21/04/2011

Romeo and Juliet by Nureyev – Pre-performance talk

14/01

L’English National Ballet présentait en janvier dernier la même version de Roméo et Juliette que celle que l’on peut voir ces jours-ci à l’Opéra de Paris, ayant été la première compagnie pour laquelle Rudolf Noureev créa ce ballet en 1977. Comme il est d’usage à Londres, une conférence d’avant-spectacle (gratuite) était proposée à l’attention de tous ceux qui voudraient en découvrir plus sur l’œuvre. Les critiques anglais assistent parfois à ce genre de conférence, grand bien leur fasse.
La première de la série a eu lieu le mercredi 12 janvier, et le vendredi suivant, 1h avant le spectacle, une vingtaine de spectateurs avisés se glissent parmi les fauteuils d’orchestre encore vides du London Coliseum. La présentation est assurée par Danielle (que je voyais alors pour la première fois), une jeune femme aux longs cheveux roux travaillant au département Learning de l’ENB (les départements Learning des compagnies de ballet anglaises n’emploient que des femmes jeunes et aux longs cheveux roux). Un peu plus loin, des techniciens s’activent sur scène.
 
The Company

L’English National Ballet compte 65 danseurs et un orchestre attitré de 40 musiciens – une chance – qui les accompagne aussi en tournée, et travaillent en free-lance le reste de l’année. Pour cette (grosse) production, 20 acteurs supplémentaires ont été engagés, ainsi que des étudiants de l’English National Ballet School, qui auront donc l’occasion de se retrouver confrontés aux difficultés du style Noureev. La compagnie dispose de locaux à South Kensington, où sont situés les studios et les services administratifs, et à Morden, pour stocker décors et costumes.

 © English National Ballet

Influences

Noureev souhaitait que sa production soit très réaliste, d’où la présence de figurants en train de faire leurs courses dans la scène du marché, et les costumes et décors proches de la Renaissance italienne. Il est intéressant de noter l’ENB utilise encore des costumes datant de la création, en 1977 ! Certains ont été restaurés, d’autres refaits à l’identique. Noureev avait à l’époque fait venir des matériaux de France et d’Italie, toujours dans un souci de réalisme, et il aurait été trop coûteux de s’y prendre de la même façon.
La version Noureev de Roméo et Juliette était une commission faite à l’English National Ballet à l’occasion du Silver Queen Jubilee. Noureev qui s’était illustré dans la version Macmillan voulait sa propre production, qui soit unique. Elle témoigne en fait de différentes influences :
- la danse contemporaine, et notamment celle de Martha Graham, qui se traduit dans l’utilisation du sol, très inusuelle pour un ballet classque.
- le cinéma. Noureev, alors en plein tournage de Valentino, voulait que son ballet ressemble à un film. D’où l’utilisation de nombreuses techniques cinématographiques, comme les noirs, les changements rapides de décors, et la profusion de détails scéniques.
- le texte de Shakespeare. Noureev était un grand lecteur de l’œuvre et le raconte en restant souvent très proche du texte, notamment dans l’acte III (par exemple lorsque Juliette reçoit la visite de la Mort sur son lit).
- le thème de la destinée, et de l’absence de contrôle dessus parcourt tout le ballet. La Mort est représentée par quatre hommes se roulant sur le sol dès l’ouverture du rideau, comme pour se moquer du public : tout le monde connait déjà la fin. La danse de la Roue du Destin, sur l’extrait de la Symphonie Classique, avec les bandeaux sur les yeux, induit que les personnages ont très peu de chance de se tomber l’un sur l’autre. Noureev voulait faire penser au public que toute l’histoire n’est qu’un pur hasard.

© English National Ballet

Characters

Noureev était très démonstratif et a créé le rôle de Roméo pour lui. C’est un ballet très physique.
Mercutio est le bouffon de l’histoire : c’est évident à l’acte II, lorsqu’il tente de diffuser la tension avec Tybalt, et l’affreuse scène de sa mort.
Après la mort de Tybalt, toute l’attention est portée sur Juliette au moment où elle arrive, au lieu de l’être comme d’habitude sur Lady Capulet.
L’Acte III est centré sur le dilemme de Juliette : entre sa loyauté pour sa famille, représentée par la dague et Tybalt (= le suicide), et son amour pour Roméo, représenté par le faux poison et Mercutio. Noureev a rajouté à l’histoire originale la tentation du suicide.
Les deux scènes avec le retour de Mercutio et Tybalt comme fantômes, puis celui de Juliette (déjà endormie par le poison) lors du rêve peuvent parfois troubler le public, pourtant ce sont des scènes clés de l’intrigue.

Stéphane Bullion, Laetitia Pujol et Mathias Heymann

Jenny, danseuse du corps de ballet dans les serviteurs des Capulets et les amies de Juliette, vient apporter son point de vue. Elle nous décrit la tension de la scène du marché : beaucoup d’énergie et beaucoup de contacts, dont les danseurs classiques n’ont pas l’habitude, ainsi que les échanges très drôles entre danseurs en coulisses, Capulets contre Montaigus.
Elle explique qu’il y a une grande différence avec Casse-Noisette, que la troupe vient de danser pendant quatre semaines (au passage, chapeau pour les danseurs, car les quatre semaines de Casse-Noisette en décembre immédiatement suivies des deux semaines de Roméo et Juliette tous les jours, avec peu de danseurs pour organiser des tours, ont dû être un vrai marathon). Casse-Noisette comportait surtout des difficultés pour les filles, tandis que Roméo et Juliette est très dur pour les garçons.
 
Matthew, premier violon de l’orchestre, vient ensuite nous parler de la musique. Prokofiev donne des indices pour évoquer l’amour, mais en changeant les codes entre Cendrillon et Roméo et Juliette. Dans la partition de Roméo et Juliette, il utilise la technique du ponticello, qui consiste à jouer très près du chevalet pour obtenir un son fébrile et romantique. En tant que musicien on ne peut pas se fatiguer de cette musique !
La partition de Prokofiev a été composée en 1934-35, et le premier ballet dessus a été créé en 1938 en Tchécoslovaquie. Lorsque Noureev chorégraphie le sien 30 ans après, en ayant saisi l’émotion originale, c’est selon lui le moment idéal.
 
Danielle reprend la parole pour nous livrer son opinion. Le Roméo et Juliette de Noureev est selon elle la version la plus dramatique de ce ballet. La musique, écrite à dessein (Prokofiev avait la danse en tête) s’y accorde parfaitement. Par exemple, on entend dans la musique le cri que pousse Juliette lors de la scène finale – c’est comme presser un bouton pour vous faire pleurer ! (d’ailleurs je ne sais pas si elle m’a influencée, mais je crois que ça va finir par m’arriver d’ici la fin de la série...) Certaines sections de la musiques sont liées à des personnages particuliers.

Laetitia Pujol et Stéphane Bullion © Rêves impromptus

La conférence s’achève au bout d'une demi-heure sur quelques considérations liées à la taille de la scène. L’English National Ballet vient de présenter ce ballet en tournée dans tout le pays sur de petites scènes, et a eu besoin de le réadapter pour celle du London Coliseum. La scène de Bastille, encore plus grande, a impliqué le même travail pour les répétiteurs (plus de détails dans les articles à venir...)

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