30/01/2011

Sadler’s Wells Sampled, a bit of everything

28 & 29/01

On est vendredi soir, il fait froid, et me traîner jusqu’au quartier populaire du Sadler’s Wells tout au nord de Londres est bien la dernière chose dont j’ai envie après une semaine de boulot. 45 min de Tube et un club au poulet plus tard, je change d’avis en pénétrant dans le hall du théâtre surpeuplé et assourdissant. Des gens discutent autour d’un verre de vin en bas, d’autres se déhanchent à l’étage sous les encouragements d’un DJ surexcité. Cet annuel showcase est l’occasion d’élargir le public des amateurs de danse en leur proposant une sélection de courtes pièces classiques, contemporaines ou hip-hop, et en réunissant des compagnies de tous horizons et du meilleur niveau le temps d’une soirée. Ajoutez à cela des places au tarif unique de £10 assis, et des premiers rangs d’orchestre transformés en places debout à £5 (sur le principe des Proms au Royal Albert Hall durant l’été), c’est un succès garanti.

Warming up with Balletboyz

L’art de la file d’attente – to queue – n’est décidément pas un truc anglais ; raison pour laquelle je me retrouve pratiquement le nez sur la scène, au premier rang des places debout, en arrivant à peine 3 min avant l’ouverture de la salle. Les gens s’assoient peu à peu, ceux qui ont des places debout aussi, avant que les ouvreurs ne donnent l’injonction à tout le monde de se relever pour le début du spectacle, 10 min en retard. Ça joue des coudes et des pointes de pied pour trouver un angle de vision correct, pour ma part je m’agrippe à ma rambarde pour éviter de m’en faire déloger.

Balletboyz

Neuf garçons jeunes et beaux, vêtus de larges sarouels bruns serrés aux mollets et de maillots blancs, pieds nus, dansent en groupe, par paires, ou individuellement. La musique lascive de Keaton Henson, les couleurs chaudes des costumes et du rideau de fond, l’attitude relaxée des danseurs contribuent à rendre une ambiance langoureuse. Leur danse est souple, sensuelle, féline, faite de portés et de tombés, de corps qui roulent, s’enroulent et forment des cercles autour de la scène. Ils se rencontrent, se touchent, se soulèvent, puis repartent, en souriant, de leur démarche complètement relâchée. Une danse typiquement masculine, belle et puissante (je me rappelle avoir lu Sylvie Guillem dire un jour que la danse devrait être réservée aux femmes, le corps des hommes n’y étant pas adapté – voilà encore une preuve du contraire), qui donne envie d’y retourner.

American Ballet preview

Changement complet d’univers avec les danseurs de l’American Ballet Theater, venus présenter Tchaicovsky Pas de Deux. J’avais un bon souvenir de l’avoir vu quelques mois plus tôt au gala de l’AROP, mais c’était là l’occasion de le découvrir dans le pur style balanchinien. Manque de chance, j’apprends en arrivant que David Hallberg est resté bloqué à New York à cause du mauvais temps, et que Paloma Herrera dansera donc seule la variation de « La Claque »,  Raymonda Act III. Ce choix me laisse un peu dubitative – pour l’avoir vue à Garnier il y a deux ans, elle ne me semblait pas comporter beaucoup de technique – or c’est bien des exploits techniques qu’on attend dans ce genre d’évènement.

Ce fut le désastre attendu. Après le triomphe des Balletboyz en début de soirée, voir s’avancer une danseuse en tutu rose avec chignon et petite couronne dorée, sur une bande-son affreuse, faisait déjà assez cheveu sur la soupe. Mais une variation faite de piétinés et de gracieux mouvements de poignets, sans grands jetés ni tours fouettés, on ne pouvait pas faire pire. A peine une arabesque, une claque silencieuse, un joli sourire mais un peu tendu, heureusement que le solo est court car la salle n’aurait pas attendu. Des applaudissements polis mais peu nourris, ce n’était pas un grand soir pour la danse classique, même si j’admire le cran de Ms Herrera d’avoir assuré seule le show au pied levé en l’absence de son partenaire.

Une autre représentation est prévue le lendemain soir, et je passe la journée du samedi à essayer de savoir si Mr Hallberg a finalement réussi à décoller de New York. Réponse en milieu d’après-midi, au milieu d’un flot inintelligible d’anglais haut perché au téléphone : « he’s here ! ». Evidemment c’est complet, mais je me dis qu’avec un peu de chance, avec mon billet de la veille... et ça passe comme une lettre à la poste. J’ai profité de la foule, cette fois, donc je n’y vois rien du tout, et je finis perchée sur les escaliers.

David Hallberg

On retrouve une Paloma Herrera beaucoup plus détendue, sans tutu (ouf) cette fois mais sur la même bande-son nasillarde, accompagnée d’un grand danseur blond qui s’avance en scène d’une façon arrogante, et semble défier la salle de trouver du ridicule à sa prestation. C’est moins propre et plus déluré que ce que j’ai vu à Paris : des mains sur les hanches impertinentes, plus de prise de risque dans les déboulés – moins dans les portés « poisson » à la fin – des lignes moins pures avec des ports de bras relâchés, je comprends mieux qu’ils reprochent à nos danseurs parisiens d’être trop sages en dansant du Balanchine. La salle frémit au premier grand jeté fixé en l’air, malgré un manège qui tourne un peu court à mon goût les pirouettes achèvent de l’emporter,  et cette fois le public est enthousiaste.

MadFaun vs. shapely Nymph

Une vidéo du musical Shoes sert d’intermède, avant le troisième ballet de la soirée. Retour au contemporain avec Faun de Sidi Larbi Cherkaoui. Le faune en question (James O'Hara) est un petit danseur blond aux airs de chiot apeuré, qui tourne autour de lui-même comme un fou, seul dans son sous-bois. La musique de Debussy laisse place à un chant grégorien et apparaît la Nymphe (Daisy Phillips), une belle danseuse aux formes généreuses, pour une fois, qui se déplace en scène avec la souplesse d’une bête sauvage. Retour de Debussy, retour du faune : les deux animaux se cherchent, effrayés ; la nymphe inquiète reste en équilibre sur une attitude, ses doigts agissant comme des antennes pour sentir le danger.

Les phases musicales et les tons lumineux évoquent le cours des saisons : après le printemps, l’été, voilà que les deux êtres s’accouplent. Les corps se fondent l’un dans l’autre, roulent ensemble. Automne, musique synthétique, les ébats deviennent agressifs ; puis enfin apaisés par Debussy, l’hiver, la scène est baignée d’une lumière blanche, la nymphe et son faune s’enlacent tendrement. Les rôles sont inversés, avec les physiques atypiques, la nymphe est plus maternelle que réellement conquise. Le ballet est prenant et remporte un succès mérité (vidéo intégrale ici).

Faun de Sidi Larbi Cherkaoui

Un coup d’œil au programme subtilisé au comptoir de snacks en arrivant : la deuxième partie de soirée prévoit un ballet contemporain de James Wilton (gagnant du Global Dance Contest 2010), The Shortest Day, et Some Like It Hip Hop de la compagnie ZooNation. Ma paresse fin-de-semaine et mon manque d’intérêt pour les questionnements angoissés sur la fin du monde un vendredi soir ont raison de moi, même si j’aurais vu le hip-hop avec plaisir, et je déserte à l’entracte...

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