09/12/2010

Cinderella vs. Cinderella (1/3) – The ROH in rehearsal

01/11 – Linbury Studio

Au Royal Opera House, comme partout ailleurs, tout commence toujours par des répétitions – l’avantage, c’est qu’ici certaines ont lieu en public, lequel ne boude pas son plaisir. Retour au Linbury Studio, ce premier lundi de novembre, en compagnie de Christopher Carr, maître de ballet, et de deux jeunes danseurs de la compagnie : James Hay et Valentino Zucchetti. Clare Thurman introduit la séance, et Kate Shipway s’installe au piano.

Comme d’habitude, le suspense sur le contenu de la séance est total. Le site du ROH indique laconiquement le nom du ballet répété, mais quel passage ? avec qui ? quelle durée ? Nothing.  En arrivant, je m’attends presque à voir le corps de ballet, et une séance de travail du même type que celles de l’AROP ; or la feuille de papier distribuée à l’entrée laisse plutôt penser à une répétition de solistes. Cinq noms, quatre biographies d’artistes, et toujours zéro mention de variation. Intriguée, je passe le petit salon de thé attenant et je descends dans l’amphithéâtre.



Some introductions

Sans surprise, les danseurs sont déjà en train de s’échauffer et de discuter sur scène. Ce n’est qu’une fois le public installé qu’ils ôtent leurs surchauffes pour danser en collants ou en short, en général très colorés. Christopher Carr, lui-même ancien danseur de la compagnie, nous annonce qu’il va leur faire répéter le rôle du jester (n’ayant jamais vu Cendrillon auparavant, j’ignorais la présence d’un bouffon dans ce ballet, donc j’ai compris "gesture", et passé la soirée à m’imaginer une sorte de mime). Plusieurs morceaux de bravoure en perspective : ça tombe bien, Valentino Zucchetti, qui m’avait premièrement sauté aux yeux lors d’une morning class, semble taillé pour ce genre de rôle. Sa technique spectaculaire acquise à la Scala Ballet School lui a valu d’être engagé dans la compagnie cette année, après un passage au Ballet de Norvège ; depuis, on le voit peu sur scène (il n’est d’ailleurs que remplaçant sur ce rôle), mais il est de toutes les répétitions publiques.

De son côté, James Hay est une belle découverte. Lauréat (entre autres récompenses) du Prix de Lausanne en 2007, ancien élève de la Royal Ballet School, il se distingue par une danse propre et liée, qui me font regretter de ne pas le voir dans des rôles plus nobles que celui d’un bouffon ou d’un satyre. C’est cependant bien lui qui interprétera ce personnage sur scène*, et que Christopher Carr fait répéter en priorité.

James Hay (à droite) et Valentino Zucchetti (à gauche)
Benesh Movement Notation

Avant de passer à la répétition proprement dite,  le maître de ballet nous fait un topo sur l’importance de la notation en danse. (Dans l’intention de promouvoir la conférence à venir sur le sujet ? Non, parce que le sujet lui tient à cœur, tout simplement, et qu’il ne peut s’empêcher d’en dire un mot à chaque fois.) Cinderella étant le premier ballet full-length de Ashton, c’est une pièce fondamentale du répertoire anglais, qu’il était important de préserver. Le système de notation Benesh, du nom du mathématicien à qui sa femme danseuse a soufflé l’idée, inventé à la même période, offre justement la possibilité de transcrire le mouvement sur du papier à musique. Le plus ? Contrairement à la vidéo, il part d’un point de vue d’arrière-scène, et non en miroir, face aux danseurs. Bémol : il n’aura pas fallu moins d’un an pour retranscrire Cinderella dans ce vocabulaire... Quoiqu’il en soit, le maître de ballet nous apprend que le ROH travaille beaucoup avec ce système de notation ; lui-même ne se déplace pas sans son cahier, auquel il se réfère fréquemment pour vérifier un pas.

Portée de notation Benesh
Trêve de bavardages, le public commence à s’endormir et on ne tient pas longtemps des danseurs immobiles. C. Carr les fait d’abord marquer plusieurs fois les variations du jester avant de les laisser danser "en grand". Alors qu’il tente de leur enseigner les caractéristiques de la danse d’Alexander Grant, le (très) exubérant créateur du rôle – danseur apparemment mythique du Royal Ballet, avec de "great qualities" mais également quelques  lubies, comme celle de se tenir en permanence bizarrement cambré, ou la tête renversée en arrière – la séance devient rapidement très drôle.

The jester

Le ballon et la souplesse de V. Zucchetti impressionnent, mais le flegme du maître de ballet encore plus. "Not too bad", après une diagonale de sauts fixés en l’air (ça ressemble à des sauts-de-chat battus, difficile de les décrire autrement). "You are not the PRINCE !" l’entend-t-on s’écrier juste après une entrée de James Hay,  "more cheeky !", puis de lui reprocher d’ouvrir les bras à la façon du Cygne blanc.

Cinderella, the jester
"Grant was never natural, still unusual" explique-t-il, et en effet, on comprend vite que le rôle du jester a été taillé sur mesure et résiste aux moins acrobates. Difficulté bien accessoire : le bouffon ne cesse de jouer avec un bâton, au bout duquel est fixé un masque, souriant d’un côté / malheureux de l’autre – "your friend", dixit Christopher Carr. Or se servir dudit bâton comme d’une corde à sauter n’a rien d’aisé, ni plus ni moins que d’enchaîner des tours fouettés en l’abaissant à chaque fois comme un sceptre face au public. "That’s why we’re called Royal Ballet", commente encore le répétiteur, provoquant l’hilarité générale. J. Hay rechigne à enchaîner les roulades à terre ? "You have to, according to Joan and Rudolf Benesh..." avant de conclure sur un sempiternel "Dancing is painful".


Et indiscutablement, cela l’est (*). James Hay, blessé, ne dansera finalement pas le bouffon sur scène. Erreur de casting ? Quel dommage, vraiment, pour ce jeune danseur si prometteur. Je lui souhaite le meilleur rétablissement possible, en espérant qu’il saura vite revenir pour réaliser la belle carrière qui l’attend.

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