a pris un peu plus de recul. Manque de chance, le photographe commis d’office (qui a l’air de mortellement s’ennuyer pendant toute la soirée) choisit de planter sa grande silhouette juste devant moi ; le placement n’en demeure pas moins rêvé.

Le président de la compagnie s’avance sur scène, et après avoir précisé qu’il n’allait pas se mettre à danser, nous fait un petit discours d’introduction pour nous rappeler les modalités de la soirée. Six jeunes danseurs sont élus par les autres membres de la compagnie, personnel administratif compris, avec un ratio différent selon le rapport à l’artistique, pour participer à cette compétition interne qui ne prend lieu que pour la deuxième année consécutive, pour la première fois en public. Ils seront jugés sur deux solos, un imposé et un libre, qu’ils exécuteront après une courte présentation vidéo, dans la lignée du documentaire sur la compagnie diffusé le mois dernier à la BBC.

M. Westwell, V. Muntagirov, K. Ovsyanick, J. Streeter, L. Summerscales, S. Kase

Shiori Kase exécute son solo de Giselle toujours aussi proprement, avec un joli sourire et beaucoup de candeur. Les arabesques sont tenues en équilibre au lieu de descendre sur demi-pointe pour monter la jambe en l’air, les sautillés sur pointe passent sans difficulté apparente, mais la dernière diagonale de tours peine un peu à tenir le rythme.



Le suivant, Vadim Muntagirov, danse comme je l’avais signalé avec une aisance et une virtuosité hors catégorie. Pourtant, les commentaires à son égard ne sont guère chaleureux : de la peur évidente de le voir gagner, lui qui a déjà remporté le National Arward of Outstanding Male Performance cette année, à l’absence de complaisance envers un étranger qui n’a pas fait ses classes dans le corps de ballet, personne ne se cache pour critiquer qui un « sourire satisfait », qui un solo trop court dénotant un manque de générosité. De fait, le pauvre répète dans on interview qu’il veut juste être quelqu’un de bien, tandis que les autres n’hésitent pas à parler de leurs ambitions.
Moi je le trouve juste parfait : l’Albrecht qu’il nous offre est très propre, avec une expression très romantique. Il a déjà dansé le rôle complet et cela se ressent, car il est complètement dedans (peut-être donc trop intériorisé pour certains, mais il y croit en tous cas et moi aussi). Si je devais lui trouver un défaut, ce serait des 5èmes qu’on pourrait rêver plus croisées.

Vadim Muntagirov


Ksenia Ovsyanick, la seule que nous n’ayons pas vu en répétition est la surprise de la soirée : elle participait déjà au concours l’an dernier et semble cette fois décidée à saisir sa chance. Elle campe un Cygne Noir très impressionnant, qu’elle danse sans lâcher le public du regard et avec beaucoup de puissance. Quelques imprécisions cependant, et des sissonnes qui pourraient être mieux placées.

James Streeter
Le suivant, James Streeter est accueilli avec les cris enthousiastes de toute la compagnie. Il est visiblement adoré, et je ne risquerais certainement pas à la critiquer en anglais. Pourtant, sa prestation dans Les Bourgeois ne me convainc guère : outre le jeu sans la moindre nuance – il arrive complètement ivre sur scène, le visage révulsé, et le personnage n’évolue pas alors que la chanson dont je lui avais transmis le texte décrit un jeune homme alerte s’embourgeoisant au fil des couplets – il est peu précis et manque de brio, surtout quand on a en tête la version YouTube. Difficile d’écouter et de voir autre chose, mais je dois être à peu près la seule à m’en apercevoir.

Lauretta Summerscales me surprend à déclarer sans complexe son souhait de devenir Principal dancer dans la vidéo, puis livre une jolie interprétation d’Aurore, avec son physique de jeune première, de la finesse et de la propreté, de grands yeux émerveillés de petite fille dans son tutu rose. Le solo est assez long et offre une coupure agréable quand on aime la technique classique. 



Max Westwell, un grade au-dessus de James, vient à nouveau danser Les Bourgeois (ici). Alors que j’avais trouvé le premier plus pataud en studio, et le deuxième plus porté sur la technique, la scène semble avoir un effet inverse. James semblait s’être avachi, quand Max se redresse et danse noble, avec un air fier qui me rappelle son Tybalt. Seuls les X (help!) ne sont pas plus réussis (on doit s’appeler Daniil Simkin ou Neven Ritmanic pour ça).

Sans intermède, le passage des vidéos leur ayant laissé un peu de temps pour se reprendre, on enchaîne avec les deuxièmes solos.

Shiori présente un Cygne noir moins abouti que Ksenia au niveau du jeu, plus enfantin, parfois très séducteur mais qui se perd un peu en route, et un manège de tours piqués toujours un peu ralentis. Le tutu court met en revanche en valeur de très belles pirouettes attitude.

Vadim est éblouissant dans Flammes de Paris, c’est l’étalage technique attendu, il est tellement supérieur aux autres garçons qu’on se rend compte que ce serait difficile d’en faire gagner un à sa place. 30 secondes de joie pure, et je ne peux m’empêcher de penser à un certain Ivan Vassiliev, au physique complètement différent.


Ksenia fend la scène d’un grand jeté et nous offre un In the middle, Somewhat elevated très athlétique, d’une puissance à couper le souffle, qui réussit à me faire regretter de ne pas avoir vu plus de contemporain ce soir (ce qui était loin d’être donné). Dès cet instant sa victoire m’est acquise, le choix des variations me semble bien plus judicieux que les autres, et sa danse très mature laisse présager du meilleur.

S’ensuit un James qu’on a toutes envie d’épouser. Un sourire d’ange, un kilt écossais craquant, un beau ballon avec des jetés suspendus et une dernière série de petits sauts spécialité Bourmonville dans lesquels il ne démérite pas.



Lauretta passe de la jeune fille en fleur à la sexy Carmen imaginée par Roland Petit (erreur sur le programme), celle-là même que Mathiiiilde avait présenté au concours (Palpatine aurait aimé) en un peu moins audacieuse et sans cette propreté parfaite (Mathiiiiilde, quand même). C’est toujours aussi étrange de voir une Carmen  surgir dans ce grand espace vide, mais derrière son éventail la belle papillonne de ses très beaux yeux, le sourire ravageur. Les six o’clocks finaux mettent en valeur des jambes interminables, dommage que le dernier jeté et les ronds de hanches soient restés si classiques.

Dernier à passer, Max, dans un Don Quichotte qui ne me laisse pas un souvenir mémorable : pas assez brillant pour être aussi court, dépourvu de la flamme espagnole, ceci peut-être dû au costume noir un peu incongru sans les tutus colorés. Dommage aussi que les difficultés techniques lui fassent perdre le personnage.




Pour conclure, une belle brochette de talents ! A l’entracte, dans le salon presse (sans la presse, qui est à la première d’Alice), les pronostics vont bon train. Nous sommes nombreuses à parier sur Ksenia, James a aussi son fan club, Vadim est décidément oublié (même si je l’ai vu danser avec beaucoup de plaisir, je trouve dommage qu’il ait choisi deux morceaux aussi classiques et peu contrastés), mais seule Danielle a eu la bonne intuition.

Anaïs Chalendard dans La Cigarette

De retour dans la salle, je m’aperçois avec satisfaction et avec un brin d’égoïsme que le photographe s’est installé à l’autre bout du rang. La compagnie préparant un revival de Suite en Blanc, c’est la gagnante de l’an dernier, une française, Anaïs Chalendard, qui s’avance et danse la variation de La Cigarette. C’est assez impressionnant de la voir de près, très fluette, trouver l’endurance d’aller jusqu’au bout : la série de petits sauts à la fin d’un solo déjà très long me paraît particulièrement redoutable. De délicats mouvements de poignets, et une belle série d’entrechats, avec le sourire.

Wayne Eagling, le directeur artistique de la compagnie (qui ne paye pas de mine, avec son jogging et un bout de papier chiffonné à la main) vient exprimer son bonheur d’être à la direction de gens si dévoués à leur travail et si élégants (ou intelligents, au choix selon le dictionnaire). La compétition a pour but de permettre aux jeunes de prouver de quoi ils sont capables, en prenant la responsabilités de leur choix, et de gagner en maturité. Ils sont choisis non seulement parce qu’ils sont brillants, mais parce qu’ils représentent l’image que la compagnie veut promouvoir (ça, c’était s’excuser à l’avance de ne pas récompenser Vadim).

Anton Lukovkin, jeune homme blond au sourire timide, reçoit le prix du public (décerné le soir même). Quelques sifflements lorsque le directeur gaffe gentiment sur la raison de son engagement, qui ne serait pas sans lien avec son « corps magnifique ». Puis l’Emerging dancer award est attribué à Shiori Kase, qui a l’air aussi surprise que moi et en perd ses mots – ses choix de variations très techniques ont sans doute payé.

Shiroi Kase dans le Cygne Noir

Les applaudissements sont chaleureux, et il est temps de quitter les lieux pour aller rédiger nos critiques... (une semaine 100% danse, telles qu’elles sont seulement possibles ici, ne me laissera finalement pas un instant de libre pour m’y consacrer).

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