31/10/2010

Opening season with guest of (dis)honour Onegin

30/09, 5-8-9-20 & 25/10

Après cette longue mise en route, enfin le premier article de ce blog : retour sur le ballet d’ouverture de la saison 2010-2011 au Royal Opera House, Onegin. L’occasion pour moi de découvrir pour la première fois les danseurs de la « maison » londonienne.
 
« Quand je n’ai pas d’honneur, il n’y a plus d’honneur »

Onéguine, en français, comme la devise du personnage éponyme inscrite sur le rideau d’avant-scène, est l’histoire d’un aristocrate saint-pétersbourgeois blasé de la ville, qui vient chercher des distractions à la campagne, et n’en repart pas sans avoir bouleversé tout son petit monde. Non content de provoquer le désespoir de la jeune fille qui s’éprend de lui, Tatiana, il flirte avec sa sœur Olga, tue son ami – et fiancé de celle-ci – Lenski, avant de prendre la fuite. De retour après dix longues années de voyage, il retrouve Tatiana, mariée au prince Grémine. La jeune campagnarde perdue dans ses lectures romantiques qu’il avait délaissée est devenue une femme courtisée. Subitement plus intéressé, il s’emploie à raviver ses sentiments pour lui… et y parvient (presque).

Un roman en vers de Pouchkine, une chorégraphie de John Cranko, sur un délicieux arrangement de musiques de Tchaïkovski, tous les ingrédients y étaient pour passer un bon moment. C’était d’ailleurs la soirée en vogue de cette rentrée : le ballet et l’opéra du même compositeur étaient donnés quasi simultanément à Londres, Paris, Vienne, Munich et Milan. Son entrée au répertoire de l’ONP il y a deux saisons est restée dans les mémoires, entre la double-nomination le soir de la première et les adieux de Manuel Legris, et on se prendrait à espérer une reprise prochaine...

Alina Cojocaru et Johan Kobborg

Premiere & casting

Une première, surtout une ouverture de la saison, lorsqu'elle est publique, c’est un peu comme une rentrée des classes. Après un été passé à se languir de ces grandes salles magnifiques, dorures et fauteuils de velours rouge, scènes magiques où évoluent des êtres (pourtant humains) aux capacités surnaturelles, c’est presque avec plaisir qu’on retrouve ses armes de survie : ténacité dans la bataille des places, toilettes élégantes pour parer à celle de l’opinion, invisibilité en premier ou dernier recours.

Je reviendrai à l’occasion sur ce qui fait le charme si particulier de ces soirées, pour l’instant, place à la Danse, et à ceux qui l’incarnaient ce soir-là. Johan Kobborg en Onegin est un partenaire sûr, et distant à la fois, qui semble bien au dessus des conventions de son monde. La délicate Alina Cojocaru, dont j’avais entendu tant de bien avant de la découvrir ici presque par hasard, paraît bien fragile à ses côtés. Jeune fille éprise sans la moindre réserve, elle affiche à la fin tout le désespoir de la femme amoureuse qui s’en défend (mal), avec une technique admirable notamment dans la souplesse de ses abandons dans les bras de son partenaire. Il en résulte des pas-de-deux passionnés, presque brutaux au premier regard (ainsi lorsqu'il la fait tourner sur son épaule à une vitesse trop rapide pour l’œil), dont on peut entrevoir des extraits sur Youtube.

Le deuxième couple formé par Akane Takada, une jeune Olga de 19 ans, et Steven McRae, Lenski aux cheveux flamboyants, déjà une star ici, fonctionne tout aussi bien. Miss Takada, enfantine et mutine, mais aussi éplorée lorsque qu’il s’agit de supplier son bien-aimé de renoncer à un duel oisif, montre aussi de belles qualités techniques, comme ces sublimes extensions ralenties dès son premier solo. McRae n’est pas en reste, mais m’a semblé surtout briller par son jeu : nul doute que sa colère lorsque Onegin entreprend de flirter avec sa fiancée, puis son désespoir dans son dernier solo précédent le duel étaient perceptibles jusqu’au fond de l’amphithéâtre (qui fait bien le double de celui de l’ONP).

Bref, c’est toujours avec regret que, amours-campagnardes-danses-paysannes-bal-provoquation-supplications-duel pliés dès la fin de l’acte II, on voit ces deux là repartir en coulisses. Je suis pour une version qui voit le retour du fantôme de Lenski à l'acte III.

Frederico Bonelli, Lenski
Act I, II, III… IV, V, VI

Onegin ne comprend que trois actes ; cela n’empêche pas d’y revenir un peu plus souvent. C’est le genre de ballet qui ne me lasse pas, et que j’apprécie même de plus en plus à chaque reprise. L’unique représentation que j’avais vue en 2009 à l’ONP ne m’avait pas laissé un souvenir impérissable (si ce n’est l’émotion et la pluie de fleurs qui avaient accompagné le baissé de rideau), plutôt celui de pas-de-deux un peu longuets et pleins d’acrobaties inutiles, au cours desquels on passe son temps à se demander à quel moment la danseuse va dégringoler des épaules de son partenaire. Ici, de telles inquiétudes ne sont pas de mise ; les danseurs du ROH semblent avoir les épaules assez solides pour passer tous les portés à merveille.

La deuxième distribution de la série n’a fait que le confirmer. A priori, le Onegin boudeur et cynique de Federico Bonelli, presque trop jeune à mon goût, et la Tatiana plus réservée, mais aussi vive et heurtée de Laura Morera, me paraissaient mal assortis. Tous mes doutes se sont pourtant envolés lors du pas-de-deux de la lettre (le soir de leur rencontre, Tatiana écrit une lettre d’amour à Onegin, puis rêve de lui qui la rejoint à travers son miroir, ce qui donne lieu à l’un des plus beaux passages du ballet – le plus ironique étant encore celui du bal, le lendemain, lorsque agacé par ses avances, Onegin déchire devant elle la lettre d’amour en lui remettant les morceaux entre ses mains…).

A leurs côtés, c’était l’occasion de découvrir le Lenski de Sergei Polunin, nommé Principal (équivalent au rang d’étoile ici) pour cette saison, et la pétillante Melissa Hamilton en Olga. L’une est malicieuse et toujours prête à s’amuser, inconsciente de ses limites ; l’autre a les traits et la susceptibilité d’un grand héros romantique… on devine la suite. Ce Lenski-là paraît plus ennuyé lors du bal pour l’idée qu’il se fait des conventions que pour la trahison de son ami ; son solo-chant du cygne reflète aussi cet idéal passionné, un plaisir visuel (sans dépasser toutefois celui de notre Lenski national, désolée pour la qualité de la vidéo).

Troisième et dernier couple que j’aurai eu l’occasion d’admirer, mais de trop loin pour avoir beaucoup à en dire : Mara Galeazzi en Tatiana, David Makhateli en Onegin aux lignes parfaites, Valeri Hristov en Lenski, moins lyrique que ses prédécesseurs, et Helen Crawford en Olga. Je n’ai pas parlé des prince Gremin, ni des amies, courtisans, autres participants aux bals (dont les hilarantes grand-mères, ou les saynètes entre garçons et filles qui se cherchent - et parfois se trouvent) ;  la chorégraphie ne manque pas d’humour, et l'ensemble rend ce ballet très accessible.
 
Quelques liens vidéos, pour se donner une idée de ce ballet trop peu filmé (pour des questions de droits semble-t-il) :
- Pas-de-deux de la lettre complet, avec Alina Cojocaru et Filip Barankiewciz (en gala)
- Pas-de-deux Olga/Lenski, par le Ballet National de Hongrie
- premier pas-de-deux Onegin/Tatiana, suivant leur rencontre, avec Jiri Jelinek et Polina Semionova
- et enfin Onegin par le Ballet National de Chine, avec des décors et des costumes épurés, très différents de ceux de Jürgen Rose qui tournent en Europe, mais c'est la seule version intégrale disponible sur YouTube.

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