27/12/2010

Cinderella vs. Cinderella (2/3) – The Shiny one

27/11 & 02/12 
 
Ce ballet fait partie de la légende du Royal Opera House – ou plutôt du Royal Ballet, ex Sadler’s Wells Ballet, lui-même ex-Vic-Wells Ballet, qui l’a créé en 1948. Premier ballet full-length de Frederick Ashton, mais aussi premier ballet en trois actes jamais produit en Angleterre, il fut monté en l’espace de 6 semaines et conservé jusqu’à aujourd’hui avec un soin extrême, dans des enrobages de naphtaline inusuels en France. Après cette troisième tentative, je dois bien m’avouer un peu déçue par ce chorégraphe, dont j’avais adoré La Fille mal gardée lorsqu’elle avait été représentée à Paris, mais dont le manque de profondeur et la superficialité de l’utilisation de la musique me semblent un peu surannés.

Un vieux monsieur avec qui je discute en fond de stalls (miracle, la luxueuse distribution n’ayant été affichée que très tardivement – un mois avant ! – j’ai réussi à décrocher une de ces places debout en fond d’orchestre, parfaites pour découvrir un nouveau ballet, ordinairement prises d’assaut par les Friends) me confie que ce n’est pas non plus son ballet préféré ; qu’il préfère le Prokofiev de Roméo & Juliette (ce qui se comprend vu l’utilisation de la musique dans ce ballet), ou le Nutcracker comme ballet, et me conseille fortement de ne pas manquer Manon, especially celle donnée par le ROH (j’en prends bonne note). Les lumières déclinantes interrompent notre conversation.


Act 1: A room in Cinderella's father's house
Curieux décor que celui dévoilé par le rideau tandis l’orchestre fait jaillir les premières notes de la superbe musique de Prokofiev. Une toile d’avant-scène représente une immense cheminée, dont les flammes projettent leur éclat sur le public. Au-dessus, un miroir, dans lequel se reflète la salle, et les tableaux du chorégraphe et du compositeur. Par transparence  apparaît bientôt la scène : Cinderella est assise au coin de la même cheminée en modèle-réduit, ses deux ugly sisters vautrées sur le canapé central. Philip Mosley et Thomas Whitehead se chamaillent et multiplient les pitreries – pourtant bon public, "elles" ne me font pas beaucoup rire. La mère est aux abonnés absents dans cette version, ce que je regrette. Le père existe, mais n’est déjà guère plus qu’un fantôme, vieillard gâteux pas plus capable de défendre sa fille que de conférer la moindre drôlerie à pantomime. Le tableau s’étiole lentement, tel l’écharpe que se disputent les sœurs de Cendrillon, malgré l’arrivée du tailleur et la grotesque leçon de danse.

 Sous les appeaux de la mendiante passée quémander du pain, la fée Lilas arrive enfin, déclenchant les exclamations émerveillées de la petite fille assise deux sièges devant moi (les matinées à Covent Garden sont traditionnellement le jour des enfants). Laura Morera incarne ce rôle insipide avec des épaulements magnifiques. S’ensuivent les variations des fées, ici encore bien mieux dansées la deuxième fois – j’y retourne pour le principe – qu’en matinée. Akane Takada, Melissa Hamilton et Iohna Loots font gracieusement étalage de leur technique brillante (seule Hikaru Kobayashi n’a pas l’air très heureuse, malgré de beaux équilibres) ; il n’y a pas grand-chose d’autre à se mettre sous la dent. Si : les effets spéciaux (c’est dire...). Celui qui transforme la citrouille en carrosse transportant une Cinderella vêtue de sa robe étincelante (et d’une traîne ridiculement longue), tirée par quatre danseurs-souris est particulièrement réussi. Il clôt le premier acte.


Act 2: The ballroom at the palace

Après un petit tour pour se dégourdir les jambes / ou pour trouver à s’assoir, selon le type de place dont on a hérité, l’acte II s’ouvre sur la prestation du bouffon que j’avais vue travaillée en répétition. Fernando Montaño a remplacé James Hay la première fois, et met beaucoup de précision dans ses variations virtuoses, que l’habit bariolé fait tout d’un coup paraître beaucoup moins spectaculaires. Kenta Kura en revanche ne m’impressionne guère : des sauts lourds et sans aucune souplesse, en dedans et pas très propres, disons que ce n’était pas son jour.

Beaucoup de « poses photos » dans cet acte du bal, d’ailleurs à tous, devant de très beaux décors qui ne font qu’accentuer l’impression que le reste de la matière n’a pas été traité. La valse est totalement dépourvue de sensualité, en particulier chez les hommes: il faut se réhabituer ici à voir des danseurs de ballet guindés et emperruqués. Les enfants sont mignons mais font partie du décor. Et que dire du ridicule des oranges ? Le petit Napoléon qui échoit à la sœur cadette est toutefois vraiment drôle, et les entrées individuelles des danseuses du corps de ballet des fées (saut de chat en duo, puis piqué arabesque en plein centre une par une) me surprennent. Le départ de Cendrillon redevenue miséreuse, prise dans un tourbillon au centre d’une horloge lumineuse plaquée au sol, est aussi très bien réglé.

Du côté des interprètes principaux : on voit à peine le prince, qui débarque au milieu du bal pour danser son pas-de-deux avec Cendrillon, trois petits tours et puis s’en va – et rebelote à la fin. Sergei Polunin a la prestance et les traits qui se prêtent au rôle ; il est accompagné en matinée par Yuhui Choe, que j’avais déjà vue en classe. Délicate, précise, et d’une espièglerie exquise lorsqu’elle se moque de ses sœurs, cette First Soloist lauréate du Prix de Lausanne en 2002 est une danseuse à suivre. La seconde distribution alliait un Thiago Soares irréprochable à une Roberta Marquez plus vive, aux abandons délicieux, avec de surcroit un très beau placement (toujours juste ce qu’il faut).


Act 3: After the ball

Le ballet poursuit avec application sa narration du conte à l’acte III. Paradoxalement, malgré des variations souvent ennuyeuses et inutiles, le ballet paraît court et peu consistant. Les sœurs occupent le terrain : le premier acte tout entier leur est dévolu, la moitié du bal, et on les retrouve de nouveau ici pour la séance d’essayage. (Le galop du prince à travers les différents pays du monde pour retrouver sa belle a été coupé par Ashton, qui n’en n’aimait pas la musique !) Les baguettes lumineuses des fées lors du pas-de-deux final sont bien jolies.


J’en ressors avec l’impression d’un gâchis. L’histoire a beau être celle d’un conte de fée, elle aurait sans doute pu être mieux explorée. La musique ne méritait pas d’être appauvrie de la sorte – surtout quand par miracle elle était correctement interprétée, mention spéciale aux cuivres, quand on pense combien c’est facile de massacrer du Prokofiev. Des répétitions dans la chorégraphie, une pantomime qui en devient exaspérante à force d’être omniprésente, et pour finir l’impression d’une grosse farce, bref, un grand ballet qui n’a pas encore livré tout son potentiel.

A voir sur Youtube : de nombreux extraits de Cinderella avec Alina Cojocaru et et Johan Kobborg.

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