06/03/2011

The Word is Dance, Day 4

26/02

Le samedi suivant, dans les studios de Markova House, l’ambiance est toujours aussi décontractée, malgré la finale de l’Emerging Dancer Arward prévue dans deux jours. Nous assistons à quelques répétitions puis retrouvons les six danseurs dans le petit salon pour leur poser toutes nos questions.

In rehearsal

Lorsque nous arrivons, Vadim Muntagirov achève sa variation d’Albrecht. Ce jeune danseur issu de l’École de Ballet de Perm et passé par la Royal Ballet School, brillant techniquement, ne paraît guère à sa place dans une telle compétition : à seulement 20 ans, il assure  toutes les premières de la compagnie depuis 1 an qu’il l’a rejointe. Qu’importe, c’est un plaisir de le voir répéter : ai-je déjà mentionné que je suis tombée amoureuse de ses pieds la première fois que je l’ai vu ? Son cou-de-pied à faire pâlir d’envie les filles rend tout le travail de petite batterie magnifique. Les cabrioles battues sont fixées en l’air et les pirouettes multiples s’accompagnent d’un port de bras fluide, avec une facilité déconcertante.

Vadim Muntagirov

Max Westwell le remplace et répète Les Bourgeois avec James Streeter, qui le filme sur son Iphone et en discute avec lui après chaque séquence. Aucune rivalité ente eux, malgré le fait qu’il s’apprêtent à présenter le même solo lors de la finale. Étonnamment, Max, qui vient de danser Roméo, me paraît plus maladroit que James, que nous avions vu répéter la semaine dernière sans doute de part sa volonté de forcer le trait dans son interprétation. De près, le moindre détail se remarque : ainsi sa façon de placer sa respiration dans les tours. Je suis toujours aussi surprise de les voir s’interrompre épuisés au milieu d’une variation, marquer, puis reprendre toujours aussi à fond ; en danse il n’y a pas de demi-mesures.

James Streeter

Lauretta Summerscales leur succède. Un physique longiligne, un visage de princesse et de grands yeux qui papillonnent, elle est Aurore lors de sa première entrée. Sa variation très propre offre un contraste charmant avec les joyeux drilles qui la précédaient, et la manière de répéter aussi : les filles vont jusqu’au bout sans s’arrêter et travaillent le jeu plus en finesse, tandis que les garçons semblaient se concentrer sur la performance physique.
Begoña Cao (Principal Dancer) qui passait par hasard s’invite à la répétition et lui prodigue ses conseils. Rien ne lui échappe : une nouvelle marque de pointes, un regard qui s’éparpille, un rond-de-jambe plus haut que nécessaire. C’est passionnant de l’entendre la corriger sur les pas, l’interprétation, la guider et la rassurer aussi, en lui disant de se relaxer, elle-même très sereine.

La jeune fille en fleur se métamorphose bientôt en une Carmen au regard de velours derrière son éventail, avec la même maîtrise technique mais une interprétation qui reste un peu trop classique à mon goût. Là encore, les recommandations fusent : utilise tes épaules pour rendre le mouvement plus sexy, n’hésite pas à cambrer sur le dernier jeté pour ajouter la touche espagnole, et amuse-toi. C'est tout le mal qu'on lui souhaite.

Lauretta Summerscales

Une demi-heure chacun c’est court, le manque de moyens se fait une fois de plus sentir, l’étroitesse du studio aussi (ça ne semble pas du tout les déranger de danser à 3 cm de nous, public). Shiori Kase, à 19 ans la benjamine de la compétition, vient prendre son tour avec la variation de Giselle acte 1. Elle est coachée par l’une de ses anciennes professeures de la Royal Ballet School. Les difficultés ne semblent pas la rebuter, et après la difficile diagonale de sautillés sur pointe et de tours piqués, elle enchaîne sur le Cygne Noir et son manège tout aussi redoutable. C’est proprement exécuté, même si cela manque à mon goût de brio (les tours donnent l’impression de ralentir à la fin). Chapeau cependant pour le courage et la prise de risque, qui se révèlent payants.

Sur un signe de Danielle, nous quittons discrètement le studio pour retourner dans la green room. Feedback sur la conférence de jeudi d’abord : Donald n’est pas convaincu par Twitter (savoir ce que les danseurs mangent à midi ne l’intéresse pas), et a été aussi surpris que moi lorsque Luke Jennings a déclaré ne pas se considérer comme un avocat de la danse.

En attendant que les danseurs nous rejoignent, on passe en revue les consignes pour lundi : une critique de 400 mots, pas nécessairement positive, la meilleure étant destinée au site internet de la compagnie. Il nous fait part de sa conviction qu’il y a autant d’art à écrire qu’à danser (ah). Nous avons droit à un nouveau schéma explicatif sur cette comparaison, le texte écrit remplaçant le travail de répétition, l’interprétation de l’écrivain celle de l’artiste, et la réception par les lecteurs celle du public.
 
In conversation

Q. – A quoi pensez-vous lorsque vous dansez ?
Max : Ça dépend. S’il y a un passage technique difficile, vous allez d’abord penser à ça, puis revenir au personnage.
James : C’est plus facile avec un public parce qu’il y a de l’interaction.
Lauretta : Oui, pour Carmen en particulier j’aurais aimé avoir des personnes autour de moi. C’est difficile d’être seule en scène.

Q. – Travaillez-vous sur le personnage avec un coach ?
Max : Oui.
James : Vous devez penser à ce à quoi le personnage pense. Quand quelqu’un vous aide, ce n’est pas pour vous faire travailler les expressions du visage, mais pour vous donner des conseils sur vos épaules, vos bras...
Ksenia : En Russie ils vont vraiment sur tous les détails, dont l’expression et les contacts visuels par exemple.

Q. – Qu’aimez-vous dans les solos que vous avez choisi ?
Max : J’aime bien être complètement saoul (rires). Don Quichotte est très difficile, donc ça m’amuse aussi.
Lauretta : J’aime aussi quand il y a des difficultés techniques.

Q. – Comment faites-vous pour changer de personnage ?
Max : On change de costume. On fait ça tout le temps, c’est une habitude.

Q. – Vous sentez-vous plus à l’aise dans Aurore ou Carmen ?
Lauretta : Carmen est plus facile pour moi, car avec Aurore, la technique doit être très propre.

Q. – Aimeriez-vous avoir plus d’importance dans a compagnie ?
Lauretta : C’est difficile de montrer trop de déception à l’affichage des distributions, comme si on considérait qu'on valait mieux, et ça l'est tout autant d’exploser de joie.

Q. – Qu’avez-vous pensé de Black Swan ?
Ksenia : Je l’ai bien aimé en tant que film. Si vous le regardez en tant que danseur, ça ne paraît pas réel.
Lauretta : C’est très difficile dans un film de montrer ce qui se passe derrière la scène. Tout n’est pas toujours facile et joli. Les émotions sont les bonnes, mais le film exagère tout !
Ksenia : Je pense que ça pourrait vraiment arriver qu’un danseur perde la tête.
Lauretta : C’est vrai, vous devez toujours être parfait.
James : Lorsque la danseuse se transforme en cygne pendant son solo, c’est complètement vrai. On le voit en spectacle. Ce n’est pas un job ou un hobby, nous n’avons jamais de jour de repos où nous ne pensons pas à la danse.
Max : Lorsque vous entrez dans une compagnie, vous devez tout donner, et vous séparer de la vie réelle.
James : Les distributions sont tout ce pourquoi on vit. Vous n’êtes jamais d’accord avec, il y a toujours des hauts et des bas.
 
À suivre : le compte-rendu de la finale, version bilingue, et la dernière séance de cours, "feedback clinic" à la Westminster Reference Library.

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