28/11/2010

AROP’s gala took Garnier by storm... and so did I



Retour à Paris le temps d’un week-end, pour une soirée intemporelle. Le terme « gala » suscite des réactions plutôt controversées, de l’effarement des honnêtes gens devant le prix des places à l’excitation des plus mondains à la perspective de faire pour une fois partie du spectacle. Et puis il y a les balletoman(iaqu)es indignés de voir qu’un gros gâteau risque de leur passer sous le nez. J’en suis.

Moi qui ne paie jamais une place de ballet plus de 10€/£, je n’ai pas hésité une seconde à débourser les 75€ permettant d’accéder à la 6e catégorie et au programme chorégraphique : un Défilé, un pas-de-deux de Balanchine, un Grand Pas de Lacotte, le Boléro de Béjart, et 5 étoiles qui le valaient bien. Qu’on se le dise, le Palais Garnier est autant la maison des amateurs d’arts que du gotha, et nous autres blogueurs étions là pour le revendiquer – mais discrètement.

Red carpet & court shoes




C’est donc en mode invisible, talons hauts et « robe de soirée » (un assemblage de prêt-à-porter bon marché qui a vraisemblablement fait illusion) que je me rend ce samedi 20 novembre à la station Opéra. Le dress code officiel : robe de soirée / cravate noire (c'est-à-dire à peu près tout sauf une cravate noire) a visiblement été sujet à diverses interprétations, dont celle de mon partenaire de la soirée, et va du jean noir aux robes de princesses. Côté personnel de l’AROP, les filles ont droit à des robes noires et un nœud doré à la taille, plutôt seyant.A l’extérieur, le tapis rouge est déployé (ouf ! car l’idée de gravir les glissants escaliers de marbre avec mes escarpins me donnait des sueurs froides) et les passants s’attroupent. Lorsque deux touristes asiatiques me demandent gentiment ce qui se passe, je constate que quelques jours en France ont suffit à me faire perdre mon anglais: « it’s the birthday... of an organization... err... taking care (?) of Paris Opera... its friends... (??) ». Ma réponse balbutiante peine à les convaincre, et après quelques tentatives, je finis par me réfugier à l’intérieur.


La décoration florale exotique est splendide, même si je reste sceptique devant les palmiers (j’aurais préféré les roses, enfin, on fait avec...). Avec la foule du hall, ce n’est pas une mince affaire de récupérer ma place, mais j’y parviens à la fin. Palpatine me sert fort peu galamment de rampe (ils ont mis des fleurs sur celles du grand escalier, aucun esprit pratique), et on n’oublie pas au passage la photo avec les gardes nationaux. Les photographes massés sur le pallier central nous snobent complètement, en revanche ils ont l’œil pour les célébrités.


Il y a du beau monde, de belles robes, de belles parures en vitrines (la soirée est sponsorisée mécénée par Vacheron Constantin) et sur les cous aussi – j’y apporte même ma (minuscule) contribution. Amatrice de toutes les beautés, j'en profite sans réticence. A la vue d’une tiare, j’en viens même à me poser cette question existentielle : peut-on en porter si l’on n’est pas une princesse ? j’en veux une. Les bijoux en exposition attirent les regards, particulièrement une magnifique montre reproduisant le plafond de Chagall. Mais arrive bientôt le moment de gagner nos places.


Ode to Nicolas


Premières loges de côté, deuxième rang : un excellent rapport qualité-prix même lorsque l’inflation est aussi forte. Debout, on voit parfaitement toute la scène – et puisque qu’il eût été indécent de vendre le 3e rang aux prix en vigueur (d’ailleurs non-indiqués sur les billets), on ne gêne personne. Les ministres (Mitterrand, Bachelot, Lang) ont eu droit aux loges de face ; les grandes dames organisatrices (Mmes de Brantes, Janssen) au premier rang du balcon. Une première dame est semble-t-il présente – on ne l’apercevra pas. Un président patronne : qui s’en souvient ? L’heure est à la danse.


Le spectacle s’ouvre sur le Défilé du ballet, nettement plus convenu ce soir qu’en début d’année. Les applaudissements sont bien là, mais on ne ressent pas la même chaleur dans la salle. Puis c’est le show Gilbert-Carbone dans Tchaicovskï-pdd, présenté par Stéphane Bern, égal à lui-même (« Dorothée Gilbert et son mari », on l’a assez dit). Deux fois que je me déplace pour Heymann, et que je vois Alessio Carbone à la place : ce danseur est fort sympathique, mais je regrette la virtuosité technique de son jeune collègue. Malgré tout, ce n’était pas peu de chose que de réussir un partenariat aussi équilibré face au Gilbert fireworks : épaulements, précision des sauts, sûreté des équilibres... rien que pour la voir dans ce morceau de bravoure qui semble taillé sur mesure, on se dit que « ça valait le coup ».

Dorothée Gilbert

Après une seconde intervention de Bern, qui rend hommage à Elisabeth Platel, on nous sert le Grand Pas de Paquita, sur un fond neutre jaune : la polonaise des enfants de l’Ecole de Danse, les variations des demi-solistes où se distingue par sa précision Charline Giezendanner, et le pas-de-deux des étoiles-en-chef José Martinez et Agnès Letestu. Ayant manqué cette production en octobre dernier, je suis contente de voir cet extrait ici, et de constater que le ballon de José Martinez est intact, ou que le corps de ballet se tire très proprement d’une chorégraphie pourtant périlleuse. Fin des réjouissances.
 



Parce que ce qui vient ensuite nous fait entrer dans un autre monde, une sorte de transe qui vous rapproche au plus près de la Danse comme art à l’état pur. Par étapes : une main, un halo lumineux, une musique répétitive lancinante, un corps d’homme marqué par les années de danse, des assistants (Magnenet et Bézart) à l’effet non moindre, toujours plus nombreux, pour finir par dégager une harmonie et une énergie rares, qui vous poussent à ne pas lâcher des yeux un danseur pendant 20 minutes. Nicolas Le Riche est toujours aussi haletant dans ce rôle et n’aura pas volé le plus grand succès de la soirée – un comble, quand on pense que la plupart des gens étaient inévitablement venus pour le lyrique.

Outstand[sleep]ing singers


Vient l’entracte, et le retour à des considérations plus triviales : où sont passés les petits-fours ? Nous mettons un certain temps à trouver un buffet, et pour cause : notre loge donne sur le salon privé réservé au comité d’honneur, et on ne sert que des canapés VIP à notre étage. Finalement, ce sera un demi-verre de jus de fraise (il n’y avait que du champagne, aah ce que ces cocktails peuvent être mal achalandés) et spaghettis en rentrant. On croise PPDA pendant la bataille, qui n’a apparemment pas non plus ses entrées au salon des donateurs, mais qui ne tarde pas à retrouver la lumière des caméras, se retrouvant par hasard 5 min plus tard au centre des escaliers.



Retour dans notre loge pour la seconde partie, et nouvelle apparition de Stéphane Bern : après la scène, la loge impératrice et le premier rang d’orchestre (on s’attend presque à le voir surgir dans notre dos), le voici au balcon. Avec son lyrisme coutumier, il évoque l’histoire des lieux. Sa décontraction et son côté people dépareillent et donnent un côté assez amusant aux circonstances. Après la danse, le lyrique : le beau programme rouge format A4 gracieusement distribué à l’entrée indique plusieurs duos ou solos *connus* (pas de moi en tous cas, même si certains airs ne me sont pas étrangers).




Le Duo des Fleurs de Lakmé (Delibes), interprété par Inva Mula et Karina Deshayes, est un pur plaisir. Des voies de soprano et mezzo-soprano qui s’entrelacent aussi délicatement, et aussi juste, je n’y résiste pas. L’air de Lenski, tiré de Eugène Onéguine (Tchaïkovski) par Piotr Beczala a aussi l’heur de me plaire. Méphistophélès (Faust, Gounod) est passablement comique. Le reste très vite soporifique. Palpatine scandalisé par mon inculture me réveille au moment de l’Air de la Folie, de Lucia di Lammermoor (Donizetti) (Edita Gruberova Natalie Dessay) pour me montrer un orgue de verre ; curieux instrument. Je me demande un moment si ce ne sont pas les coupes de champagne de l’entracte qui ont été recyclées. L’Opéra se mettrait-il au développement durable ?


Le final, Serenade to Music de Ralph Vaughan Williams, a vite fait de me rendormir. S’ensuivent deux bis. DEUX. Comme si un n’était pas déjà assez incongru – vous imaginez un danseur se mettre à danser une variation du Lac des Cygnes à la fin de Paquita, parce qu’il est content d’être applaudi ? non évidemment. Les chanteurs d’opéra eux font ça tout le temps, et ça ne choque personne. (Pas plus que les cachets exorbitants qu’ils ont dû toucher pour cette soirée, comparé à nos *pauvres* danseurs.)


Il est 23h. Cendrillon a une heure pour rentrer chez elle avant l’expiration de son ticket de métro illimité pour une journée. En sortant, on passe devant les magnifiques tables dressées, partout dans les couloirs. Le homard est déjà servi (ils n’ont pas peur qu’on l’emporte au passage, après nous avoir affamé par le manque de petits fours ?). Très belle soirée – une autre façon de voyager, assez éblouissante, qui donne envie d’y retourner... pour le plaisir.
 
Crédits photo : Palpatine. Crédits photoshop : Pink Lady.

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